Les mouches noient aussi leurs frustrations sexuelles dans l'alcool

Publié par Manon Herranz, le 20 octobre 2019   360

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Une étude très sérieuse, publiée dans la revue américaine Science, montre que les drosophiles mâles repoussés sexuellement par les femelles sombrent dans l'alcool.  Aussi surprenant que cela puisse paraître ces travaux pourraient être une piste, pour soigner l'alcoolisme chez les humains.

L’idée que des mouches mâles noient leur frustration dans l’alcool, peut sembler étonnante. C’est pourtant ce qu’a démontré une équipe de l’Université de Californie à San Francisco. 

Pour cela les chercheurs ont placé 24 drosophiles mâles dans des boîtes en verre, mais certaines mouches ont été plus chanceuses que d’autres. Si la moitié des mâles ont eu l’agréable opportunité de se retrouver en compagnie de vingt femelles vierges, prêtes à copuler, l’autre moitié se sont, eux, retrouvés nez à nez avec des femelles un peu farouches, puisque déjà accouplées. 

Et ce n’est qu’après quatre jours de joyeuse cohabitation, ou pas, que tous les mâles ont déménagé dans de nouvelles boîtes. À leur disposition, deux sortes de nourriture : une avec 15% d'alcool, l'autre sans.

Résultat : si les mouches satisfaites de leur séjour avec les femelles n’ont pratiquement pas touché à l'alcool, on ne peut pas en dire autant des autres. En effet, les rejetées se sont précipités sur l’alcool, en consommant parfois même jusqu’à quatre fois plus que les autres.

Ce comportement pour le moins étrange s’explique par la présence de neuropeptide F : une molécule dans le cerveau de la drosophile dont la concentration augmente et diminue en fonction de la satisfaction de l'insecte. Une sorte d’interrupteur, qui représente le niveau de récompense dans le cerveau. Les mâles qui ont copulé ont des taux plus élevés et consomment donc beaucoup moins d’alcool. À l'inverse, ceux qui sont privés de sexe ont des niveaux de neuropeptide F bien plus bas, et se tournent alors vers l'alcool afin d’augmenter leur taux.

Si cette étude paraît au premier abord un peu surprenante, elle ouvre tout de même une piste intéressante pour soigner l'alcoolisme chez l’Homme. Les chercheurs ont en effet  fait le rapprochement avec un neurotransmetteur similaire, le neuropeptide Y, présent dans notre cerveau. Et s'il s’avère que ce neuropeptide Y joue bien un rôle dans l’alcoolisme. Des thérapies pour soulager l'anxiété, et d'autres troubles psychologiques pourraient donc être mises au point.

Herranz Manon