[PORTRAIT] Morgane Baudoin : la lutte contre les bactéries

Publié par Sandy Aupetit, le 24 mars 2021   420

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Morgane Baudoin a débuté sa thèse au Département de Pharmacochimie Moléculaire (DPM) il y a quelques mois. Elle s’intéresse à la synthèse organique en chimie, avec pour objectif de produire des antibiotiques plus efficaces contre les bactéries.

De Grenoble à Toulouse en passant par la Suède

Originaire d’Echirolles, Morgane est une enfant du coin. Cette jeune chimiste a suivi un parcours assez classique pour arriver à ce qu’elle fait aujourd’hui. Après un baccalauréat scientifique au lycée Marie Curie, elle rejoint une classe préparatoire intégrée à Grenoble INP, avant de s’orienter vers une école d’ingénieur spécialisée en chimie, l’INP-ENSIACET à Toulouse. Après un court détour par la Suède lors de sa dernière année d’école d’ingénieur, Morgane revient à Grenoble en octobre dernier, afin de réaliser un doctorat. 

Si son parcours semble l’avoir toujours destinée à la chimie, cela n’a pourtant pas toujours été sa matière de prédilection. Au début de lycée, elle ne se voyait pas du tout s’orienter vers un métier dans ce domaine. Mais en terminale, l’un de ses professeurs lui donne le déclic. C’est en classe préparatoire que son choix se confirme : cette voie était faite pour elle ! Pour Morgane, il est important lorsqu’on est étudiant de savoir s’écouter et « de faire ce qu’on aime » avant tout.

Synthétiser de nouveaux antibiotiques pour lutter contre la résistance des bactéries

Si Morgane a choisi de poursuivre en doctorat après son école d’ingénieur, c’est parce qu’elle se définit comme quelqu’un de persévérant, une qualité indispensable dans la recherche. Trouver des solutions à un problème donné lui procure un sentiment de grande satisfaction.   

 Quand j'étais en classe préparatoire/école d'ingé, j'étais toujours la dernière à abandonner dans la recherche de la solution d'un problème. Quand les autres avaient tendance à dire "oh, on verra bien la réponse du prof", j'avais du mal à m'y résoudre 

Dans le cadre de sa thèse, elle s’intéresse à des réactions chimiques dites « click ». Ce sont des réactions spéciales pouvant se faire seules, c’est-à-dire sans catalyseurs qui peuvent accélérer la réaction ou autres composants chimiques la facilitant. Idéalement, ces réactions ne produisent pas de déchets et peuvent se réaliser dans l’eau à température ambiante. Le but de tout cela est de pouvoir reproduire ces réactions en milieu in vivo, c’est-à-dire dans le corps humain, sans rien apporter d’autre qui pourrait être toxique pour le corps.  

Plus précisément, Morgane cherche à produire des antibactériens (ou antibiotiques), en créant des molécules analogues à celles présentes sur la paroi bactérienne. Ces molécules synthétiques vont pouvoir s’incorporer dans la paroi des bactéries, puis réagir entre elles par réaction click. La croissance de la paroi bactérienne sera ainsi bloquée, conduisant à la mort de la bactérie. Cette approche permet une sélectivité des antibactériens pour chaque bactérie, et ainsi une meilleure efficacité de traitement. De nombreuses bactéries ont développé une résistance aux antibiotiques déjà connus, et l’un des enjeux actuels est de concevoir de nouvelles molécules permettant de contrer cette résistance.  

Une fois synthétisés, les antibactériens sont confiés à des biologistes, pour réaliser des tests sur des bactéries. En fonction des résultats obtenus, Morgane peut alors ajuster ses recherches. Cette dernière aime comparer la synthèse organique avec la pâtisserie. Comme en cuisine, elle doit passer par plusieurs étapes : la réaction, la purification et l’analyse.  

 Je vois la synthèse organique comme de la pâtisserie. C’est principalement 3 étapes : on mélange les ingrédients (réaction), on fait cuire la préparation (purification) et on goûte pour vérifier si c’est bon (analyse) !

Et après ?

Malgré son attachement à Grenoble et ses montagnes natales, Morgane ne se ferme aucune porte et pourrait envisager de repartir à l’étranger pour une période d’un ou deux ans après sa thèse. En ce qui concerne son avenir professionnel, deux voies s'offriront à elle : poursuivre son parcours dans la recherche publique, en devenant chercheuse ou enseignante-chercheuse, ou bien se diriger vers le secteur privé et intégrer une entreprise, en recherche et développement. Pour l’heure, Morgane vit l’instant présent et ne se met pas de barrières, laissant les opportunités se présenter à elle. Tout ce qu’elle sait et dont elle est sûre, c’est qu’elle souhaite continuer la synthèse organique et faire évoluer la chimie médicinale. 


Article rédigé par Lisa Troalen et Lucie Pelcat  

 


Cet article a été rédigé par les étudiants de licence suivant l'enseignement transversal "Sciences, journalisme et réseaux sociaux" proposé à l'Université Grenoble Alpes (UGA). Cet enseignement est encadré par Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'UGA et Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias à La Casemate. Suivez l'actualité de l'ETC sur Twitter !