Fête de la science 2023 - Jordan Pothain : des bassins à la préparation mentale et la kiné

Publié par Territoire de sciences, le 7 juillet 2023   1k

Rencontre avec l’ex-nageur de haut niveau, préparateur mental et futur kinésithérapeute grenoblois Jordan Pothain, qui nous parle de sa pratique et de son rapport aux sciences.

Jordan Pothain est un ex-nageur de haut niveau, spécialisé sur 200m et 400m nage libre. Né à Echirolles, il intègre l’équipe de France de natation en 2015 et suit une progression fulgurante : médaille d’or aux 400m nage libre aux Championnats de France 2016 et 2017 ainsi qu’aux 200m nage libre en 2019, 2020 et 2021, il est huitième aux JO de Rio 2016 sur cette même discipline et participe également aux JO de Tokyo 2020. En parallèle de sa carrière, il est étudiant sportif de haut niveau à l’Université Grenoble Alpes, d’abord en STAPS puis au département de kinésithérapie du CHU Grenoble Alpes, tout en validant une formation de préparateur mental.

Avec simplicité et enthousiasme, il a accepté de répondre à nos questions, à quelques semaines de la Fête de la science pendant laquelle il fêtera ses 29 ans.


Pourquoi avoir choisi la natation ?

La raison est très pragmatique. Jeune, je pratiquais le judo à Echirolles, mais ça ne me plaisait pas plus que cela. Le dojo étant situé au-dessus de la piscine, j’ai passé la porte de celle-ci et je n’en suis plus jamais ressorti ! Très vite, j’ai intégré des groupes de compétition où j’ai pris du plaisir. Dès l’arrivée au collège, je suis entré dans une démarche de haut niveau, avec des horaires aménagés, que j’ai poursuivie au lycée - sans aménagement d’horaires [ndlr : section sportive du collège Louis-Lumière et du lycée Marie-Curie d’Echirolles]. Au lycée, je m’entrainais 11 fois par semaine, avec notamment Dorian Coninx [ndlr : triathlète professionnel, champion du monde de triathlon en relais mixte en 2015, 2018, 2020].

Une fois à l’université, j’ai bénéficié des aménagements mis en place à l’Université Grenoble Alpes [ndlr : le statut Étudiants sportifs de haut niveau] et j’ai pu mettre en place mon double projet, c’était top. C’est à partir de 19 ans que j’ai percé avec mes premiers championnats de France. En 2014, j’étais alors dans les 8 premiers français. Tout au long de mon parcours, c’est le plaisir de la nage, du jeu, qui m’a maintenu dedans.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos études et votre début de nouvelle carrière ?

Cela fait un an que j’ai rangé le maillot de bain et que j’ai repris une vie étudiante plus classique. Ces dernières années, j’ai suivi une licence STAPS à Grenoble, un DU de préparation mentale à Clermont-Ferrand puis une école de kinésithérapeute à Grenoble, toujours en cours. Depuis 2022, j’accompagne des sportifs sur leur préparation mentale et je propose également des interventions en entreprises, partout en France.

Vous avez cité le statut d’Étudiants sportifs de haut niveau. Que vous a-t-il apporté ?

Ce statut m’a permis de garder au premier plan le sport, tout en avançant et en sécurisant mon avenir professionnel. Je bénéficiais d’absences autorisées pour certains cours pour pouvoir partir en déplacement, en stage ou lors de mes entraînements qui représentaient 5h par jour. Les sessions d’examens pouvaient être décalées ou reportées, je pouvais bénéficier de l’aide de tuteurs ou de cours particuliers. En somme, j’établissais mon planning de natation et je pouvais caler le reste en fonction de cela.

L’Université Grenoble Alpes c’est le must pour ça. Il y a une vraie démarche à destination de nombreux profils d’étudiants aux contraintes variées : sportifs de haut niveau en général, skieurs en particulier, artistes, employés, étudiants handicapés, etc. Je pense notamment à la Licence SHIFT, organisée à distance, pour les étudiants à besoin particuliers.

Quel lien pouvez-vous tisser entre votre carrière sportive et les sciences et techniques ?

Dès mon entrée à l’université, j’ai ressenti une bascule dans ma réflexion vis-à-vis de l’entraînement. En licence de STAPS, je travaillais sur la physiologie, les filières énergétiques, la préparation physique. Je créais des liens entre ce que je voyais en cours et mes entraînements. Je cherchais à comprendre pourquoi je faisais les choses en tant que nageur. Au point de devenir critique sur mes entraînements.

A partir de 2017, j’ai également été accompagné en tant qu'athlète en préparation mentale, avant de me former moi-même. Je ne savais pas vraiment dans quoi je mettais les pieds mais cela m’a permis de mettre des mots sur des processus que je mettais en place, comme la gestion du stress, des éléments de concentration… Ce ne sont pas des processus naturels ; ils sont acquis et travaillés avec l'expérience sportive.

Du côté des techniques, comme les combinaisons en polyuréthane sont interdites lors des compétitions de natation, je n’ai pas vraiment pu m’intéresser à cet aspect.

La préparation mentale a été importante pour vous en tant qu’athlète. Vous accompagnez maintenant des sportifs. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La préparation mentale est un vrai défi dans le domaine du sport pour les années à venir. Dans les fédérations, il y a actuellement une structuration autour de la recherche de performance. Jusqu’ici, on en restait pas mal à l'entraînement physique et à la nutrition. On commence à s’intéresser un peu plus au mental. On n’a pas fini de découvrir des choses sur les pouvoirs du cerveau !

De mon côté, en tant que préparateur mental, je travaille avec des athlètes de tous âges, des gymnases de 9 ans, un médaillé aux JO... On travaille sur l’appréhension de la compétition, sur la persévérance, sur la peur… Ces rendez-vous individuels sont géniaux, je vis des trucs super. Mon travail est de faire verbaliser aux athlètes ce qu’ils ressentent. Je retrouve d’ailleurs une réelle maturité chez les jeunes athlètes à ce sujet. Par exemple, un jeune skieur que je suis a réussi à me dire que lorsqu’il était en haut de son Super-G, il avait l’impression que quelqu’un lui tapait avec un marteau sur la nuque.

Dans certains cas, cela peut aussi m’arriver de renvoyer des athlètes vers des psychologues professionnels. Quand ils ne s’identifient que comme des sportifs et que ça va moins bien dans leur carrière, quand la performance n’est plus là, il n’y a plus rien à quoi se raccrocher et la dépression n’est pas loin. Il ne faut pas vivre que pour le sport. On peut retrouver les petits plaisirs du sport, les sensations de l’eau, juste s’amuser et faire la course avec les copains.

Dans un article du blog “Arena Swim”, vous citez la nageuse hongroise Katinka Hosszu. Qu’est-ce qui fait d’elle l’un de vos modèles ?

Dans mon sport, je n’ai pas vraiment eu le temps d’être un “fan”, d’avoir des idoles. Une personne comme Yannick Agnel, je l’ai vu à la télévision mais il a vite été mon adversaire, puis nous avons été relayeurs ensemble.  En revanche, Katinka Hosszu est une athlète qui m’a toujours impressionné.

J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec elle en attendant de monter sur un podium. C’est une battante ! Elle est surnommée la “Dame de fer” et elle a révolutionné la discipline. Elle faisait en sorte d’être forte partout en enchaînant beaucoup de courses, quitte à subir des échecs dans certaines d’entre elles. Elle sortait de l’eau, longeait le bassin en sens inverse et repartait sur une autre course. J’aimais beaucoup ça. Par ailleurs, elle s’est investie, dans un milieu qui était encore très amateur, pour faire bouger les choses en termes de professionnalisme. Elle a aussi créé une marque de produits dérivés.

Connaissez-vous la Fête de la science ? Est-ce que vous vous intéressez à la culture scientifique ?

Je connais la Fête de la science mais je n’y ai jamais assisté. Lorsqu’on est athlète de haut niveau, cela reste compliqué de sortir, de voir des expositions. Je vais peut-être avoir un peu plus de temps maintenant. En revanche, j’ai des souvenirs, au lycée, d’avoir fait des visites de Minatec et, plus jeune, je regardais C’est pas sorcier. A l’école primaire, j’allais à la bibliothèque et j’empruntais des énormes bouquins de sciences, très grands, en plusieurs volumes. Mes parents se demandaient pourquoi je ramenais ça à la maison !

Quel sport avez-vous envie de suivre aux JO et quelle discipline scientifique aimeriez-vous découvrir pendant la Fête de la science ?

Pour les JO de Paris 2024, je pense que je vais suivre de près le tennis de table. On a des Français qui commencent à être excellents, au point de faire bouger la suprématie japonaise. Je trouve ce sport très impressionnant, avec beaucoup de technicité, de justesse. Pour la Fête de la science, j’aimerais vraiment m’intéresser à ce qui concerne l’astronomie. C’est tellement magique d’arriver à étudier des choses aussi loin de nous !


Propos recueillis par Marion Sabourdy, Coordinatrice départementale de la Fête de la science pour l’Isère. Merci à Jordan Pothain pour sa disponibilité et à Philippe Giroud, Directeur du Service des Publics à Besoins Spécifiques de l'Université Grenoble Alpes, Chargé de mission Sportifs de Haut Niveau UGA et ses établissements composantes (Grenoble INP, IEP, ENSAG) pour la mise en contact


Crédits

Photo principale, portrait et photo au bord de la piscine : Jordan Pothain. Portraits de Katinka Hosszú : Oleg Bkhambri (Voltmetro) / Wikimedia commons