La Fresque de la montagne pour les étudiant.es UGA

Publié par GREC Alpes Auvergne, le 4 mai 2026

Étudiant.es participant à la Fresque de la montagne, photo de Lionel Favier

Dans le cadre du Mois de la Montagne UGA, les étudiant.es des Masters de Communication scientifique et Géographie de l’UGA ont pu participer pour la première fois ce lundi 26 janvier 2026 à la Fresque de la montagne, dans les locaux de l’INRAE. Imaginée et construite par l’association Educ’Alpes (éducation à l’environnement dans le milieu de la montagne), avec l’appui du GREC Alpes Auvergne, cet atelier ludique de 2h30 permet d’aborder les conséquences du changement climatique, et comment il impacte les territoires de montagne. Comment s’est déroulé cet atelier, et comment a-t-il été vécu par les étudiant.es?

L’atelier

Il est 9 heures et nous sommes tout un groupe à s’installer par six autour des tables, dans la grande salle Ecrins de l’INRAE. Nous découvrons le kit de la fresque qui va rythmer la matinée : un poster représentant sans surprise une montagne, foisonnante de détails en référence aux diverses activités qui gravitent autour de ce milieu. On y voit aussi des jetons, des cartes, et d’autres objets. On s’y installe, plutôt curieux de découvrir ce qui nous attend, et les animateur.rices nous rejoignent.

Guidés par un récit progressif, nous sommes invité.es à découvrir et lire à voix haute des cartes qui nous permettent d’appréhender les différentes conséquences du changement climatique, à positionner dans l’espace montagnard représenté sur le poster. Nous reconstruisons grossièrement les liens de causalité entre phénomènes physiques entrant en jeu et les problématiques retrouvées sur le territoire, dans différents espaces naturels et urbanisés en montagne, en altitude comme en vallée.

Arrive ensuite une partie dite de “mise en action” que l’on retrouve également dans la Fresque du climat. Elle est dans notre cas adaptée pour que les participant.es incarnent différentes postures, avec une optique : chacun.e a un rôle à jouer dans cette transition nécessaire. Devenus porte-paroles des citoyen.nes, des politiques, des technicien.nes territoriales.aux, des touristes, des non-humain.es, nous découvrons par groupe l’identité et la vie du personnage que nous allons incarner. S’en suit une réflexion sur ce à quoi pourrait ressembler la vie de notre avatar en 2050 : un vrai exercice de Design fiction, une méthode désormais courante qui consiste à faire appel à la créativité pour projeter un futur, s’y confronter et le critiquer. Nous terminons l’atelier par une restitution en plénière, après nous être glissé.es dans la peau notre personnage.

Faute de temps, une dernière phase de discussion collective n’a pas pu être menée. C’est habituellement une étape clé où les critiques constructives sont bienvenues, pour confronter les idées, ajuster les propositions et amorcer une réflexion plus approfondie en ancrage dans la réalité. On y discute des propositions des groupes en réfléchissant à ce qui existe déjà à l’heure actuelle, aux marges de manœuvre, aux dispositifs et aux acteur.rices déjà présent.es et aux temporalités pertinentes pour les projets proposés.

L’objectif

L’objectif de la Fresque est double : expliquer les phénomènes en jeu tout en ouvrant des pistes d’action. Le projet est né d’une frustration de ne pas voir suffisamment les spécificités des territoires de montagne dans la Fresque du climat. La Fresque de la montagne en est donc une version déclinée, adaptée aux problématiques locales permettant ainsi d’aborder concrètement la complexité des effets du changement climatique et des modalités d’adaptation qui en découlent. Sa raison d’être : “Parler de ce qu’il se passe et donner du positif”, résume une animatrice. Il y a la volonté d’apporter une éducation politique sur la montagne et les acteur.rices qui s’y trouvent pour pouvoir s’approprier le sujet.

La Fresque tente de mettre en lumière l'importance de l’agir à tous les niveaux et de rassembler en coordonnant politiques, citoyen.nes et scientifiques puisque, les animateur.rices le rappellent, même si certain.es se mobilisent, cela ne sera pas suffisant pour réellement faire bouger les lignes si l’un de ces groupes manque à l’appel.

Gwladys Mathieu, une des créatrice de la Fresque, et coordinatrice chez Educ’Alpes explique le besoin auquel vient répondre cette fresque : “Il y a 5 ans de ça, il n’y avait pas d’ateliers pédagogiques qui synthétisent en 1h et quart l'état de l’art scientifique dans les vallées et les montagnes pour dire : voilà ce qu’il se passe … Les élu.es, ils n’ont pas beaucoup de temps!”

Pour permettre de déployer la Fresque dans un plus large panel de contextes, les réflexions sont en cours autour d’une adaptation du format pour pouvoir la proposer, par exemple, sur un stand. L’idée est de garder l’illustration comme un support de discussion, comme une porte d’entrée pour amorcer un échange en partant des questionnements des visiteur.euses, puis de les faire réagir vis-à-vis de certaines cartes. Cela permet d’alimenter des échanges spontanés dans un cadre plus informel qu’habituellement au cours d’une Fresque, ce qui pourrait potentiellement inciter une participation à l’atelier originel complet qui peut être réservé sur le site de la fresque de la montagne, puisque des animateur.ices sont formé.es partout sur le territoire des Alpes.

Les personnes qui vont se tourner vers la formation pour devenir animateur.ices sont le plus souvent des guides de moyenne montagne, explique Gwladys. Ces professionnel.les sont sensibilisé.es aux questions environnementales via leur activité, et ont une volonté de transmettre la connaissance des montagnes à d’autres personnes dans le cadre de leurs excursions, par exemple lors des temps de pause, les soirs en refuge.

Pour Gwladys, les fresques, en général, sont un outil qui s’adresse clairement aux initié.es et aux motivé.es, celles et ceux qui sont amené.es à se confronter aux questions d’adaptation au changement climatique. Ce n’est pas un outil qui serait vraiment adapté pour aller chercher du public éloigné.Dans le cadre universitaire, il peut constituer un support ludique de formation afin de sensibiliser plus largement des étudiant.es à ces problématiques. Pour l’instant, la fresque est parfois utilisée en début d’année, comme brise-glace, ou en fin d’année, avec l’idée de proposer un récapitulatif des thématiques abordées, grâce à son aspect généraliste. Dans certains cas, il peut même être intéressant de proposer la formation à l’animation de la fresque, qui dure une demi-journée, et qui permet aux étudiant.es d’acquérir un outil en plus à l’issue de leur parcours.

Des étudiant.es convaincu.es

Le moment des retours révèle un public plutôt conquis par l’atelier! Un étudiant explique qu’il a été ravi de pouvoir acquérir des connaissances concrètes spécialisées sur le territoire des Alpes, ce qui lui permet de découvrir le territoire d’un autre œil, n’étant pas originaire des zones de montagne. Dans le même esprit, cela a même été l’occasion pour certain.es de découvrir la faune locale en travaillant sur un oiseau endémique des zones d’altitude, le lagopède. Le futur de cette relique de l’ère glaciaire est directement menacé par les effets du changement climatique et la fresque montre aussi le risque de sa disparition : “la réalité est quand même vachement pessimiste”, se résout un autre étudiant. Pour d'autres au contraire, cet exercice, et particulièrement sa seconde partie, permettent de se saisir de la réalité et de faire évoluer sa propre façon de concevoir l’avenir en ayant une vue d’ensemble sur les problématiques touchant le territoire que l’on habite, et en s’autorisant ainsi à se projeter dans un futur plus désirable. La Fresque de la montagne, c’est aussi un moment entre parenthèses où il a été possible de s’inventer un monde nouveau où tout est possible, et qui permet de souffler entre deux nouvelles anxiogènes.

L’organisation de la séance a également été saluée par les participants, avec un encadrement « de qualité » dans le processus, jonglant entre moments en autonomie et guidage ajusté. Selon les retours, les animateur.ices étaient suffisamment présent.es, et les groupes calibrés pour permettre à tout le monde de s’exprimer en étant le plus à l’aise possible.

La construction de l’outil

Le tout a débuté dans une première rencontre lors de laquelle les scientifiques ont pu exprimer ce qui leur semblait pertinent de voir apparaître dans la Fresque. Ensuite, leur contribution a permis de procéder au tri et à la hiérarchie des informations, encadrés par les limites de caractères imposées sur les textes des cartes. Main dans la main avec les médiateur.ices un récit systémique du changement climatique en montagne a émergé en privilégiant une cohérence globale, pour dépasser le cloisonnement de chaque discipline abordée par les scientifiques. L'accessibilité de l’atelier a également été une préoccupation centrale, en remettant le curseur là où les chercheur.euses auraient pu perdre la notion de la complexité de leur sujet. C’est à la fois la force et la faiblesse de cet outil : il permet une vision systémique de la question du changement climatique en ancrage dans un territoire avec ces spécificités, mais en contrepartie il balaye nécessairement les problématiques d’un point de vue très général.

Dans l’équipe de création de la fresque du côté Educ’Alpes, on peut citer Maëlys Bernoud qui a très été impliquée dans la construction de la fresque. Côté scientifique, on peut compter Georges Kunstler, Claire Deleglise, Emilie Crouzat, Juliette Blanchet, Isabelle Ruin, et Hugues François.

Concernant le GREC Alpes Auvergne qui a pris part au processus de création de la fresque (J. Blanchet, I. Ruin et H. François étant membres du comité de pilotage du GREC), un des enjeux est de voir la suite du projet dans lequel temps et énergie ont été investies. Afin d’y participer, le GREC a contribué à l’organisation d’une journée pour les animateur.ices, également ouverte aussi aux scientifiques et aux services de communication des laboratoires. Ils ont pu échanger notamment autour des difficultés qu’ils peuvent rencontrer lors de l’animation de ces ateliers, en passant par la confrontation avec du climato scepticisme ou du techno solutionnisme, afin de s’entraider pour rebondir au mieux le cas échéant.

H. François, membre du GREC et chercheur au LESSEM (INRAE Grenoble), s’exprime sur le challenge de diffuser des informations scientifiques hors du cadre académique : “vulgariser sans simplifier, c’est parfois le plus compliqué” dit-il, en illustrant le terrain délicat qu’est la communication scientifique. En effet, il y a la nécessité de capter l'attention du public visé en lui apportant des informations répondant à ses attentes sans dévoyer le propos scientifique avec toutes ses limites et précautions méthodologiques qui sont un élément à part entière de ce discours. Or, dans certaines situations, et dans notre société qui s’accélère, l’époque est aux messages clés, simples et efficaces, ce qui ne paraît pas forcément compatible à première vue.

Une des réponses à ce dilemme proposée par la Fresque consiste à ouvrir un espace de dialogue plutôt que d’apporter des solutions toutes faites. Elle se veut plutôt une base, une « nourriture de départ », pour reprendre les mots de Gwladys Mathieu : un outil pour comprendre, partager, et, peut-être, passer à l’action.