Les travailleurs de la mort : quand les insectes élucident des crimes

Publié par Emilie Demeure, le 19 février 2020   330

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« Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

 D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide 

 Le long de ces vivants haillons. »

(Charles Baudelaire, extrait du poème « Une charogne » dans Les fleurs du mal, 1857)

 

Ce poème, tout droit sortit de mon bac de français, est très parlant de la vie présente dans cette « charogne ». Sa grouille, sa gigote, c’est dégoûtant et sa nous donne des haut-le-cœur mais pourtant ces asticots peuvent aider à retrouver un meurtrier. 

Il y a bien longtemps au 13ème siècle en Chine, une attaque au couteau a eu lieu près d’un champ de riz. Un enquêteur du nom de Sung Tzu travailla sur cette affaire et l’inscrira dans son livre médico-légal « Hsi yüan chi lu » (Le nettoyage du faux). Pour résoudre l’affaire il demanda aux travailleurs de déposer leurs faucilles à terre. Des traces invisibles de sang attirèrent des mouches sur une seule des faucilles, l’arme du crime. Voilà donc l’ouvrage le plus ancien que j’ai pu trouver qui recueille le témoignage de l’utilisation de l’entomologie (l’étude des insectes) dans la résolution d’un crime. Il faudra attendre près de 800 ans après cette affaire pour qu’un nouvel ouvrage décrivant l’utilisation des insectes dans une enquête soit écrit en Chine.

Même si la majorité des personnes connaissent l’impact des insectes dans la décomposition des cadavres en Europe comme en atteste les œuvres tels que la peinture « Les amants trépassés » (1470) d’un peintre allemand anonyme ou encore le poème « Une charogne » (1857) du poète Charles Baudelaire que j’ai déjà cité, les observations médico-légal commencerons qu’à partir du 18ème siècle.

En France, c’est en 1855 que le professeur Bergeret écrira le premier rapport moderne sur l’étude de la décomposition d’un corps par rapport aux larves que contient celui-ci. Il a observé le cycle de vie des mouches pondant sur les corps sans vie, de la ponte passant par la phase larvaire puis de nymphe jusqu’à l’état adulte. Il a pu en déduire le temps nécessaire pour qu’un cycle soit complet. Ses études ont été très utilisées pour trouver le temps post-mortem d’une personne retrouvée décédée.

Pour la partie histoire c’est fait, maintenant je vais passer à la partie : A quoi ça sert ? L’entomologie médico-légal a bien d’autres fonctions que seulement celle que j’ai mentionné précédemment. Elle permet notamment de répondre aux questions : Quand ? Où ? Comment ? Sous quelles conditions (à l’intérieur, à l’extérieur, qu’elle température, …) ?, lorsqu'une personne est retrouvée morte et donc dans un crime à élucider. L’étude des insectes sur un corps est surtout utilisé pour connaitre le temps qui c’est écoulé après la mort. Les vers et autres petites bêtes étudiées sont considérées comme des preuves physiques lors d’une enquête et sont de même valeur qu’une tâche de sang ou encore une empreinte digitale. Des techniques récentes d’analyses des insectes permettent de savoir si la personne décédée a prit des drogues ou autre avant de mourir et si le corps a été déplacé du lieu d’origine de son trépas.

Ce sujet n’est pas des plus ragoutant je l’admets mais il me paraissait tellement intéressant que je ne pouvais pas passer outre. Même si les asticots sont dégoûtants je le reconnais, ils ne servent pas à rien. Ils décomposent les corps ne nous laissant pas un tas de cadavres morts dont on ne serait que faire et leur étude permet de nos jours de résoudre des affaires de meurtre ou de crime violent.


Crédit photo : 

 

Pour aller plus loin :

  • Amendt, J., Krettek, R., & Zehner, R. (2004). Forensic entomology. Naturwissenschaften91(2), 51-65.
  • Benecke, M. A. R. K. (2008). A brief survey of the history of forensic entomology. Acta Biologica Benrodis14(2008), 15-38.