Workshop FIBRA #4 - Enveloppe 3D : la peau des volumes

Publié par Echosciences Grenoble, le 17 décembre 2019   300

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Notre équipe est composée de trois étudiantes de première année en DPEA Design et Innovation de l’Architecture. Si nous nous retrouvons cette année à suivre la même formation au sein de l’ENSA Grenoble, nos parcours sont tous différents : Mai Tran a pratiqué le design d’intérieur et le design durable au Vietnam, Yasmine Ghozzi le design d'intérieur et le design d’objet en Tunisie et Fanny Roux l'architecture en France. C’est de cette hétérogénéité que naît la force de l’équipe, chacune apportant une vision et une sensibilité différente au projet créé en commun.

Premiers pas dans le projet

Le sujet que nous avons pioché était “Enveloppe 3D: la peau des volumes”, les notions que celui-ci évoquait étaient l’habillage, les volutes, les flux de fibres, les couleurs, la souplesse, les courbes, les volumes et la liquidité. Dans un premier temps, nous avons réalisé des croquis représentant des grands cadres remplis dans lesquels viendrait couler une matière tissée. Très vite, nous avons pris le parti de réaliser une forme libre qui viendrait habiter le grand cadre de bois fourni par le workshop sans pour autant se contraindre à la forme rectangulaire. 

L’idée phare a été trouvée assez rapidement et dès le premier jour de workshop nous avons réalisé des essais miniatures, des maquettes, représentant le futur projet. C’est aux termes “liquide” et “souplesse” que nous nous sommes le plus attachées. L’objet devait se concrétiser en une forme curviligne et molle qui traverserait le cadre d’un bout à l’autre en s’ouvrant sur l’extérieur pour dépasser le plan 2D imposé par le cadre.


Matériaux et technique utilisés

Nous avons utilisé des longs brins d’osier souples pour réaliser notre trame primaire (verticale) puis de corde de paille de mer et paille de maïs pour la trame secondaire (horizontale). La trame verticale était coincée dans le cadre tandis que la trame horizontale venait se former au fur et à mesure, par tissage. 

Ces choix nous permettaient d’obtenir un objet souple et donc facilement manipulable. C’est à la fois l’absence de contrainte formelle quant au résultat final, la conscience de l’ampleur du projet ainsi que la clairvoyance face à notre manque d’expérience et donc de notre cadence potentiellement lente, qui nous ont poussées à démarrer le travail très tôt dans le workshop. Nous avons débuté le tissage dès le deuxième jour et toutes les techniques et idées de forme ou de couleur nous sont apparues au fil du travail. 

Ainsi, nous avons choisi d’associer la paille de maïs (blanche) à la paille de mer (brune) pour créer des variations de couleurs après nous être confrontées à une tentative d’incrustation de paille colorée industriellement qui s’est révélée très peu esthétique. La technique du pignon, qui consiste à réaliser des arcs de cercles pour créer une forme plus ronde, nous a été suggérée après que nous ayons déjà commencé la confection de l’ouvrage. Les courbures aléatoires ont surtout été réalisée par des pressions exercées des nuits entières sur l’objet préalablement mouillé. En effet, l’osier a une capacité de déformation assez impressionnante lorsqu’il est humidifié. Cette technique a été utilisée tous les soirs de la semaine, pour former la masse que nous tissions la journée. La contrainte de la trame verticale nous a aussi permis de réaliser des courbures intéressantes. Tantôt écartés, tantôt rassemblés, les brins d’osier entraînent le tissage avec eux pour créer un effet plus ou moins large ou serré.

Les seuls éléments extérieurs (non composés d’osier ou de paille) utilisés ont été le fil ciré qui nous a permis de réaliser quelques finitions et quelques vis qui sont venus fixer l’ouvrage au cadre une fois terminé.

Réalisation du projet, difficultés rencontrées

La principale difficulté rencontrée lors de la confection du projet a été l’aspect minutieux et répétitif de la tâche. Les cordes de paille de mer et de maïs doivent être passées entre les brins d’osier pour créer le maillage. La matière doit sans cesse être humidifiée sans pour autant être complètement mouillée pour être flexible sans devenir friable. Un juste milieu qui nous a demandé quelques heures de travail avant d’être complètement acquis. 

Ainsi, si dans les premiers temps nous passions les cordes de paille directement sous le filet du robinet, nous avons par la suite compris que l’utilisation du vaporisateur était bien plus adaptée. Les liaisons entre les différentes cordes de paille nous ont aussi donné du fil à retordre, d’abord entremêlés puis fixés à l’aide de bande adhésive, les bouts servant de raccord ont surtout été rafistolés et arrangés une fois le travail fini, à l’aide de sécateurs, de fils fins et de patience.

L’attache de l’ouvrage au cadre a elle aussi constitué une épreuve de taille. S’il nous paraissait évident que les brins d’osiers de la structure horizontale viendraient s’ancrer dans la fente du cadre, les effets de courbures donnés à la forme finale sont venus contredire cette première idée. Si l’objet tenait il n’était cependant pas stable et n’aurait sûrement pas survécu à un déplacement quelconque. C’est pourquoi nous avons fait le choix de le renforcer à l'aide de quelques vis placées à la tête et à la base, traversant l’osier pour le fixer au cadre.

Le projet : "Torsade"

Torsade est un tissage tridimensionnel aux courbes aléatoires. Comme une grande vague aux formes libres, le projet vient s'émanciper du cadre rigide dans lequel il s’inscrit. Ses courbes traversent l’espace et s'enchaînent de manière fluide et souple, créant une silhouette qui semble entortillée sur elle-même. Son nom fait référence à sa forme hélicoïdale, et ramène à l’imaginaire du tissage qui constitue la technique de base du projet.

Le tissage en torsade est réalisé à partir de deux types de paille aux couleurs différentes : la paille de mer, de couleur brune, et la paille de maïs, de couleur blanche. Cette dualité de matière nous permet de créer des variations de couleurs et ainsi d’offrir des alternatives visuelles sans pour autant interrompre la forme liquide.

Retour d’expérience

Pour chacune d’entre nous, cette expérience a été d’une grande richesse. Rencontrer un vannier, apprendre des techniques et manipuler la matière représentaient une grande première.

Nous avons été impressionnées par la diversité des matériaux issus de fibres végétales, par la richesse des formes extraites d’une même matière première. Avoir à notre disposition autant de nouveaux matériaux et techniques nous a ouvert les portes d'un monde qui nous paraissait jusqu’alors inaccessible. 

Malgré notre connaissance des objets de vannerie, comme les paniers en osier ou les objets tressés, nous n’avions jusqu’alors pas conscience de l'intérêt que pouvait représenter l’art de la vannerie dans le monde du design contemporain. Découvrir à la fois des objets de design moderne utilisant ces techniques et apprendre les bases de la vannerie traditionnelle nous a projeté vers un univers plus large.

Être en contact direct avec l’osier sous toutes ses formes offre un aperçu plus large des capacités de déformation de ce dernier. Entrer dans le projet par la matière et non pas par la forme ou la fonction nous a aussi permis de ne pas nous limiter dans la mise en oeuvre de notre projet, de créer de manière instinctive et spontanée en prenant soin de respecter les fibres et leur courbure, leurs propriétés naturelle.

Pour acquérir des connaissances en design, il est nécessaire de toucher la matière, de la sentir et la manipuler, de se familiariser avec cette dernière pour se l’approprier.

Discuter avec la matière et essayer de la comprendre c’est se donner l'opportunité de réaliser des formes, des espaces, que nous n’aurions pas pu imaginer, c’est accéder à un monde de possibles jusqu’alors inaccessible.


// Ce projet porté par l’ENSAG et, en partenariat avec amàco, le DPEA Design pour l’architecture et l’innovation, La Casemate et les Grands Ateliers reçoit le soutien de l’IDEX Université Grenoble Alpes.