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Abandonner un peu de son cerveau à l'humain : la domestication

Publié par Laurent Vercueil, le 11 juin 2021   520

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Il est une règle biologique déjà vérifiée de nombreuses fois : une espèce domestiquée par l’homme a un cerveau plus petit que son équivalent sauvage. Et ceci, même en tenant compte de la différence de taille globale de l’espèce en question (souvent plus réduite pour les domestiques). En fait, l’espèce domestique abandonne entre un quart et un tiers de son cerveau pour vivre avec l’être humain !

Une étude récente montre que c’est aussi le cas lorsque l’espèce sauvage (en l’occurrence, l’Auroch) auquel on confronte l’espèce domestique (les bovins) a disparu depuis environ 400 ans (1). Pour évaluer le volume du cerveau, et la rapporter au volume global de l’animal, les auteurs ont effectué des mesures sur 317 crânes de 71 lignées bovines domestiques (surtout européennes), et les ont comparées à celles réalisées sur 13 crânes d’Aurochs adultes. Ces mesures permettent d’estimer d’un côté, le volume endocrânien (BCW), qui témoigne, en creux, de la place qu’occupait le cerveau, et de l’autre, la largeur du museau (MZW), laquelle permet de donner une estimation valable de la taille de la bête, chez les ongulés sauvages et domestiques. 


Comme cela avait déjà été observée dans d’autres espèces domestiquées, qui lachent environ un quart (chats, ovins) à un tiers (chiens, cochons) de leur cerveau pour vivre en compagnie de l’être humain, la taille du cerveau des bovins domestiqués est inférieure en moyenne de 25.6% à celle du cerveau des Aurochs. 

L’essentiel de la réduction du volume global du cerveau mesuré chez les espèces domestiquées est dû à la réduction du volume du système limbique. Ce système est constitué d’un ensemble de structures cérébrales qui jouent un rôle majeur dans la production de comportements émotionnels. IL est logique que les traits comportementaux sélectionnés dans les espèces domestiquées soient précisément ceux qui réduisent la réactivité à ces stimulations : diminution de la peur de l’humain, réduction de l’agressivité, docilité. 

Cependant certaines espèces de bovins domestiquées par l'homme sont précisément sélectionnés sur leur agressivité, ou leur aptitude à combattre,  ne serait-ce qu'un morceau de chiffon rouge que l'on agite devant son museau. Est-ce que ces lignées (les Taureaux noirs Andalous) sont épargnées par ce phénomène de réduction cérébrale ? Même pas, si on se refère à la figure de l’article, copiée ci-dessous : en regard de leurs cousins sauvages, les « Bullfighting » abandonnent 15% de leur cerveau pour finir dans les arènes tauromachiques. 

Le prix de la tranquillité, en quelque sorte. 

Vous souvenez-vous ? 

" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause
"


REFERENCES 

(1) https://royalsocietypublishing...

(2)