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Les Savanturiers du Cerveau (8) : résultats de l'expérience et conclusion

Publié par Laurent Vercueil, le 10 juin 2019   410

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Et voici venue la fin de l'année scolaire, l'expérience des Savanturiers du Cerveau arrive à sa fin. Avec Romance Cornet et sa classe de CM1/CM2, nous avons animé, tout au long de l'année, un périple organisé autour du cerveau et de son fonctionnement (les différentes étapes sont visibles à partir d'ici). Finalement, une expérimentation était réalisée, conçue en partie par les enfants. 


Pour rappel, les enfants devaient lire trois textes très semblables, qui fourmillaient d'informations similaires mais particulières à chacun, et les restituer sur un questionnaire. Le total des bonnes réponses était calculé pour la classe entière (ce n'était pas une évaluation individuelle) et comparé en fonctions des conditions d'apprentissage. En pratique, il fallait que les élèves choisissent trois conditions de lecture des textes, qu'ils considéraient a priori comme "neutre", "favorable" et "défavorable" à l'apprentissage.  Voici le relevé que m'a transmis Romance Cornet, leur professeure, avec les différents contextes suggérés et, entourés, ceux qui ont été décidés.


  La situation négative consiste à lire le texte cible pendant que la maîtresse lit un autre texte avec une voix bizarre. Visiblement, les enfants avaient pas mal de propositions concernant les contextes négatifs, pouvant grever la mémorisation des textes : dispute, le bruit environnant, une musique trop envahissante, une stimulation inattendue, et même, le simple fait de se savoir chronométrés !

Quels ont été les résultats ? 



On voit que les résultats ont été ceux qui étaient attendus, et les conclusions des élèves sont judicieuses. Les enfants se sont aussi demandés si l'ordre de passation des tests n'a pas pu jouer un rôle : que ce serait il passé s'ils avaient commencé par la conditions négative et terminé par la neutre ? 

Et puis : appeler les conditions "neutre", "négative" et "positive", n'était-ce pas déjà donner des indications pour les résultats à venir. Que ce serait il passé si la classe avait été divisée en deux, l'une planchant sur l'élaboration des trois conditions de test qui auraient été soumis à l'autre (et inversement), sans leur dire quels étaient les conditions "neutre", "négative" et "positive" ?

On voit bien que la recherche a toujours des limites dont il faut toujours tenir compte. Il n'y a pas de résultat qui soit incontestable, hors les mathématiques. C'est aussi ce qui fait son charme, et ce qui fait sa modestie, à l'heure où on l'accuse parfois d'arrogance. Pourtant, elle doit rester ce qui permet d'orienter nos jugements, nos choix, de manière éclairée. Beaucoup des débats contemporains confondent allègrement les choix politiques (dans quelle société voulons nous vivre ?), les procédures judiciaires (quels sont les comportements qui sont condamnables ?) et l'état des connaissances scientifiques (que peut-on savoir avec le moins de risque de se tromper ?). 

 

Et voici ma conclusion transmise aux élèves : 

Ce test permet de voir combien notre attention est fragile. Et pourtant, indispensable pour les apprentissages. On voit comment cette fragilité l'expose à certains risques. On peut en tirer les enseignements suivants :

1, On peut voir l'attention comme un capital (c'est à dire un trésor). Un trésor que l'on ne doit pas dilapider, parce qu'il est limité (en quantité - on ne peut pas être attentif à beaucoup de chose à la fois, et dans le temps - on ne parvient pas à rester attentif très longtemps). Or, cette attention est indispensable pour apprendre, pour créer du souvenir dans le cerveau. C'est cette attention que convoitent les publicitaires, et tous ceux qui attendent de nous que nous agissions comme ils le souhaitent.

2, L'attention est fragile. Elle peut être mobilisée de deux façons : la première est passive (c'est à dire que nous n'y sommes pour rien), la seconde est active (c'est à dire que c'est nous qui la mobilisons). L'attention passive est celle qui est mobilisée par l'environnement. Si un ours rentre dans la classe, l'attention de tous les enfants sera attirée vers lui, il n'y en aura plus aucun pour écouter la maîtresse.

3, On va dire que l'attention passive est négative : parce qu'elle opère par soustraction. C'est à dire qu'elle retire une certaine quantité au trésor. Nous avons moins d'attention disponible pour la tâche en cours. Notre trésor s'amenuise. L'attention passive/négative agit comme un pirate. Elle vient piquer notre trésor.

4, L'attention active est celle que nous décidons de donner pour une bonne cause. Notre trésor est placé dans de bonnes mains. Pourquoi on fait ça ? parce qu'on est motivé ! C'est la motivation qui permet d'engager notre attention de façon active. C'est une attention positive. Pourquoi positive ? parce qu'elle transforme notre trésor attentionnel en trésor de connaissances, en trésor de souvenirs. Et que nos souvenirs et nos connaissances, c'est ce qui fait de chacun ce que nous sommes vraiment.


Il faut signaler enfin que Romance Cornet a fait une magnifique présentation synthèse de cette année d'animation visible ici.