Les expériences photographiques de Valérie Legembre au CEA

Publié par Marion Sabourdy, le 16 avril 2012   1.8k

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Curieuse, bricoleuse mais surtout passionnée par les échanges humains, l’artiste plasticienne Valérie Legembre propose une exposition haute en couleurs sur sa résidence au CEA.

« Au cœur du travail de Valérie Legembre, il y a deux passions : celle du plaisir d’inventer, d’expérimenter, et celle de l’interaction humaine, avec les surprises et l’inattendu qui ne cessent d’en surgir ». Ces mots de Laurent Prost, agrégé de philosophie et artiste performeur (1), définissent parfaitement Valérie Legembre.

Cette artiste photographe plasticienne présente actuellement son exposition EXEO² - pour Expériences Echanges Observations - à la Maison Minatec (2). Ses œuvres sont issues d’un travail effectué lors d’une résidence dans quatre instituts du CEA Grenoble (3), de novembre 2009 à janvier 2011. Là, elle a partagé le quotidien de techniciens, ingénieurs et chercheurs. C’est d’ailleurs sa marque de fabrique. Afin de créer, elle a besoin du contact humain et de l’immersion dans un lieu de travail, quel qu’il soit.

Valérie Legembre (à droite) explique ses "secrets de fabrication"

« J’aime beaucoup les projets dans le monde de l’entreprise, indique Valérie, on a des contacts extraordinaires et on fait un peu de chemin ensemble, on apprend la vie au travail, les horaires parfois difficiles voire même une certaine dimension politique ». EXEO n’est d’ailleurs pas sa première expérience dans le milieu scientifique. Entre 2001 et 2003, cette ancienne monitrice de ski touche-à-tout, décide de travailler en tant qu’opératrice en salle blanche sur le site de STMicroelectronics à Crolles [ndlr : lire notre article]. Ce travail et l’observation patiente qu’elle a menés en parallèle avait déjà conduit à l’exposition « ARTPUCE » (2006).

Côté expérimentation, tout commence en 1986 quand Valérie, alors élève des Arts Appliqués à Lyon, découvre un procédé qu’elle brevètera en 2007 sous le nom de « Peaux-de-photos ». Il consiste à séparer la gélatine du support papier sur une photographie argentique. On obtient une matière fine et translucide, contenant l’image. « A partir de cette matière fragile, j’ai construit ma recherche dans le temps, en testant divers procédés, explique Valérie, d’un support en deux dimensions – la photographie – je suis passée à une approche en 3D ».

Quand démarches artistique et scientifique se rejoignent...

Petit à petit, Valérie diversifiera ses moyens d’expression. En grattant sur les « Peaux-de-photos », elle obtient ce qu’elle nomme des  « Photograttages ». Si elle les soumet à des produits chimiques, elle invente les « photomiques ». Les « Scultos » sont des sculptures en résine à base de gélatine photo permettant la mise en 3D des travaux sur émulsions photographiques. Photos-peaux, Découplis, Focomat, Radiophoto ; l’imagination de Valérie, nourrie des concepts et gestes repérés au contact des chercheurs, semble n’avoir aucune limite.

Suite à cette exposition, jamais rassasiée, l’artiste en présentera une nouvelle au Musée de la Chimie [ndlr : voir la fiche structure et notre article] du 19 mai à fin août. « J’y montrerai tout ce qui peut être expérimenté autour de la photographie ». Elle y animera d’ailleurs deux ateliers – « on bidouillera en petits groupes », en parallèle d'une conférence d’intervenants du CEA et d'ARC-Nucléart.

>> Notes

  1. Citation tirée du catalogue de l’exposition EXEO² et de la résidence EXEO
  2. Exposition EXEO² ouverte sur RDV jusqu’au 24 mai à la Maison Minatec, 3 parvis Louis Néel, Grenoble. Contact Valérie Legembre : 06 07 17 61 43
  3. L’INAC, Institut nanosciences et cryogénie, le LETI/DTBS, Département des microtechnologies pour la biologie et la santé, l’INES, Institut national de l’énergie solaire (à Chambéry) et ARC-Nucléart, Atelier régional de conservation Nucléart.

>> Pour aller plus loin : Lire l’article consacré à cette résidence dans « Les défis du CEA » de février 2011 et les Cahiers de l’Atelier Arts-Sciences n°4 dédié à cette résidence, avec les contributions des philosophes Christian Ruby et Nayla Farouki.

>> Illustrations : M. Sabourdy pour Echosciences Grenoble (voir notre album sur Flickr) et V. Legembre