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Non, le téléchargement du cerveau n'est pas pour demain

Publié par Laurent Vercueil, le 6 mars 2016   3.9k

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"On a téléchargé de la connaissance dans un cerveau humain !"

Scientists discover how to 'upload knowledge to your brain'

C'est par ce titre particulièrement envoyé que l'article du Telegraph, paru le 1er mars dernier, rend compte d'un article publié dans la revue en "accès ouvert" (open access), Frontiers in Human Neuroscience par une équipe californienne (dont l'objet principal semble davantage être de faire des affaires que de produire de la science).

Évidemment, il est fait référence à la trilogie MATRIX, des frères Wachowski, où la frontière entre le monde mental et la réalité est matérialisée par le codage informatique, manipulable à souhait. L'expert parvient à reprogrammer une "réalité", à laquelle chacun se tient disposé à croire. Le film a marqué une génération de spectateurs baignés dans la toile, le réseau et l'informatique. Tout ça leur parle. La trilogie a aussi été l'occasion d'une certaine exégèse philosophique, sur laquelle je ne m'étendrait pas.

Que de l'information entre dans notre cerveau, nous y sommes habitués. Vous-même, lisant cet article, prenez connaissance d'un texte qui n'était pas dans votre cerveau auparavant. Les mots s'y impriment et y resteront, le temps que vous jugerez utile qu'ils y restent. Si vous communiquez ces connaissances à un(e) ami(e), une nouvelle configuration de l'information, remaniée par vos soins, sortira de votre cerveau pour gagner celui de votre ami(e). C'est simple comme bonjour, ça marche toujours aussi bien.

Dans l'hypothèse "Matrixienne", l'information est transformée en code informatique (ce qui est tout à fait concevable) et il est procédé (par le moyen d'une tuyauterie qui semble, elle, et assez curieusement, appartenir à quelque siècle précédent...) au transfert dans et depuis le cerveau manipulé.

Aparté : Ce qui me fait me souvenir d'une nouvelle de science-fiction lue à l'adolescence, où, dans un futur peu éloigné, un obscur citoyen anonyme faisait la découverte, seul et à son bureau, de la possibilité d'additionner deux chiffres à la main, sans recours à l'ordinateur, puis, s'enhardissant, échafaudait des soustractions, divisions et multiplications, jusqu'au jour où, surpris par les autorités, il était conduit en audience devant le président. Notre découvreur était alors félicité, les politiques s'enthousiasmant déjà sur toutes les situations (militaires, marchandes, économiques, éducatives...) où l'homme pourrait enfin remplacer les machines....

Donc, les scientifiques téléchargeraient la connaissance dans le cerveau. Vraiment ? Non, pas vraiment. C'est bien une neurosalade. En utilisant une technique de neurostimulation non invasive, la stimulation transcrânienne par courant continu ("tDCS"), les auteurs montrent que les sujets (1) exposés améliorent plus rapidement leurs performances sur un simulateur de vol que ceux qui reçoivent une stimulation placebo. Les cibles qui sont stimulés (cortex préfrontal dorso-latéral droit et cortex moteur gauche) ont des effets sur les rythmes cérébraux qui font l'objet d'une analyse détaillée, laquelle permet aux auteurs d'argumenter différents résultats observés. Il s'agit de la démonstration d'un effet de "facilitation" de l'apprentissage et non de l'implantation de connaissances spécifiques. Il existe aujourd'hui de nombreuses techniques, instrumentales et non instrumentales, de facilitation des apprentissages, mais la plus robuste, la plus efficace et la plus agréable, reste la motivation interne (2).

Ainsi, le projet de "Mind uploading" (téléchargement de l'esprit), que le futurologue Ray Kurzweil assigne à l'horizon 2045, et qui séparera définitivement le monde mental du cerveau (3), n'est pas encore à l'ordre du jour.

Et pour mettre de la connaissance dans le cerveau, privilégiez la voie naturelle !


>> Notes :

  1. Relevons à cet endroit que les 32 participants "volontaires" de l'étude sont des employés du laboratoire californien, ce qui peut inciter à considérer les résultats (et toute l'étude) avec une certaine circonspection (pour le moins)
  2. Bien plus efficace que tout motivateur externe, même financier (qui peut même se montrer contre-productif...)
  3. Réminiscence d'un dualisme dont il a été question ailleurs....