[PORTRAIT] Renaldo Gastineau : l’Indiana Jones de la géologie

Publié par Sandy Aupetit, le 12 avril 2022   1.3k

Renaldo Gastineau est actuellement doctorant en 4ème année à l’Institut des Sciences de la Terre (UGA / CNRS / USMB / IRD / Univ Gustave Eiffel) de Grenoble. C’est en 2018 qu’il se lance dans un projet de recherche qui le mènera jusqu’en Turquie au lac d’Iznik, et qui se révèlera par la suite riche en rebondissements et en découvertes : entre faille sismique et basilique engloutie !

Un scientifique à la recherche d’aventure

Ce jeune Rennais de 26 ans a déjà un riche parcours scientifique. Il débute sa carrière par une licence en sciences de la Terre à l’université de Rennes. Il rejoint ensuite l’université de Grenoble où il réalise un master spécialisé en géodynamique. Il effectue dans ce cadre un premier stage où il étudie un site archéologique à Delphes, puis un second où il analyse la morphologie de la planète Mars. Après avoir obtenu son diplôme, Renaldo accepte une opportunité qui lui est proposée par l’un de ses enseignants, pour commencer un doctorat. Il intègre alors l’équipe "Cycle sismique et déformations transitoires” de l’Institut des Sciences de la Terre (ISTerre). Mais n'imaginez pas que son travail se résume à une paillasse de laboratoire ! Sa curiosité et son âme d’explorateur l’emmènent sur le terrain en Turquie, où il va vivre une aventure à la fois scientifique et historique.

Photo du bateau utilisé pour les recherches sur le lac d'Iznik

Une quête scientifique aux multiples enjeux

La Turquie est une région sismique très active. Renaldo y enregistre les séismes passés liés à la branche médiane de la Faille Nord Anatolienne, constituant la rive sud du lac d'Iznik. Pour cela, il emploie plusieurs techniques comme la bathymétrie et la sismique-réflexion. A l’image d’une carte IGN de montagne, la première permet l’obtention de la topographie au fond des lacs. La seconde permet de visualiser les structures géologiques en profondeur et ainsi voir sous les sédiments jusqu’à une profondeur de quinze mètres. Pour l’aider, notre doctorant collabore avec des collègues de l’université de Berne (Suisse) spécialisés dans la géophysique lacustre, c'est-à-dire appliquée aux lacs. Ces techniques permettent de trouver des zones de sédiments intéressantes à explorer qui seront alors “carottées”. ​​Cela consiste à prélever des échantillons verticaux du sous-sol lacustre, afin d’obtenir des cylindres de sédiments, nommés carottes. Les sédiments les plus jeunes sont en surface, les plus anciens en profondeur. Plus les carottes sont longues, plus il sera possible de remonter loin dans le passé. Renaldo peut ainsi étudier l’histoire sismologique de cette région. La même technique est utilisée en glaciologie, pour étudier les climats passés.

"Un lac est comme un livre. Les sédiments au fond nous racontent toute l’histoire passée." 

Le lac est normalement un milieu de dépôt calme où seules des argiles décantent. Mais lors de séismes, des sédiments plus gros s’y déposent, que l’on va donc retrouver dans les carottes. A l’aide de scanners  par exemple, au laboratoire Environnement Dynamique Territoire et Montagne (EDYTEM) à Chambéry, ils obtiennent des données reliant les différentes strates de sédiments à des séismes et climats passés. Le travail de Renaldo permet ainsi de mieux comprendre le cycle sismique de cette région, dans le but d’aider à établir un modèle permettant de prédire le risque sismique dans le futur. 

De plus, ces investigations pourraient permettre de percer un mystère englouti dans le lac. Iznik, anciennement appelée Nicée, fut une ville importante pour le christianisme. C’est en effet là-bas que le premier concile général des évêques de l'Empire romain, fondant les règles de la chrétienté, a eu lieu au IVème siècle. Cependant, l’emplacement exact de l’événement restait incertain. C’est en 2014 que fut découverte la ruine d’une basilique au fond du lac, à environ 20 mètres du rivage. Cette trouvaille soulève de nombreuses questions : La basilique a-t-elle accueilli ce concile ? Comment et quand a-t-elle été détruite ? Grâce à ses investigations sur les séismes passés, Renaldo apporte quelques éléments de réponses : “Nous avons découvert une faille tectonique qui n’avait jamais été cartographiée dans le lac. [...] le dernier séisme sur cette faille a eu lieu en 1065 après J-C [...] On propose que ce séisme soit potentiellement à l’origine de la destruction de la basilique”. Pour cela, il collabore avec des archéologues de l’université de Bursa (Turquie) : C’est vraiment un travail collaboratif !”.

Photo des ruines de la basilique vue du ciel. Crédits : © Cécile Foucher.

Et après la thèse ?

Pour Renaldo, cette question n’est pas encore tranchée. Une certitude, il ne veut pas rester derrière un bureau car ce qu’il aime, ce sont les missions sur le terrain et les responsabilités.

Sur ma dernière mission, mes directeurs m’ont donné beaucoup de responsabilités [...] Ça m'a vraiment revalorisé et j’ai beaucoup aimé ! Je ne fais que leur dire que c’était le meilleur mois de ma vie

Sensible aux enjeux liés à l’environnement, il souhaiterait s’orienter vers ces sujets s’il décide de continuer la recherche, à condition que son travail reste concret et que ses travaux aient un réel impact sur la société. Il n’exclut pas cependant de poursuivre son parcours dans une autre voie. En tant que grand fan de Jamy Gourmaud dans “C’est pas sorcier“, il s’intéresse de près à la vulgarisation scientifique : “j’aime la recherche, mais […] c’est encore mieux quand c’est partagé.”

En attendant de préciser ses projets pour l’avenir, Renaldo se concentre sur la finalisation de sa thèse, qu’il soutiendra à l’automne prochain !

Article rédigé par Mylène Mortelette, Jules Montiel, Gaëtan Robert et Dylan Pommier



Cet article a été rédigé par les étudiants de licence suivant l'enseignement transversal "Sciences, journalisme et réseaux sociaux" proposé à l'Université Grenoble Alpes (UGA). Cet enseignement est encadré par Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'UGA et Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias à La Casemate. Suivez l'actualité de l'ETC sur Twitter !