Recherche, industrie, informatique : L’aventure industrielle au sein de l'entreprise ARaymond 1/2 (9/12 - année 2021)

Publié par ACONIT (Association pour un Conservatoire de l'Informatique et de la Télématique), le 9 septembre 2021   200

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Détail de la couverture de "La belle histoire" par Alain Raymond, Glénat, 2005


ou La création d’un métier nouveau


A partir d'un témoignage d'Alain Raymond, ancien cogérant de la SCS ARaymond,

mis en forme par Xavier Hiron (ACONIT)


Introduction : L’état des lieux

L’entreprise ARaymond est reconnue depuis 150 ans comme un modèle de réussite industrielle pour la région grenobloise, ayant une répercussion sur le marché mondial. Cependant, ce marché est discret, car il alimente des produits de service nécessaires à l’activité commerciale d’autres grands groupes industriels. Aussi, il est utile d’en retracer les grandes lignes si l’on veut mesurer le véritable impact économique et social d’une entreprise qui œuvre, tel un objectif jamais démenti, pour le confort final des usagers.

En 1865, Albert-Pierre RAYMOND ouvre à GRENOBLE, avec deux compagnons associés, Benoît Allègre, graveur, et Alexandre Guttin, doreur, un atelier pour la manufacture de boutons métalliques à coudre estampés à la marque du client gantier. Ce produit présente trois caractéristiques : il s’agit à la fois d’une pièce de fixation, d’une innovation et il s’applique à un marché de masse. Cette article tente de faire apparaître, avec un siècle et demi de recul, la part patrimoniale d'une telle démarche d'entreprise.


Dès l’origine, la vocation de l’entreprise est donc définie selon trois principes :

a/ Pièces de fixation

Définition : élément de liaison amovible ou permanent entre deux corps distincts (exemples : clou, vis, fibule, bouton, colle, lacet, clip, rivet, crochet, boulon, anneau, œillet, raccord, etc…).

b/ Innovation

Recherche d’amélioration constante de l’existant. Cette innovation en continue est rendue nécessaire sur des marchés volatiles.

c/ Marché de masse

C’est un marché dont le volume est très important et qui couvre éventuellement le monde entier.


Albert RAYMOND avait ouvert la voie d’un nouveau métier. C’est ainsi que depuis 1865, l’entreprise ARAYMOND n’a cessé de développer des nouveaux systèmes de fixation pour servir des marchés de masse. Pendant cette période de plus de 150 ans, l’entreprise a déposé plus de 1 000 brevets de base sur des fixations dont certains de leurs principes ont fait le tour du monde et sont utilisés couramment, voire quotidiennement par des milliards de personnes.

Dans les paragraphes qui vont suivre, nous allons commencer par passer en revue les grandes étapes des innovations technologiques introduites par le groupe ARaymond au cours de son histoire. Nous envisagerons dans un prochain article d'abord les conditions sociales et technologiques de réalisation de ces innovations, puis la mutation de gestion entreprise dans les années 1970 pour permettre la production et la diffusion à l’échelle mondiale des produits ARaymond.


1/ Bouton pression à river

Déposé le 29/05/1886, alors que l’entreprise a déjà vingt ans d’âge, ce brevet décrit le premier bouton pression à river. Celui-ci améliore le principe du bouton à coudre initial, car les gantiers se plaignaient du temps important immobilisé par la couture de ces pièces de petite dimension.

Cette invention d’Albert-Pierre RAYMOND a trouvé une application sur le marché du gant, puis pour de nombreux objets en cuir ou textile (chaussures, vêtements, trousses, cartables, porte-monnaie, etc…). Tout individu sur terre utilise pour un usage quotidien cette invention. Elle est toujours fabriquée par milliards, même si aujourd’hui, l’entreprise ARaymond ne le produit plus directement.

2/ Tourniquet

Depuis le 28 mars 1903, ce brevet décrit un système de fixation par une clef en T de maintient (serrage) qui pénètre un œillet ovale. La liaison est assurée par un quart de tour de la clef. Cette innovation renforce et facilite la fréquence d’ouverture-fermeture, sans risquer le déchirement du support souple.

L’inventeur est là aussi Albert-Pierre RAYMOND. Cette invention est utilisée pour la fermeture amovible des cartables, trousses de toilette, sacs à main, cartouchières, bâches de camion, toiles de tente, etc. Elle est toujours fabriquée par centaines de millions annuelles.


3/ Fermeture à glissière détachable

Ce brevet déposé le 06/05/1935. C’est une innovation développée par Albert-Victor RAYMOND permet à l’utilisateur d’une fermeture à glissière fixe, dont le système existait préalablement, de séparer complètement les deux côtés de la glissière puis de les raccorder à volonté. Il devenait ainsi possible d’ouvrir ou de fermer un imperméable, un anorak, l’accès d’une tente, un blouson, etc.

Ce dispositif est utilisé quotidiennement par des milliards de personnes dans le monde entier sans penser à son origine. A l’instar des deux premières inventions, il est presque devenu un élément du patrimoine public.

C’est aussi la période durant laquelle l’entreprise va développé un étroit partenariat avec l’industrie automobile, d’abord française puis, au sortir de la seconde guerre, internationale.


4/ Agrafe de fixation de moulure sur carrosserie automobile en acier trempé 1935

Cette innovation permet de fixer par encliquetage une moulure sur une carrosserie automobile percée de trous alignés, grâce aux qualités ressort de l’acier trempé. Cette fixation a été utilisée par millions jusqu’en 1960, puis abandonnée au profit des agrafes en matière plastique qui assuraient une meilleure étanchéité de la carrosserie.


5/ Agrafe de panneau de porte automobile en matière plastique 1958

Brevet daté du 29/10/1958, cette innovation, développée sur le site ARaymond de Loerrach, en RFA, par Monsieur Jean PERROCHAT, assure la fixation étanche dans un trou de la carrosserie automobile. Elle présente l’avantage d’être démontable.

Ce nouveau principe de fixation a été décliné pour de nombreuses applications (fixation de moulure, de câble, etc…). Il a été largement utilisé en Allemagne, aux USA, au Japon et continue à être appliqué aujourd’hui.


6/ Support de tubes à diamètre variable

Le brevet déposé le 30/07/1981 est une invention de Monsieur Guy ANDRÉ.

Ce principe de fixation permet de clipper, dans un berceau en matière plastique, des tubes ou des câbles de diamètres différents. Il a été très utilisé pour la fixation des canalisations de carburant sous caisse automobile en France, en Italie, en URSS, au Japon, aux USA et continue toujours à être appliqué.

7/ Fixation sur goujon fileté soudé

Ce brevet est déposé le 01/03/1985. Cette invention de Messieurs Guy ANDRÉ et Gunther WOLKER permet de clipper sur un goujon fileté, soudé sur carrosserie automobile, un système de fixation en matière plastique.

Ce principe a été utilisé dans le monde entier par l’industrie automobile. Il a donné lieu à des centaines d’applications produites par dizaines de millions.


8/ Raccord encliquetable

Huit années plus tard, le 07/12/1993, est déposé un autre brevet majeur pour l’industrie automobile.

Cette invention de Messieurs MORETTI et DALOIA se rapporte à un raccord pour canalisation de fluide, encliquetable sur un embout et démontable. Grâce à ce brevet, il a été créé près de 2000 emplois dans le monde.

Le principe est aujourd’hui utilisé par tous les constructeurs automobiles. Très curieusement et en dernière analyse, le raccord encliquetable RAYMOND est une variante du bouton-pression.


Domaine médical :

9/ Bouchon étanche RAYDYLYO

Cette invention de Messieurs Stéphane GELIBERT et Guillaume BELLE a été déposée le 15/09/2009. Elle concerne une coiffe de verrouillage en matière plastique pour flacon à col, destinée à bloquer un bouchon hermétique dans le col du récipient.

Le marché est constitué par les flacons de produits pharmaceutiques injectables (8 à 9 milliards de flacons par an).

Il s’agit là encore d’une pièce de fixation dont le fonctionnement est une autre variante du bouton-pression. Après une longue période d’homologations engagées dans le monde entier et de production préséries, les premières commandes massives ont été observées. Cette innovation peut représenter un nouvel essor pour l’entreprise ARAYMOND.


Conclusion provisoire

Ces innovations se sont appliquées aux marchés :

  • du gant 1865-1960

Ce marché a presque disparu avec la perte de l’usage de gants de luxe.

  • des objets en cuir et textile 1886-1989

Ce marché s’est déplacé en Asie avec les délocalisations. L’entreprise ARAYMOND ne l’a pas accompagné.

  • de l’automobile à partir de 1900
  • du bâtiment à partir de 1980
  • de la santé à partir de 2009
  • de l’agriculture à partir de 2010
  • de l’énergie solaire à partir de 2015.


Le feu d’artifice des innovations qui ont forgé le succès de l’entreprise ARAYMOND s’est transformé en centaines de milliards de pièces qui ont modestement contribué au bien-être collectif.

Grâce à sa volonté d’innover en continu, l’entreprise familiale ARaymond est parvenue à la couverture mondiale ininterrompue du marché des fixations techniques sur une période de plus de 150 ans. C’est le condensé de cette histoire cumulée qui, aujourd’hui, nous permet de parler de patrimoine d’entreprise, situé entre tradition, savoir-faire, renouvellement et ouverture d’esprit, dans une continuité remarquable située à la frontière de la constance et de l’adaptation.

Raison pour laquelle la direction familiale a eu la volonté, dès 2005, de créer un musée interne à l’entreprise, le musée ARhome, lieu de mémoire de cette aventure d’innovation industrielle et illustration de l’état d’esprit qui a permis son rayonnement exemplaire.