Patriarcat et fiction : Quelle place pour le sexisme dans La Horde Du Contrevent, de Alain Damasio ?

Publié par Jules Tesnier, le 29 mars 2026

La Horde du contrevent est un roman écrit par Alain Damasio et publié aux éditions La Volte en 2004.
Dans ce roman, on suit 23 personnages différents qui constituent la horde du contrevent. Cette dernière a pour missions de remonter à l'extrême-amont, là d’où vient le vent. Car dans ce monde imaginé par l’auteur des vents violents ont constamment lieu et forgent les territoires et la vie des personnes dans ce monde.
Alain Damasio est connu pour ses livres de science-fiction mais aussi pour son engagement politique situé à gauche et critique du techno-solutionnisme.
Or ce qui va nous intéresser ici dans la horde du contrevent est la présence récurrente de sexisme et pourquoi le sexisme était-il présent malgré l’engagement politique de l’auteur.
Pour commencer il convient de rappeler que nous évoluons dans une société patriarcale et donc l’auteur et ses livres le sont possiblement aussi.
Ensuite dans ce livre on peut remarquer deux sortes de comportements patriarcaux.
Le premier est le comportement des hommes (de la Horde mais pas que). Ces derniers ont de nombreux agissements sexistes, le plus frappant est avec Golgoth qui représente le rôle du chef et qui a tout au long du livre des insultes et du mépris pour les femmes. Mais ce n’est pas le seul, à l'exception de quatre hordiers (Sov, Caracole, Pietro et Steppe) tous ont des remarques sexistes.

Les paroles des hommes ne sont pas le facteur patriarcal, Damasio a créé ses personnages féminins (sauf Oroshi) comme des personnes ayant souvent/tout le temps, besoin du soutien des autres.
Bien qu’ici il ne s’agisse pas de comportement d’homme problématique, cela fait référence à des clichés sexistes présents dans notre société et donc les renforce.
La structure même de la horde est sexiste par les rôles associés à chaque membre, les femmes sont majoritairement associées à des rôles de soins et de care. Une exception pourrait ici être vue en Oroshi qui est une savante qui analyse les vents, mais elle est souvent ramenée au rôle de “la mère” qui protège la Horde.
Pour finir l’univers même de la horde du contrevent peut être propice à des biais patriarcaux puisqu'il se situe dans un monde dur physiquement, mentalement et avec peu de technologie. Ce décor renvoie rapidement à des postures patriarcales de l’homme fort qui résiste face à la nature (scénario présent dans de nombreux univers de sciences-fiction). Dans ces cas et ici aussi l’homme est mis en avant par sa force et donc la femme par son absence de force, elle se retrouve donc dans des rôles assujettis à ceux qui ont la force et donc le pouvoir.
Dans un univers fictionnel, l’auteur nous présente un univers où se transmettent des normes et des cultures que nous acceptons pour lire l’histoire.
Cet univers transmis par l’auteur peut nous amener à faire des parallèles avec le nôtre, nous interroger et donc en faire la critique (positive ou négative). Ici Damasio en rendant son univers patriarcal sans que ça ne soit une question évoquée dedans, a pour effet de normaliser ces actes et donc de ne pas remettre en question nos propres comportements.

Article rédigé pour le cours « Partager les sciences par la fiction », dans le cadre de la première année du Master CCST de l’Université Grenoble Alpes. Enseignante : Marion Sabourdy

Sources pour en savoir plus :