La science en images - Etat des lieux du documentaire scientifique en France

Publié par Dalil Benhis, le 18 décembre 2018   440

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Les savoirs scientifiques rencontrent un intérêt croissant dans la société. De nombreux sujets comme celui du climat, de l'environnement ou encore des avancées de la médecine portent à controverse et donnent lieu à de vifs débats qui gagnent la sphère politique. En témoigne notamment le cas des bébés génétiquement modifiés pour résister au VIH qui seraient nés en Chine il y a quelques semaines, provoquant un véritable tollé au sein de la communauté scientifique internationale et plus généralement dans l'ensemble de la société civile, tout en réveillant les polémiques relatives à l'eugénisme.

Dans ce cadre, divers acteurs participent à diffuser les connaissances scientifiques et à rendre compte des recherches au plus grand nombre. Alors que les médias ainsi que leurs usages évoluent, les formes de médiation qui s'y rattachent se réinventent également. Dans le domaine de la production audiovisuelle scientifique, on remarque la disparition progressive des émissions scientifiques à la télévision et l'apparition de spécialistes, professionnels ou non, de la vulgarisation scientifique sur les plate-formes en ligne comme YouTube. On note également le développement des podcasts en ligne et une implication grandissante d'institutions publiques sur le média vidéo, comme les musées de science et les organismes de recherche.

Malgré une explosion de la quantité de contenus provenant d'internet, la télévision n'est pas en reste et maintient son rang de média incontournable comme l'a démontré l'institut Médiamétrie, lequel a annoncé dans son bilan annuel pour 2017 une consommation quotidienne moyenne de 3h43 pour chaque français âgé de plus de 4 ans. Intéressons-nous donc à un format en particulier, le documentaire.

En 2016, le genre représentait à lui seul 46,8 % des heures totales de programmes audiovisuels aidées par le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée).

Pourtant, la même année, il ne dépassait pas les 16% de l'offre de programmes des chaînes nationales gratuites qui financent à hauteur de 43% la production de documentaires pour la télévision et qui en sont les principaux diffuseurs. De plus, le documentaire est en sous-consommation par rapport à l'offre. En 2016, les téléspectateurs âgés de plus de 4 ans y consacraient 10% de leur temps d'écoute sur les chaînes nationales gratuites (Médiamétrie-Médiamat).

Vous pouvez observer la répartition des financements du documentaire sur les infographies ci-dessous :

Financement du documentaire en 2016 (%), CNC.

Financement du documentaire en 2016 (%), CNC

Répartition des apports des diffuseurs selon le type de chaîne (%), 2016, CNC.

Par ailleurs, le genre documentaire est dominé par les sujets de société qui représentent près de la moitié du contenu, et le documentaire scientifique, tous sujets confondus (science et technique, histoire, nature, animaux, médecine), correspondait en 2016 à 27% du volume horaire programmé. Ci-dessous un diagramme représentant la nature de l'offre à la TV :

Structure de l'offre documentaire par thème sur les chaînes nationales gratuites* en
2016 (% en volume horaire)


* TF1, France 2, France 3, France 5, M6, Arte, C8, W9, TMC, NT1, NRJ12, France 4, CStar, Gulli, France Ô, HD1, 6ter, Numéro 23, RMC Découverte, Chérie 25.

Source : Médiamétrie-Médiamat.

En conclusion, bien qu'il existe clairement une volonté politique de promouvoir, à travers des contenus audiovisuels, la diffusion des connaissances scientifiques et autres savoirs dans la société, ces soutiens ne suffisent pas à accroître l'importance du genre. Celle-ci est même en chute dans la dernière décennie (source : CNC). Malgré donc les efforts des pouvoirs publics et les possibilités qu'offrent la télévision, les résultats restent laborieux.

Au cinéma, même constat. En 2016 et toujours selon les chiffres du CNC, les documentaires comptaient pour 16,5 % de l'offre totale de longs métrages agréé et touchaient difficilement le jeune public comme le présente l'infographie ci-dessous.

Le marché du documentaire en 2016, CNC

 Aussi, les audiences plafonnaient à seulement 3,3 millions d'entrées en salles au total sur l'année. Cela est peu, lorsque l'on compare ce nombre au box office de nombres de films de fictions projetés dans les mêmes salles.

 Or, nombreux sont les longs-métrages de fiction qui mettent la science en scène et l'invitent au scénario. On note une pluralité de fictions rendant compte d'événements, de découvertes ou encore de personnalités historiques des sciences. Il s'agit souvent de productions américaines.

L'économie avec The big short (2015), l'astrophysique et les plus récentes découvertes en cosmologie avec Interstellar (2014) ou encore l'intelligence artificielle avec le film Lucy (2014) écrit et réalisé par Luc Besson, la fiction permet elle aussi d'explorer divers sujets scientifiques.

Les impressionnantes audiences que ces films réalisent peuvent donner une résonance sans égal à des savoirs scientifiques qui ne sauraient être transmis à la société aussi largement par le genre documentaire classique. Ainsi, Interstellar et Lucy ont respectivement rassemblé 2,5 millions et plus de 5 millions de spectateurs dans les salles françaises.

Bien sûr, ces films contiennent certainement moins de contenu scientifique que des documentaires plus classiques. Mais ces fictions, qui mobilisent un grand nombre de spectateurs, suscitent vraisemblablement des réactions plus vives, du point de vue émotionnel et même intellectuel.

Ils donnent l'opportunité au plus grand nombre d'appréhender différentes thématiques scientifiques, et génèrent même des contestations vis à vis des éventuelles imprécisions scientifiques.

N'est-ce pas le but recherché ? Donner à voir une partie du réel, susciter l'intérêt, la controverse, la recherche individuelle d'informations scientifiques ? Cela correspond aussi à de la médiation.

Le documentaire scientifique, quant à lui, tient toujours une place importante. Cependant, 13 ans après le succès international phénoménal de La Marche de l'empereur, doit-il se réinventer ?

Quelles écritures pour le documentaire d'aujourd'hui et de demain ? Doit-il se romancer davantage, se rapprocher de la fiction ?

>> Illustration The Kingsway School, Flickr, licence cc