Soutenance projet A5 2025 - .mp4 - Sciences Po

Publié par Master Transmédia Science Po Grenoble, le 13 janvier 2026

Le 18 décembre dernier, La Casemate a accueilli les soutenances des projets de fin d'études des étudiant.es du Master Stratégie Digitale des Nouveaux Médias de Sciences Po Grenoble. Les étudiant.es ont présenté 4 projets studio nouveaux médias et transmédia innovants face à un jury de professionnel.elles de l'audiovisuel et de la médiation scientifique et culturelle.

Nous avons vu le projet "Triptyque", une web série intimiste qui raconte trois générations de femmes liées par un secret et son impact sur la construction de leurs identitées, (une série accompagnée d'un compte instagram qui invite les spectateur.ices au témoignage et au partage de leur propre secret de famille. Puis le projet "Ancrer", qui lui est un projet d'art thérapie à l'adresse des étudiant.es qui propose un "safe space" en application mobile doublée d'un dispositif expérimentale d'ateliers associant projection vidéo et création collective pour prendre soin de sa santé mentale. Ensuite, les étudiant.es nous ont présenté le projet ".MP4", qui est un documentaire transmédia qui explore la scène musicale indépendante du "field recording" et le processus créatif des muscien.nes contemporaines au prisme des sons de leur territoire, le dispositif permet aux participant.es du documentaire de réaliser un album et aux spectateur.ices de les rencontrer lors d'une "release party"; Enfin "Dans leurs baskets" propose une médiation innovante d'éducation à la vie sexuelle et affective en amenant les lycéen.nes à s'interroger à l'échelle de leur génération sur les VSS via une expérience en VR.

Découvrez ci-dessous la présentation de l'un de ces projets.

“.mp4” : Raconter une ville par le son, étude d’un projet transmedia ancré dans les territoires

La présentation du projet

Le projet .mp4 est une maquette transmedia développée par un groupe d’étudiant.es du Master Stratégie Digitale des Nouveaux Médias. Il constitue l’aboutissement d’un travail mené sur plus d’un an et demi, articulant réflexion stratégique, recherche de terrain et création de contenus culturels. Pensé comme un projet de fin d’études, .mp4 se présente comme une proposition professionnelle destinée à des diffuseurs et coproducteur.rices, notamment dans le champ de la création numérique et documentaire. L’ambition du projet est de proposer une lecture sensible et musicale des territoires, en s’éloignant des capitales culturelles pour s’ancrer dans des villes européennes de taille moyenne. La musique y est envisagée non comme un simple objet artistique, mais comme un outil de narration territoriale, capable de rendre compte d’un environnement urbain, social et humain. La première saison du projet se déroulerait à Grenoble. On retrouve quatre artistes locaux, invités à composer chacun une track à partir des sons de leur quotidien, transformant la ville en matière première sonore. Cette démarche permet de faire dialoguer environnement, création musicale et récits personnels, tout en mettant en lumière une scène locale souvent peu médiatisée. Le dispositif repose sur trois formats complémentaires : une web-série documentaire, un album collaboratif et une release party. Ensemble, ils constituent une expérience transmedia immersive, pensée pour se déployer à la fois en ligne et dans l’espace physique.

Valoriser des artistes qui produisent de la musique locale : l’exemple de Paul Isaac

Au cœur du projet .mp4 se trouve une volonté forte de valorisation des artistes locaux, non pas comme figures émergentes à “découvrir”, mais comme acteurs.rices culturel.elles pleinement inscrits dans leur territoire. Cette approche se matérialise notamment à travers le portrait de Paul Isaac, l’un des artistes de la saison grenobloise. Paul Isaac développe une pratique musicale fondée sur l’écoute et la transformation des sons du réel. Attiré par les bruits humains, les ambiances organiques et les paysages sonores du quotidien, il travaille à partir de techniques proches du field recording. Dans le cadre de .mp4, il arpente la ville de Grenoble pour capter des sons ordinaires, des conversations, des bruits de pas, les transports, voire des activités agricoles, qu’il transforme ensuite en compositions musicales. Son portrait illustre particulièrement bien la démarche du projet : la ville n’est pas seulement un décor, mais un instrument à part entière. Grenoble se donne à entendre à travers ses rythmes, ses silences et ses aspérités. Le documentaire suit Paul Isaac aussi bien dans ses phases de captation sonore que dans son quotidien professionnel, rappelant la réalité économique de nombreux artistes qui doivent conjuguer création et activité salariée. À travers cet exemple, .mp4 montre comment la musique locale peut être pensée comme un langage du territoire, sans chercher à figer une identité sonore unique. Le projet refuse l’idée d’un “son grenoblois” homogène et préfère en proposer une lecture plurielle, faite de contrastes, de trajectoires individuelles et de pratiques hybrides.

Quelles composantes du dispositif transmedia ?

Le dispositif est composé de trois dispositifs : une web-série, un album collaboratif et une release party. 

La web-série est la colonne vertébrale du projet. Composée de cinq épisodes, elle retrace le processus créatif des artistes. L’écriture s’inspire du “cinéma direct”, et privilégie des échanges spontanés et une narration construite à partir du réel. Le dispositif introduit une contrainte, la création d’un album collaboratif, qui vient structurer le récit. Ainsi, l’album vient prolonger le documentaire par une expérience d’écoute incarnée. Il se compose de quatre tracks individuelles, reflet du rapport personnel de chaque artiste à la ville, et d’une track collective enregistrée en studio. Cette dernière agit comme une synthèse des sensibilités et des influences, tout en symbolisant la rencontre entre artistes. La release party constitue l’aboutissement du projet. Pensée comme une soirée immersive dans un lieu emblématique de la scène locale, elle mêle performances live, scénographie visuelle et moments d’échange avec le public. 

Pour conclure, les apports du projet et les regards critiques du jury

La soutenance du projet “.mp4” a permis de mettre en lumière à la fois la cohérence du dispositif et plusieurs axes de réflexion soulevés par le jury. Les points forts relevés on été la clarté de la proposition transmedia, l’ancrage territorial assumé, la qualité de la recherche de terrain et la pertinence du lien établi entre artistes, ville et public.

Cependant, plusieurs critiques constructives ont été formulées par le jury qui a notamment interrogé la temporalité du projet, en particulier l’articulation entre la diffusion du documentaire et l’organisation de la release party, soulevant les enjeux logistiques et narratifs liés à ce calendrier. La question du positionnement éditorial a également été discutée : le projet se situe à la frontière entre documentaire immersif et dispositif contraignant proche de la télé-réalité collaborative, une hybridation qui constitue à la fois une richesse et un point de vigilance. D’autres interrogations ont porté sur la notion même d’identité sonore d’une ville. Le jury a questionné l’existence, ou non, d’un “son grenoblois” et la pertinence de cette approche dans un contexte où les artistes sont souvent mobiles, influencés par des scènes multiples et parfois peu attachés à un territoire unique. Le projet répond à cette critique en revendiquant une approche “non-essentialiste", privilégiant la pluralité des trajectoires plutôt qu’une identité musicale figée. Enfin, des pistes d’ouverture ont été suggérées, notamment l’intégration potentielle d’acteurs non artistiques (chercheurs, structures culturelles, acteurs de l’écologie sonore), tout en soulignant le risque de dilution du propos si le projet s’éloignait trop de son cœur créatif.

En définitive, .mp4 apparaît comme un projet transmedia solide, à la fois expérimental et structuré, qui interroge la manière dont la musique peut devenir un outil de lecture du territoire. Il témoigne d’une réflexion approfondie sur les enjeux culturels contemporains et ouvre des perspectives de développement à l’échelle nationale et européenne, tout en assumant les limites et les tensions inhérentes à ce type de dispositif.

Un projet de Angélique Corbes, Arthur Chatain, Loïc Saugneaut, Louane Guérin et Zélie Soligot. 

Article de Gabin Duclos, Jade Calard, Judith Gonnord et Laëtitia Franchi.