Les élections présidentielles passées au crible de TriElec

Publié par Marion Sabourdy, le 2 avril 2012   1.4k

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Des membres du laboratoire grenoblois Pacte participent au programme TriElec qui analyse finement la campagne des présidentielles de 2012 et les réactions des électeurs.

Qui arrivera en tête au premier tour : Sarkozy ou Hollande ? La dynamique de Mélenchon va-t-elle perdurer ? Autant de questions auxquelles les partis politiques et les journalistes aimeraient avoir les réponses. Pour cela, ils ont souvent recours aux instituts de sondage. Mais selon Bernard Denni, directeur de recherche au laboratoire Pacte (Politiques publiques, action politique, territoires) (1), « l’opinion est bien trop mouvante pour pouvoir être comprise avec de simples sondages, souvent contradictoires ».

Il compare ainsi « l’espace des possibles électoraux » à une boîte remplie de molécules qui s’agitent. « Les instituts de sondages nous proposent un instantané de ce qui se passe dans la boîte à un moment précis, alors qu’il serait intéressant de montrer comment les molécules s’agitent et quelles directions elles prennent, avant le moment fatidique du vote où elles s’arrêtent, c’est-à-dire où les électeurs font leur choix ».

Cette étude plus fine et qualitative de l’évolution d’une campagne est l’un des objectifs du programme de recherche TriElec qui associe trois laboratoires français (2), dont Pacte, afin d’étudier les élections, les opinions et la communication politique. « L’ambition de ce programme est d’avoir un suivi des élections dans le temps sur un certains nombre d’indicateurs (discours des candidats, traitement des médias, réaction des électeurs…) mais aussi d’apporter une innovation méthodologique et un éclairage des « angles morts » de la recherche sur les élections » détaille le chercheur.

Comme exemple « d’angle mort », Bernard Denni cite l’analyse de l’élection sur Twitter et les réseaux sociaux, un territoire au public « plus large que le monde politique mais plus restreint en termes de niveau sociologique du côté des électeurs ». Une des premières études de TriElec s’est basée sur le live-tweet de l’émission « Des paroles et des actes » du 26 janvier dernier avec François Hollande et Alain Juppé. « Ce travail permet d’évaluer la réactivité brute du public, de repérer les thématiques où il y a le plus d’échanges, celles qui émergent, les réseaux impliqués, le vocabulaire employé voire l’émotion suscitée… ».

 Blog Upik Présidentielle 2012 – @upik_election via @UpikApp

Les études sur le vote et le rapport à la politique des personnes précaires font également partie de ces angles morts. A Grenoble, l'Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), animé par Philippe Warin, chercheur à Pacte, s’intéresse à ces personnes souvent coupées de toute vie citoyenne. Une enquête qualitative très approfondie va voir le jour au mois d’avril à Grenoble, Bordeaux et en banlieue parisienne.

La nouveauté de TriElec vient essentiellement de leur manière de travailler - coordonnée et pluridisciplinaire - et du développement d’outils communs, notamment les questionnaires et le site internet où apparaissent les contributions des différents projets. Pour avoir des points de comparaison fiables avec l’élection de 2007 et comprendre ce qui a changé depuis, Bernard Denni renouvelle ses enquêtes dans les mêmes zones qu’à l’époque, si possible avec les mêmes personnes – une pratique pas si courante dans ce domaine. « Les personnes interrogées sont mécontentes sur la manière dont la campagne se déroule. Selon elles, les candidats passent trop de temps à se critiquer et pas assez à défendre leur propositions ». L’analyse de contenu et l'analyse lexicométrique des communiqués de presse des candidats et de leurs partis conduite à Pacte par Dominique Labbé et Denis Monière leur donne raison.

Schéma du dispositif mis en place par le programme TriElec

En 2007 toujours, son équipe avait mis en place en Isère un outil de mesure original, encore jamais utilisé en France pour des présidentielles. Les sondés devaient donner la « probabilité » qu’ils aillent voter puis celle qu’ils votent pour tel et tel candidat, entre 0 et 10. « On obtient des résultats bien plus fins et dynamiques qu’un simple sondage, indique le chercheur, cela permet de comprendre comment se cristallise un électorat et de voir entre quels candidats les électeurs hésitent ».

Un outil pratique pour repérer la manière dont un candidat emporte une élection : est-ce qu’il renforce ses bases électorales (les sondés ayant voté entre 8 et 10) ou va-t-il chercher des électeurs plus éloignés (entre 6 et 7) ? « En 2007, Nicolas Sarkozy a opté pour la seconde solution tandis que Ségolène Royal s’est concentrée sur le noyau dur de ses électeurs ». A bon entendeur...

Notes

  1. CNRS / IEPG / UJF / UPMF / FNSP / Université Stendhal
  2. Les trois membres du réseau TriElec sont : Pacte (Politiques publiques, Action politique, Territoire) de Grenoble, le Centre Émile Durkheim (Science politique et sociologie comparatives) de Bordeaux et le Centre d’études européennes de Sciences Po Paris

>> Illustrations : European Parliament, Ownipics, TriElec (Flickr, licence CC)