[zoom sur / coup de cœur] « Les Scientifines, plus de 30 ans d’action »

Publié par Frédéric Macé, le 11 octobre 2018   1.2k

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Profitant d’une année sabbatique pour partir m’immerger dans la culture scientifique au Québec (j’exerçais jusqu’alors la fonction de chargé de projets pour Astu’sciences en Auvergne), j’ai eu le plaisir de découvrir Les Scientifines. A mon tour j’ai plaisir à vous faire connaître, ici, dans cette communauté « Femmes et Sciences », ce projet inspirant qui œuvre depuis 1987 !

Partant du constat que les jeunes filles des quartiers défavorisés (dits communautaires) sont plus « à risque » vis-à-vis des questions de décrochage scolaire (et donc d’entrer dans un cycle de la pauvreté), cet organisme promeut la mise en place d’activités scientifiques pour leur permettre d’acquérir différentes compétences. Au sud-ouest de Montréal (pour le moment l’organisme n’a pas encore essaimé ailleurs sur le territoire québécois), en fin d’après-midi, cinq fois par semaine (et pendant la semaine de relâche c’est-à-dire de vacances scolaires), des animatrices proposent aux jeunes filles différentes activités. Elles vont d’ailleurs directement les retrouver à la sortie de l’école pour les accompagner au centre.

Lorsqu’on visite ce fameux centre (hébergé dans des locaux mis à disposition gracieusement par la municipalité), on se rend en fait vite compte qu’il ne s’agit pas ici que d’un lieu pour « faire ». C’est aussi un lieu pour « être », se sentir bien, valorisée, reconnue, accompagnée. La notion de refuge prend sans doute tout son sens au son des voix douces qui inondent les espaces, et des quelques animaux domestiques dont les jeunes doivent à leur tour prendre soin. Une atmosphère apaisante, sécuritaire… #CycleVertueux

Pleinement inscrit dans une démarche d’éducation populaire, Les Scientifines proposent notamment des ateliers, des rencontres etc. Tout ceci s’adresse à des jeunes de 2ème et 3ème cycle du primaire (entre 8 et 12 ans / de CE2-CM1 à 6ème-5ème en France). Il s’agit d’un programme sur 4 ans, dans le sens où des jeunes filles qui fréquenteraient le centre plusieurs années de suite (comme c’est le cas pour beaucoup en fait) ne referaient pas exactement la même activité d’une année à l’autre. Ce qui de toute façon ne pourrait pas être le cas quand on s’aperçoit que plusieurs projets menés partent réellement des envies des jeunes, qu’ils sont co-construits avec elles. 

En ce début d’année scolaire 2018-2019, comme chaque année des jeunes filles préparent un projet scientifique et technique qu’elles présenteront au festival Expo-Sciences (piloté au Québec par le réseau Technoscience, et dont on trouve un équivalent en France, notamment en Auvergne avec astu’sciences…). Mais si la démarche expérimentale et de questionnement reste similaire d’une année à l’autre, le sujet choisi est quant à lui plutôt unique à chaque fois. Un autre projet a directement interpellé mon attention. Dans une des salles d’activités, en ce vendredi de septembre, un groupe de jeunes filles s’attelle à un projet d’exposition. Le but : identifier une trentaine de femmes scientifiques au Canada, en dresser leur portrait, les mettre en lumière. Mais surtout montrer à ces jeunes filles que « c’est possible » ; comme des exemples auxquels il serait possible de s’identifier… 

Travail individuel ET travail collectif (homogénéisation de la présentation finale) sont les maîtres-mots. Ici il y a ce sentiment de vivre-ensemble qui transparait rapidement.

Les recherches effectuées sur ordinateur sont là (aussi) pour permettre aux jeunes filles d’acquérir de l’autonomie avec cet outil. Ici on fait davantage qu’emmagasiner de la connaissance.

 Les travaux d'écriture journalistique et les moments d'éducation aux médias et à l'information font partie du quotidien, sur des sujets du quotidien. (Evelyn, Fatma, Jesmina... et les sciences - page 10 "Vues sur la Bourgogne" été 2018). Ici, on développe l'esprit critique tout autant que l'implication citoyenne.

Et bientôt (elles ne le savent pas encore), sûrement la rencontre avec celles qui sont aujourd’hui au cœur de leurs recherches. Ici, les échanges, l’humain, sont omniprésents.

Les animatrices des Scientifines sont d’ailleurs pour certaines d’anciennes jeunes filles ayant fréquenté le centre. Avec plus de 30 années d’actions, le recul permet même de savoir ce que sont devenues certaines. Et avec plus de 100 jeunes concernées chaque année maintenant, des statistiques ont d’ailleurs été tenues. Tout ceci semble tellement simple en apparence (sauf au niveau financier comme dans tant de structures relevant de politiques d’éducation, culturelles et bien malheureusement pas assez prioritaires…). Mais cette simplicité apparente semble pour autant porter ses fruits. Non seulement au quotidien quand on voit les sourires sur les visages, le plaisir que ces jeunes filles prennent à fréquenter les Scientifines. Mais dans la durée :

Sur 101 jeunes filles qui avaient fréquenté le centre entre 2001et 2006 et ayant accepté d’être sondées, « 95% d’entre elles avaient déjà obtenu une qualification (diplôme d’études secondaires ou plus), ce qui dépasse largement le taux d’obtention d’un premier diplôme pour l’ensemble des élèves montréalais qui est de 78,1% ». (source : étude d’impact à long terme, Les Scientifines, septembre 2018 - doc en pj).

Qui a dit que simplicité ne pouvait pas rimer avec efficacité ?!
A quand Les Scientifines sur le territoire français !?
« Les Scientifines, une histoire de filles, de femmes, de science »


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Photos issues de la page Facebook Les Scientifines // Vidéo du centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE)