Il fait parler la glace

Publié par Echosciences Grenoble, le 28 août 2015   1.8k

Xl jerome chappellaz

Jérôme Chappellaz scrute toujours plus profondément la glace pour comprendre le changement climatique. Son travail lui vaut de recevoir la médaille Niels Bohr 2014, qui récompense les contributions exceptionnelles dans le domaine de la physique au sens large.

Devant les carottes de glace millénaires conservées dans les chambres froides de son laboratoire, où règne « un petit – 15 °C tout à fait supportable », Jérôme Chappellaz, directeur de recherche au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble1, ne boude jamais le plaisir de partager sa soif de découvertes. Un éclat enfantin au fond de ses yeux gris-bleu, ce tout juste quinquagénaire, à la tête de l’équipe « Climat : passé, présent, projections » s’émerveille face aux cylindres parfaits de 10 centimètres de diamètre à la transparence cristalline rapportés des dernières campagnes polaires.

Depuis vingt-cinq ans, cet infatigable collecteur de données, « pas du genre à rester derrière sa burette », n’a eu de cesse de faire parler les fines bulles de gaz piégées dans la glace, mémoires d’un autre temps. Passionné d’analyse quantitative et d’instrumentation, il contribue à la compréhension de la machinerie complexe du système climatique en reconstruisant l’évolution temporelle de la composition atmosphérique en gaz à effet de serre. C’est ce long travail d’enquête qui lui a valu de recevoir, le 26 novembre, à Copenhague, la médaille d’honneur Niels Bohr 20142, une première pour un glaciologue.

Son « déclic » pour la glaciologie

La passion du feu a pourtant précédé celle de la glace dans le parcours de Jérôme Chappellaz. Dès l’âge de 7 ans, ce jeune savoyard, issu d’une famille de scieurs de bois, dévorait les livres du vulcanologue Haroun Tazieff, fasciné qu’il était « par la beauté de la nature et l’envie de comprendre ce qui se cache derrière ». Après un parcours universitaire en géologie et en géophysique, l’étudiant a rencontré « un peu par hasard » la glaciologie et les grands cycles biogéochimiques en 1985, à Grenoble : ce fut « le » déclic. « J’ai découvert dans l’environnement polaire, à travers les archives essentielles et pourtant si éloignées du reste du monde que constituent la glace et la neige, un moyen fascinant d’appréhender l’étude du climat présent, mais aussi des évolutions passées de la composition de l’atmosphère », raconte-t-il, sept expéditions plus tard.

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