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Exégèse du Mentaculus

Publié par Laurent Vercueil, le 3 février 2018   690

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Dans "A Serious Man" (2009), le film des frères Coen, Larry (Lawrence) Gopnik est un professeur de physique théorique confronté à une avalanche de soucis. Pour ce familier du chat de Schrödinger, habitué à jongler avec les concepts les plus complexes, le besoin de comprendre ce qu'il lui arrive est naturel. Tout s'explique, même un chat vivant et mort en même temps. 

L'une des moindres de ses préoccupations n'est pas que son frère Arthur occupe le canapé du salon (et accessoirement la salle de bain au grand désarroi de la fille de Larry dont l'occupation principale consiste à se laver les cheveux pour sortir au "Hope") à griffonner sur un carnet des signes étranges et indéchiffrables. Ce faisant, Arthur édifie ce qu'il nomme son "Mentaculus", et qui semble (on n'en saura pas davantage) une sorte de monstrueux édifice de signes enchevêtrés, mélange de formules, listes, et barbouillages obsessionnels... 

Le Mentaculus est peu montré. On voit surtout Arthur, profondément absorbé par sa tâche monumentale, le dos courbé sur son œuvre. Ce qu'il cherche, le film ne nous le dit pas. Le Mentaculus semble un amoncellement de signes, dont doit émerger un sens qui nous échappe. Il y a sans doute aussi une certaine esthétique du Mentaculus, qui doit ressortir à l'harmonie des formes enchâssées, formules mathématiques, dessins d'avion, flèches tourbillonnantes, etc...

La vie de Gopnik est soudainement bouleversée par une série invraisemblable de catastrophes dont il se met en quête du sens: Que signifie tout cela ? Les Rabins consultés rivalisent d'incompétence, mais l'un d'entre eux, le Rabbi Nachtner semble être en mesure de lui apporter une clé en lui faisant le récit de l'histoire des dents du goy du Dr Sussman

Le Dr Sussman, un dentiste réputé, découvre, en démoulant l'empreinte de la dentition d'un client, que la face interne de ses incisives inférieures est gravée d'un message en hébreux, signifiant "Help me, save me".

Il convoque le patient sous un prétexte quelconque, et vérifie l'intérieur de sa bouche : le message est bien là. Il examine alors l'ensemble de ses moulages, sonde ses patients à la recherche d'autres signes, investigue la bouche de son épouse pendant son sommeil, ou ses propres dents : rien. Mais qui doit-il aider ? Qui sauver ? Ce message s'adresse-t-il à lui ? Et de qui vient-il ? Une origine divine (Hashem) ? Que doit-il faire ? Il vient interroger le Rabbi Nachtner.  L'histoire semble s'arrêter là, mais Gopnik relance le Rabbi : et alors ? Que lui avez vous dit ? 


Que lui ai-je dit  ? répond le Rabbi, voilà ce que je lui ai dit : "the teeth- we don’t know. A sign from Hashem? Don’t know. Helping others… couldn’t hurt."

Une fin en queue de poisson. On ne sait pas ce que ça veut dire. 

Tout comme le Mentaculus, qui garde le mystère des grandes profondeurs. 

Nous sommes entourés de Krakens, ces monstres marins légendaires qui émergent par petits bouts, sans prévenir, nous laissent sidérés, puis replongent vers les abysses. La "pseudo-profondeur" est l'effet produit par ces signes qui disparaissent aussi vite qu'ils surgissent. Suggérer un sens, mais ne rien expliquer.