#4 Delphine Martinez, regard d'une directrice d'entreprise - Exposition "Au croisement des Ohms"

Publié par GEG, le 23 août 2023   660

Delphine Martinez, directrice générale de la papeterie Ahlstrom de Brignoud nous raconte son rapport à l’énergie à travers le temps. Découvrez son témoignage vidéo ainsi que celui de Guillaume Weible, ingénieur HSE (Hygiène, Santé, Environnement) chez Ahlstrom ! 

« En un mois cet hiver, on a dépensé en énergie un tiers du budget qui y était consacré l’année d’avant. Ça pèse lourd, ça a toujours été une grosse partie, mais c’est devenu très lourd. Mais d’un autre côté, cela permet de se rendre compte que c’est précieux : ce qui est rare est cher »

La hausse des prix de l'énergie : un électrochoc pour les entreprises 

On le sait, la montée des prix de l’énergie l’automne dernier a eu l’effet d’un électrochoc en impactant particuliers, professionnels, collectivités. Cela a constitué un revirement de nos représentations de l’énergie en tant que ressource illimitée. Pour les entreprises, cette augmentation impromptue des prix a nécessité une redéfinition de la production. Delphine Martinez a donc dû faire preuve d’agilité pour piloter un sujet complexe comme celui-ci.

« Aujourd’hui, ces énergies sont devenues une source de préoccupation financière. Avant, on savait que cette ressource était disponible en permanence pour les industriels et ce n’était pas une grosse part des coûts. Aujourd’hui, c’est la problématique principale. »

La crise énergétique : un catalyseur de changement? 

Résiliente, Delphine Martinez voit en cette hausse des prix un levier pour nous questionner sur nos usages et adapter nos comportements. L'énergie est une ressource rare et le sera d'autant plus dans les années à venir : il est donc essentiel de le réaliser dès maintenant. 

Les cartes sont rabattues afin de prendre en compte collectivement cette ressource :  l’énergie est devenue une source de préoccupation financière pour toutes les parties prenantes.

« A notre échelle, on a constaté un changement dans les attentes de nos clients en tout cas. Ils se sont mis à demander des produits plus respectueux, recyclables, avec une empreinte carbone limitée. Et souvent, ça fonctionne en cascade, c’est le client qui nous demande ça et nous, on fait remonter aux fournisseurs et ça devient un travail collectif »

Couplée à une demande des clients de plus en plus importante pour des produits respectueux de l’environnement, la transition est bien amorcée pour Delphine qui voit dans ces enjeux nouveaux un tremplin afin de  redéfinir les contours de son activité.

Les nouvelles exigences environnementales de leur clientèle poussent le papetier à redéfinir collectivement l'ensemble de leur ligne de production. Par exemple, la possibilité de recycler ou non le produit est un critère qu'il ne faut pas négliger, au risque de faire perdre des marchés à la papeterie. 

« Dans le futur, on aimerait à la fois réduire notre consommation en consommant par intermittence et la partager avec d'autres acteurs. »

Collectivement, réinventer les modes de production 

Delphine Martinez explique que l'époque n'est plus au "Business as usual" : l'entreprise se remet en question et a bien compris que les méthodes de production sont amenées à évoluer en permanence. Elle cite par exemple la législation qui peut évoluer rapidement, des crises soudaines comme en Ukraine, etc... Ces nouvelles contraintes poussent les industriels comme la Papeterie à être de plus en plus créatifs, vigilants et coopératifs !

Par exemple, Delphine Martinez évoque l'idée de coopérer avec les voisins de la papeterie, qu'ils soient citoyens ou industriels afin de s'assurer que toute l'énergie produite soit utilisée. Ainsi, s'il reste par exemple du gaz à consommer, cite-elle, pourquoi ne pas mutualiser et partager son usage? En résumé, d'après Delphine, il y a plus de chance que la coopération soit plus efficace que la guerre ! 

« Il faut une coopération complète, et nous, on est dans la convention des entreprises pour le climat, pour justement mettre autour de la table des tas d'acteurs différents. C'est une intelligence collective ! »

Une coopération globale et à toutes les échelles 

Les acteurs territoriaux comme les territoires et les préfectures doivent donc eux aussi se mobiliser pour aider les entreprises à agir dans le sens de la transition énergétique. Leur expertise et leur autorité est nécessaire afin de fournir les permis, coordonner les différentes industries et acteurs,... L'éducation et l'enseignement supérieur ont également un rôle à jouer ! Selon Delphine, le contenu des cours pourrait être adapté afin de sensibiliser les enfants à ces problématiques nouvelles et les centres de recherche doivent poursuivre leurs efforts et études dans cette direction davantage. 

C’est donc confiante que Delphine envisage l’avenir, prête à se relever les manches et collaborer avec d’autres acteurs locaux pour insuffler un changement durable !

Venez découvrir le témoignage de Delphine, ainsi que celui des dix autres personnalités iséroises qui parlent énergie à travers le temps !

Partie de l'exposition dédiée  au témoignage de Delphine Martinez. Propos recueillis par les étudiants de Colibri Junior Conseil : la Junior de Sciences Po Grenoble (junior-sciencespogrenoble.fr) 

Article rédigé par Manon Berraldacci, Etudiante en M2 Management de l'Innovation - UGA

et Louna Sainty, Etudiante en 2de année à Sciences Po Grenoble