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Les Savanturiers du Cerveau (1) : le test du chamallow de Walter Mischel

Publié par Laurent Vercueil, le 28 novembre 2018   420

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Dans le cadre des Savanturiers 2018-2019, nous avons élaboré, à la demande de Romance Cornet, enseignante en primaire (classe de CM1), un petit programme d'animation scientifique en classe, qui porte sur le sujet du cerveau.  

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L'idée qui sert de fil rouge au projet est de sensibiliser les enfants au fonctionnement de leur cerveau.  Et tout particulièrement, leur faire prendre conscience du fait que nous ne sommes pas naïfs devant le monde qui nous entoure, mais bien au contraire  disposés naturellement à mener une "chasse au signe" et à potentiellement se soumettre à lui. Dès lors, développer de l'autonomie, c'est parvenir à ne pas céder à l'injonction des signes, et à décider de son action propre. S'autonomiser, pour se sentir bien en classe. 

Ambitieux programme! 

Aussi avons-nous débuté prudemment, en leur demandant de réagir à un petit film qui illustre une célèbre expérience : le test du Chamallow (la Guimauve).  

Mais qu'est-ce que ce test ? et que nous montre-t-il ? 

A la fin des années 60, le psychologue américain Walter Mischel (1930-2018) a développé ce test ["The Marshmallow Test" (1)] afin d'éprouver le contrôle cognitif de jeunes enfants. Ici, le dilemme auquel les enfants sont soumis est assez simple : ils sont laissés seuls devant une tentation forte (un chamallow, un morceau de gâteau ou un bretzel, dans l'expérience originale). Ils sont alors informés des termes d'un choix : soit ils mangent (ils dévorent) le chamallow qui se tient devant eux pendant les 15 minutes suivantes, soit ils patientent pendant les 15 minutes jusqu'à ce que l'expérimentateur leur apporte un deuxième chamallow, à la seule condition que le premier n'ait pas déjà été mangé. En somme, soit le plaisir immédiat, soit un plus grand plaisir encore, mais différé. 

Quinze à vingt ans plus tard, Walter Mischel avait recontacté les participants à son étude pour évaluer leur devenir. Ceux qui étaient parvenus à obtenir un deuxième chamallow étaient ceux qui avaient connu ensuite de meilleurs parcours scolaires. Ainsi, le meilleur facteur prédictif de la réussite scolaire n'était pas le niveau du QI mesuré à l'âge de 4 ans, mais la réussite du test du Chamallow ! (2). 

Une étude récente a nuancé ces résultats, en soulignant le rôle joué par les déterminants sociaux et économiques (3).  Un contexte familial favorisé va faciliter la disposition à différer la récompense et augmenter les chances de réussite scolaire. Dans ce cas, la réussite du test du chamallow n'est pas la "cause" de la future réussite scolaire mais l'un des marqueurs possibles. 

Néanmoins, le test est intéressant par ce qu'il permet de faire dire aux enfants lorsqu'ils assistent au dilemme, et ce qui peut ensuite être élaboré avec eux à ce sujet. En tout cas, c'est comme ça que nous l'avons pris. De fait, une vidéo illustrant cette expérience (reproduite - ce n'est pas l'expérience originale) est disponible sur le net, et elle est irrésistible de drôlerie. C'est celle que nous avons diffusé en classe : 

 Comment ont réagi les enfants ? Romance a relevé leurs observations après avoir vu la vidéo. Voici leurs réponses aux trois questions : 1) qu'est-ce qu'on voit sur cette vidéo ? 2) Que feriez-vous à la place des enfants ? 3) A quoi ça sert ? qu'est-ce que ça peut nous apprendre ?

Voici les notes prises par Romance : 

The marshmallow test

1. Vos remarques : ce qu’on voit

• Les enfants essaient de résister.
• On les voit hésiter.
• Certains essaient de goûter, de sentir, de regarder.
• Ils sont gourmands.
• La plus jeune n’a pas résisté du tout.
• C’est plus facile à deux.
• Certains se mettent des claques.
• Certains bougent.
• Ils cherchent un passe-temps.
• Il faut réfléchir pour résister.
• C’est comme si le cerveau était partagé en deux. Un côté qui a envie et qui dit « oui, vas-y » et l’autre qui dit « non, tu en auras 2 »
• C’est une histoire de patience et impatience.
• Le chamallow donne envie, il dit « mange-moi »
• C’est la tentation.
• Ils essaient d’attendre

2. Et vous à la place de ces enfants ?

• Tête dans les bras.
• Jouer à deux avec les chaises
• Je n’aurai pas réussi
• Eloigner l’assiette/la chaise
• Cacher l’assiette/ le chamallow sous l’assiette
• Ne pas regarder, fermer les yeux, fermer son nez
• S’occuper avec ce qu’il y a dans la pièce
• Se mettre debout
• Sentir le bonbon pendant tout le temps
• Se raconter une histoire
• Se répéter la consigne jusqu’au retour de l’adulte.
• Penser à quelque chose qu’on n’aime pas

3. A quoi ça sert ?

• Faire attendre le cerveau
• Savoir attendre avec quelque chose d’attirant devant soi
• Savoir résister
• Savoir décider
• Contrôler son humeur/ se contrôler
• Ne pas prendre n’importe quoi

A présent, nous disposons de nombreuses pistes pour leur proposer une deuxième étape !

A suivre.... (lien vers l' étape 2)

(intéressant : Romance Cornet tient aussi un relevé de l'expérience sur le blog des savanturiers, de sorte que nos deux rapports se font en parallèle) 


Références

  1. Mischel, Walter; Ebbesen, Ebbe B. (1970). "Attention in delay of gratification". Journal of Personality and Social Psychology16 (2): 329–337 (l'original de l'article est en ligne ici)
  2. Mischel, W., Shoda, Y., & Rodriguez, M. L. (1989). Delay of Gratification in Children. Science, 244(4907), 933–938
  3. Watts TW, Duncan GJ, Quan H. (2018)Revisiting the Marshmallow Test: A Conceptual Replication Investigating Links Between Early Delay of Gratification and Later Outcomes. Psychol Sci   https://doi.org/10.1177/0956797618761661