Inauguration de la chaire Robo'ethics par la fondation Grenoble-INP

Publié par Marguerite Pometko, le 30 mai 2016   1.2k

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Le vendredi 27 mai fut inaugurée la chaire industrielle Robo’ethics de la fondation Grenoble-INP. L’objectif : placer l’éthique au cœur de la recherche et de l’innovation en robotique de service. L’évènement s’est déroulé à l’Ensimag, grande école nationale qui forme chaque année plus de 250 ingénieurs en informatique. Son directeur, Yves Denneulin nous a accueillis en nous rappelant les trois piliers de l’apprentissage de l’informatique dans son école : « tradition (l’objet physique et l’ordinateur), transgression (ce qui se passe à la frontière des machines et des hommes), innovation (dans des lieux comme le Fab Lab MSTIC) . » Cette chaire a pour but de favoriser la coopération entre acteurs académiques et industriels, de rapprocher ingénierie et sciences sociales et de mieux appréhender les attentes sociales. Dans la salle, on entend parler de « robotique humaine », d’« éthique embarquée », de « mettre ses connaissances au service des ses convictions », de « transformer science en conscience »...

Débute alors un moment d’échange avec des invités du domaine industriel, académique et culturel. Une table ronde avec une question en avant-goût de ce qui sera discuté dans la chaire : « Demain des robots dans le quotidien des humains ? Illusion empathique du robot social, enjeux et risque du déploiement robotique ». La discussion est introduite par Véronique Aubergé, chercheuse CNRS-INSHS au LIG/GETALP, qui nous parle d’empathie, d’illusion du vivant et de notre capacité à projeter des sentiments dans un « autre » artefactuel. Citant Rabelais, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », Véronique plaide pour la mise en place d’une méthodologie qui intègre l’éthique dès la conception des robots.

Intervient ensuite Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI La Casemate de Grenoble, où se déroule en ce moment une exposition sur nos relations sociales avec les robots ( Monstru’eux, vous trouvez ça normal ?). Pour socialiser le public à l’innovation, les CCSTI présentent une réalité technique tout en la conciliant avec l’imaginaire social. L’échange avec le public lui permet de s’approprier de nouveaux concepts, de palper ses attentes, de questionner les normes par un aller-retour entre réflexion et action. Comme le résume Laurent Chicoineau, membre par ailleurs de la CERNA, commission nationale de réflexion sur l'éthique de la recherche en sciences et technologies du numérique : « L’éthique ne doit pas bloquer la recherche, ne doit pas être approchée de façon manichéenne et normative ; elle se construit par les interactions de tous les acteurs scientifiques, industriels et sociétaux qui entourent la technologie. » Thierry Ménissier, professeur des Universités en Philosophie de l’Innovation à l’IAE de Grenoble, s’interroge sur l’épistémologie de la technologie et souligne une vacance entre nos technologies et nos usages. L’idéal pour lui serait de faire usage de sa pensée critique à travers des jeux de rôle créatifs.

Mohamed Chetouani, nous présente le travail que le Labex SMART Human réalise dans la robotique de service pour les personnes en manque d’autonomie, et tout particulièrement chez les enfants autistes. Pour lui l’éthique doit passer par une bonne différenciation des tâches par spécialité dans la recherche robotique : les ingénieurs doivent prendre conscience qu’ils ne sont pas les plus à même à dresser des bilans psychologiques lors d’expériences et qu’ils doivent laisser ce travail aux psychologues. Puis Patrick Reignier nous parlera de l’importance du biomimétisme en innovation, fait de s’inspirer du vivant pour trouver des solutions techniques. Intervient enfin Jérôme Maisonnasse, manager du FabLab MSTIC, qui soulignera l’importance des FabLabs, lieux de prototypage collaboratifs qui permettent au plus grand nombre d’être acteurs de l’innovation, et leur articulation avec les Living Labs. La table ronde sera close par l’intervention de Ramesh Caussy , titulaire de la chaire. Ramesh est à la tête de la start-up Partnering Robotics qu’il a fondée, qui diffuse les robots purificateurs d’air DIYA ONE. En tant qu’industriel il se pose de nombreuses questions sur l’interface à donner à ses robots et c’est ainsi que lui est venu l’idée de travailler avec Véronique, spécialiste en robotique sociale.

Enseigner l'éthique ?

Quand on demande aux intervenants s’il est possible d’enseigner l’éthique les avis divergent. Pour certains, l’éthique de l’innovation est impossible à enseigner, tout simplement car elle n’existe pas encore. Pour d’autres l’enseignement de l’éthique ne peut arriver qu’en fin d’études, après une maîtrise parfaite de la technologie robotique. Mohamed Chetouani pense qu’il est possible d’enseigner l’éthique par la sensibilisation, chose qu’il se propose de faire lors d’écoles d’été au Labex SMART Human. Laurent Chicoineau rappelle que la CERNA travaille à l'élaboration d'une formation à l'éthique de la recherche pour les doctorants. Tous s’accordent sur le fait qu’un enseignement de l’éthique ne peut être que transdisciplinaire et qu’il pourrait donner cours à une méthodologie de travail... Alors, l’«éthique embarquée», c’est pour demain ?