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Le Master CCST

Quel avenir pour les musées de sciences ?

Publié par Elisa Pospieszny, le 26 décembre 2018   1.7k

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À l’heure où les Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI)  fleurissent  et se démocratisent, il semble intéressant de se demander comment les musées de sciences ont traversé le temps dans cette ère de l’éducation non formelle en constante évolution.

Le  terme de « musée » renvoie à la possession de collections permanentes. Cette envie de collectionner des objets surgit à la Renaissance, chez les aristocrates, pour impressionner  leurs convives et deviendra, plus tard, le point d’ancrage des musées d’Histoire naturelle. 

Les musées de sciences ont beaucoup évolué, adaptant leur statut, leurs missions et leur public au fil du temps. De nos jours, ils ont pour vocation de diffuser et partager les connaissances,  tout en initiant le public à la pensée et démarche scientifiques.

Une stratégie muséale est alors mise en place autour d’une médiation centrale, mêlant discours et pratiques de diffusion des connaissances, permettant un apprentissage tout au long de la vie. Cette médiation doit réussir à stimuler, capter et fixer l’attention du public afin de le motiver et d’éveiller son intérêt. Pour y parvenir, les musées de sciences doivent rester en phase avec la société et à l’écoute du public visé.

L’éducation par les musées doit prendre en compte les besoins et envies des visiteurs afin d’y répondre au mieux, ce qui fait de la communication et du marketing des outils de la stratégie muséale. Paal Mork, Responsable Communication et Marketing au Norsk Folkemuseum à Oslo, décrit le marketing comme un «  processus holistique qui passe par la conception d’un produit, la segmentation de marché, la gestion de la promotion et la recherche de la satisfaction du client » dans le manuel pratique « Comment gérer un musée » du Conseil International des Musées (ICOM) et de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

 Mais repensez à vos expériences en tant que visiteur de musée. Arrivez-vous à mettre le doigt sur ce qui vous fait apprécier cet endroit : la modernité des équipements, l’originalité des collections, le cadre, les visuels, les graphismes innovants, les interactions… ?

Chacun possède sa propre sensibilité mais l’innovation fonctionne et intrigue toujours plus qu’un musée  traditionnel que le visiteur aura l’impression d’avoir vu et revu.

Ces innovations sont des partis pris des musées : ils peuvent par exemple miser sur une transmission des connaissances ludique et interactive pour divertir tout en instruisant.

Dès le début du XXème siècle, le Deutsches Museum de Munich s’impose comme le précurseur des musées scientifiques interactifs modernes avec ses objets en mouvements. Cet établissement regorge de leviers et de boutons, encourageant le visiteur à les toucher, les actionner, afin de le rendre acteur de sa propre visite, de s’interroger et de comprendre par lui-même.

Aujourd’hui, de nombreux musées de sciences ont intégré des bornes interactives dans leurs collections afin de laisser au visiteur la liberté d’aller chercher les informations par lui-même selon ses envies, attentes et besoins. 

Le Palais de la découverte à Paris en 1937 propose, un peu dans la même optique, des « classes laboratoires » en développant  des expériences spectaculaires dispensées par des démonstrateurs. Le but est ici d’intriguer et de capter le visiteur pour mieux pouvoir expliquer et transmettre des connaissances. « Nous avons d’abord voulu, disait Jean Perrin, concepteur du Palais de la découverte, familiariser nos visiteurs avec les recherches fondamentales par où s’est créée la science, en répétant journellement les grandes expériences auxquelles ont abouti ces recherches, sans en abaisser le niveau, mais pourtant de façon accessible à un très grand nombre d’esprits. Et nous avons voulu par-là répandre dans le public le goût de la culture scientifique en même temps que les qualités de précision, de probité critique et de liberté de jugement que développe cette culture et qui sont utiles à tout homme, quelle que soit sa carrière. »

Les musées de sciences font l’objet d’évaluations. C. G. Screven, se définissant comme le « promoteur et le défenseur  du développement de l’évaluation dans les musées », estime que l’exposition doit reposer sur des objectifs prédéterminés  pour le visiteur. Les expositions permanentes des musées sont renouvelées environ tous les vingt ans afin d’apporter fraîcheur, nouveauté ou modernité et redéfinir ses objectifs.  

Certains musées osent tout et optent pour des collections modernes, insolites ou pleines d’humour pour aborder des sujets qui changent. En Suisse, par exemple, le musée des grenouilles tire son nom de sa collection phare d’amphibiens naturalisés représentant des activités quotidiennes humaines.

Crédit photo : Musée des grenouilles


Il existe également un musée national à Reykjavik, en Islande, uniquement dédié à l’étude des phallus de mammifères.

Crédit photo : Icelandic Phallological Museum


En Grande-Bretagne existe le British Lawnmower Museum, qui s’applique à dévoiler l’évolution technologique des tondeuses à gazon à ses visiteurs.

Crédit photo : British Lawnmower Museum


Les musées peuvent utiliser la communication pour se construire une « image de marque ». Elle permet d’associer des valeurs à l’établissement et permet une compréhension facilitée des objectifs du musée. Les collections scientifiques présentes sur place peuvent favoriser des émotions fortes si elles sont bien mises en valeur. Ces trésors peuvent même devenir emblématiques et largement participer à la constitution de cette « image de marque ». Prenons par exemple le cas de Janus, la tortue à deux têtes née au Muséum d’Histoire naturelle de Genève, très largement médiatisée, elle est la mascotte du Muséum depuis plus de vingt ans. 


Finalement, la polyvalence, la modernisation et diversification des expositions, activités et programmes est la clé de la pérennité des musées de sciences.

Le défi muséal est donc de créer un environnement multi-sensoriel et communicationnel afin d’exploiter toutes les pistes potentielles permettant de solliciter le visiteur, de l’attirer, de le fidéliser pour de perpétuer le partage des connaissances et les beaux jours des musées scientifiques.

  {E.P}



Sources bibliographiques :

Bernard Schiele, « Les musées scientifiques », Revue internationale d’éducation de Sèvres [En ligne], 14 | 1997, mis en ligne le 30 juillet 2013, consulté le 09 décembre 2018. URL : http://journals.openedition.or... ; DOI : 10.4000/ries.3368

UNESCO, ICOM (2006). Comment gérer un musée : manuel pratique. Paris : Unesco, 237 p. REF : CLT/CH/MUS-06/15  https://unesdoc.unesco.org/ark...


Crédit photo visuel principal : Pxhere