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Le Master CCST

Rencontrer un bestiaire extraterrestre - retour sur la séance #2 du séminaire #SFMgre

Publié par Virginie Strohmeyer, le 21 avril 2021   1.1k

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Un article écrit par Nour Bach-Hamba, Charlotte Brancaz, Noémie Hesse, Olivier Katz, Julie Lemoine, Virginie Strohmeyer (M1 Master CCST / UGA)

L’année universitaire 2020-2021 rime avec confinement et cours à distance. Les séminaires et autres tables rondes n’y échappent pas. Une version 100% numérique du séminaire “ Science, Fiction, Médiation” s’est déroulée en mars et avril 2021. Cet évènement a été co-organisé par le Master Communication et Culture Scientifiques et Techniques de l’Université Grenoble Alpes, avec le Groupe de recherche sur les enjeux de la communication (GRESEC) et la Maison des Sciences de l’Homme Alpes.

Retrouvez la captation de la deuxième séance dans la vidéo ci-dessous :


Comment la science et la science-fiction s'influencent-elles ?

De nos jours, la science-fiction (SF) apporte une grande aide et des pistes de réflexion pour les chercheurs : elle en devient un sujet d’étude. Si vous consommez des contenus de science-fiction ou que vous aimez les sciences, vous vous êtes sûrement déjà posé l’une de ces questions : Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? Existe-t-il d’autres formes de vie ? Et sous quelles formes pourraient-elles être ? 

Ce séminaire questionnant “l’origine de la vie et les exomondes”  a permis de croiser des regards de scientifiques et d’auteur.e.s de science-fiction et d’amorcer des pistes de réflexions autour de ce sujet. 

“Rencontrer un bestiaire extraterrestre” 


La deuxième partie de ce séminaire a été consacrée à “rencontrer un bestiaire extraterrestre”, en compagnie d’Olivier Bastien, chercheur en biologie théorique et Sylvie Lainé, autrice de science-fiction. Olivier Bastien fait partie de l’équipe de recherche “Lipid” au Laboratoire de Physiologie Cellulaire et Végétale (CEA / CNRS / UGA / INRAE) dont l’axe de recherche est basé sur la Biogénèse, la dynamique et l’homéostasie des lipides membranaires. Amateur de science-fiction et musicien, sa participation à un podcast “Origin of Life” (financé par l’IDEX de l’Université Grenoble-Alpes) a déterminé son objet de recherche sur l’adaptation de la photosynthèse à d’autres rayonnements que le Soleil. Sylvie Lainé, quant à elle, est Professeur en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Jean Moulin Lyon 3 et autrice de science-fiction. Elle a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2007 pour Les Yeux d’Elsa et en 2015 pour L’Opéra de Shaya. Les thèmes principaux dans ses écrits sont la rencontre de l’autre et de soi à travers l’autre, la communication et ses fêlures, ses ratés, l’ambiguïté, les limites de la perception physique ou intellectuelle. 

Quels sont les constats des intervenants sur les thèmes de la forme de l’autre et la rencontre ?

Cet échange entre chercheur et autrice a permis de poser un nouveau regard sur le bestiaire extraterrestre de notre imaginaire. 

Leur premier constat est que notre imaginaire forme un fantasme de « la première rencontre ». Alors qu’il est infiniment plus probable de rencontrer une forme de vie extraterrestre dite « bactérienne », on s’aperçoit que l’imaginaire collectif (notamment via la science-fiction) expérimente la rencontre avec des êtres humanoïdes qui nous ressemblent.

Pour les deux intervenants, cela s’explique par le souhait de comprendre « l’autre ». Comment communiquer avec des êtres d’ailleurs si ceux-ci ne sont que des bactéries ? Cela pousse notre imaginaire à penser cette forme de vie comme un cousin lointain. Après tout, si la vie s’est développée sur Terre de cette manière, cela pourrait se reproduire ailleurs dans l’Univers.


Tous deux remarquent également l’influence de la SF sur notre perception de ce sujet. Pour Sylvie Lainée, « Premier Contact » est un bon exemple : « C’est leur langage [les extraterrestres, ndlr.] qui définit leur forme de pensée. La manière dont on communique détermine la pensée, et la manière dont on pense détermine notre perception du monde. »

Cet imaginaire permet d’explorer des hypothèses et de commencer une démarche de la méthode scientifique. Cependant, les deux font le constat que la SF donne l’image d’une science fantasmée. Celle-ci permet de se poser des questions scientifiques, mais elle est surtout une œuvre artistique, faite pour divertir.

Science, Fiction et Médiation

La SF crée des vocations. Ce séminaire nous l’a prouvé à maintes reprises et c’est le cas de nos deux invités Olivier Bastien et Sylvie Lainé. C’est en lisant de la SF, qu’ils ont eu le goût de la recherche et qu’ils ont la possibilité d’explorer un nombre illimité d’hypothèses. Sylvie Lainé insiste sur le fait de pouvoir s’épanouir grâce à son métier et étudier toutes ces hypothèses grâce à la liberté de l’artiste. 

Ce genre littéraire permet aussi de se questionner sur nos connaissances actuelles. Sylvie Lainé l’a démontré dans un exemple simple : si nous demandons à quelqu’un de nous citer les besoins nécessaires pour créer la vie, elle répondra forcément l’eau ! Pourtant dans un récit,  on pourrait imaginer au contraire une vie sans eau...

La SF est également “une expérience de pensée à un niveau humain” : elle va donc pouvoir critiquer différents domaines comme la politique, la société ou encore la communication. Néanmoins, pour nos deux intervenants, ce registre doit rester fictif. La science imaginée dans les histoires de SF est une hypothèse que se pose l’auteur(e) et qu’il ou elle va développer tout le long de son histoire, même si cette hypothèse semble irréelle.


Finalement, les récits peuvent devenir un outil de médiation comme dans les livres d’Isaac Asimov ou encore dans la "hard SF" qui ont pour principe de décrire un concept scientifique et un monde dont les technologies sont similaires au nôtre. Nos deux invités s’accordent à dire qu’il est préférable de développer une histoire avec des personnages pertinents et un concept scientifique inventé. Le message scientifique doit être secondaire à l’intrigue afin de laisser les personnages évoluer et permettre à l’histoire de se lire plus simplement.

Cet article ne rendant pas compte de la richesse des échanges entre Olivier Bastien et Sylvie Lainé, nous vous invitons à aller regarder le séminaire sur la chaîne de MSH-Alpes.


Un séminaire à retrouver en live-tweet

> Le début du live-tweet par @Charlotte_Brcz


Références

Et si vous souhaitez aller plus loin dans vos lectures en science-fiction, voici une petite bibliographie pour vous donner quelques idées ! 

  • Clifford D. Simak (1965), Les fleurs pourpres, Editions Les Presses de la Cité. 260 p.
  • Frederik Pohl & Jack Williamson (1969), L’étoile sauvage, Editions Pocket. 222 p.
  • James Morrow (1984), L’Arbre à rêves, Editions J’ai Lu. 315 p.
  • Murray Leinster (1954), La planète oubliée, Editions J’ai Lu. 177 p.
  • Philip José Farmer (1961), Les amants étrangers, Editions Gallimard. 272 p.
  • Poul Anderson (1954), Barrière mentale et autres intelligences, Editions Le Masque. 250 p.
  • Robert Silverberg (1968), L’homme dans le labyrinthe, Editions J’ai Lu. 307 p.
  • Sylvie Lainé (1986), Le chemin de la Rencontre, nouvelle extraite d’ "Espaces Insécables" (2008).
  • Sylvie Lainé (2014), L’Opéra de Shaya, Editions ActuSF. 192 p.
  • Sylvie Lainé (2005), Les Yeux d’Elsa, nouvelle publiée dans "Galaxies", nº 37, été 2005 (ISSN 1270-2382, première série)
  • Ted Chiang (1998), L’histoire de ta vie, en français situé dans le recueil : "la tour de Babylone", Edition folio SF
  • Theodore Sturgeon (1958), Le Viol Cosmique, Editions J’ai Lu (édition en 2003). 307 p.

Quelques autres ressources intéressantes à lire ou écouter : 


Autour du séminaire


>> Illustrations : sergeitokmakov / Pixabay, E.T. l'extra-terrestre, Premier Contact, Avatar