L’édition scientifique : le racket du savoir

Publié par Lucie Leboulleux, le 19 octobre 2026

Extrait d'un article de Lucie Leboulleux, Chercheuse en astronomie, initialement publié sur Le Club de Mediapart le 14 septembre 2026 :

L'édition scientifique est devenue une industrie à plusieurs milliards de dollars, plus rentable que Google ou Apple : un système paradoxal, où des acteurs privés revendent aux universités publiques le fruit du travail gratuit de leurs propres chercheur·ses. Comment un tel système parvient-il à perdurer malgré les contradictions qui le fondent ?

En recherche académique, le canal principal par lequel les résultats et l'information circulent, ce sont les articles scientifiques, portés par des revues privées. Le cycle de vie d'un article tient en quatre étapes : 1) un·e chercheur·se le rédige et l'envoie à une revue ; 2) des pairs l'évaluent, en général bénévolement ; 3) l'éditeur le met en forme et le publie ; 4) l'article peut être lu. Mais ce système a un prix… voire plusieurs, au bénéfice des éditeurs privés.

Ce paradoxe est dû au cynisme d'un homme, Robert Maxwell (1923-1991), qui avait compris un mécanisme économique redoutable : en recherche, chaque sous-discipline a sa revue de référence, quasiment incontournable, et certaines revues sont plus prestigieuses que d'autres (Nature, par exemple), donc le choix du·de la scientifique pour publier son article est très réduit. Robert Maxwell va associer ce monopole des revues de niche avec des abonnements d'accès : les bibliothèques universitaires sont obligées de s’abonner mais surtout de multiplier ces abonnements pour que les chercheur·ses aient accès aux revues de leurs domaines. Abonnements au bénéfice, donc, des éditeurs. Enfin, ce mécanisme est d’autant plus avantageux économiquement que la chaîne de l'édition est quasiment à coût zéro, puisqu'elle repose sur le bénévolat des mêmes chercheur·ses qui écrivent et corrigent les articles que leurs universités doivent ensuite acheter.

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>> Crédit image : Valentin Ivantsov / Pexels