[PORTRAIT] Trygve Prestgard : à la conquête du Système Solaire !

Publié par Sandy Aupetit, le 14 avril 2022   1k

À seulement 26 ans, Trygve Prestgard tente de déterminer les origines des météorites. Doctorant en deuxième année à l’Institut de Planétologie et d’Astrophysique de Grenoble (IPAG - CNRS / UGA), il nous raconte son parcours et ses recherches pour percer les mystères de l’Univers.

De l’astronomie amateur à la recherche de pointe

Originaire de Norvège, Trygve Prestgard se passionne pour l’astronomie depuis sa plus tendre enfance. À 14 ans, alors qu’il est dans un cyber café au Costa Rica,  il s'interroge sur la classification de Pluton en tant que planète naine. Il réalise que le système solaire ne se limite pas à un soleil et des planètes, mais qu’il se compose d’une multitude de petits corps célestes. 

En entrant au lycée, il assouvit pleinement sa passion pour l’astronomie et s’inscrit dans un projet collaboratif dédié à ce sujet : le Sungrazer Project. Financé par la NASA, cette initiative permet de découvrir et de signaler des comètes jusqu'alors inconnues dans les champs de vision des satellites SOHO et STEREO. C’est en devenant “chasseur de comètes” que Trygve s’implique davantage dans la planétologie. Et c’est à ce moment-là qu'il réalise vouloir passer le restant de sa vie, au plus près de l’univers.

Après avoir vécu trois années au Costa Rica, il décide de passer son bac en France, en 2014. Il effectue ensuite ses études à Grenoble. Son parcours sera  guidé par les conseils d’enseignants qu’il rencontrera tout au long de sa scolarité. Il s’inscrit tout d’abord dans une licence en géosciences, avant de poursuivre par un master en géophysique. Il réalise alors son stage de fin d’études à l’IPAG où il se spécialise dans l’étude des météorites. Sa thèse sur la "spectroscopie des corps mineurs" en sera la suite logique !  

Retracer l’histoire des météorites

Trygve travaille au sein de l’équipe “Planétologie” de l’IPAG, qui est spécialisée dans l’étude du système solaire et de tous les corps qui le composent.

Son objet d’étude, ce sont les météorites, des petits fragments de corps célestes tout droit tombés du ciel souvent trouvés dans des milieux désertiques”. Lorsque ces dernières arrivent dans son laboratoire, Trygve les analyse avec précision. En étudiant la composition des fragments et leur minéralogie, le jeune doctorant peut reconstituer leur histoire. 

Il réalise une analyse qu’on appelle “spectroscopique”, qui consiste à évaluer comment la lumière est émise, absorbée ou diffusée par les échantillons. Il obtient alors une sorte de carte d’identité des météorites, qu’il peut comparer aux cartes d’identité de corps célestes car “les météorites [qu’il étudie] sont des fragments d’astéroïdes qui sont toujours en rotation dans l’espace. Trygve peut établir ces liens grâce aux données fournies par les télescopes venant d’autres laboratoires. Comme un jeu de memory, il rassemble les cartes d’identité similaires et détermine ainsi à quel corps mineur ses échantillons de météorites sont rattachés. Paradoxalement, il n’a nul besoin de scruter attentivement le ciel pour ses recherches… tout se passe au laboratoire !

Météorite observée au microscope, sous lumière polarisée transmise. Ce type d'observation permet d'affiner l'interprétation des données obtenues par spectroscopie © Trygve Prestgard.

En mars, il a présenté ses travaux pour la première fois lors de l’événement international “Lunar and Planetary Science Conference, devant un public de professeurs et de chercheurs des quatre coins du globe. Cette première grande présentation l’a rendu très enthousiaste. Comme dirait le concerné : "c’est quite exciting !".

À la fin de son doctorat, Trygve souhaite poursuivre ses travaux en réalisant des post-doctorats au sein d’autres laboratoires, en France, mais aussi à l’international. Il aimerait notamment intégrer des universités spécialisées dans l’étude minéralogique des météorites. Il nous confie qu’il ira “là où le travail le mènera”. À terme, son objectif serait d’obtenir un poste de chercheur permanent en France ou à l’international, et si possible à Grenoble !

71 nébuleuses et 130 comètes 

Lorsqu’il quitte le labo et rentre à la maison, Trygve ne peut s’empêcher de continuer à explorer l’univers ! Sur son temps personnel, il continue à chercher de nouveaux corps célestes à découvrir. À ce jour, quelques 71 nébuleuses planétaires (des étoiles mortes entourées d’amas de gaz et de poussières interstellaires) portent son nom. Il a également découvert 130 comètes qui, cette fois-ci, portent le nom des satellites ayant fourni les images de l’univers. Pour lui, trouver des choses inconnues est un véritable challenge !

Nébuleuse Pre 3 (aussi appelée "Southern soccer ball nebula") identifiée par Trygve.
© George Jacoby/Las Campanas Observatory (Chili)


Trygve aime également partager sa passion. Il tient d’ailleurs un blog, nommé Sky Hunt, autour de ses recherches personnelles. Il a aussi choisi de présenter ses travaux à des collégiens pour les sensibiliser et leur donner l’envie de tourner les yeux vers les confins du ciel. Parallèlement à ses travaux en laboratoire, Trygve nous a confié qu’il souhaiterait faire plus de vulgarisation scientifique auprès des jeunes publics néophytes, car d’après lui, “nous sommes très loin de tout savoir sur notre système solaire et l’univers”.


Article rédigé par Charlotte Garriga, Noémie Langot, Thomas Bortolato et Benjamin Houry


Cet article a été rédigé par les étudiants de licence suivant l'enseignement transversal "Sciences, journalisme et réseaux sociaux" proposé à l'Université Grenoble Alpes (UGA). Cet enseignement est encadré par Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'UGA et Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias à La Casemate. Suivez l'actualité de l'ETC sur Twitter !