[PORTRAIT] Anne Missiaen : une doctorante qui n’a pas froid aux yeux

Publié par Sandy Aupetit, le 29 mars 2020   3.5k

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A l’aube des Tribulations Savantes qui se dérouleront dans le campus de l'Université Grenoble Alpes le 14 avril prochain, nous avons pu rencontrer Anne, une des doctorantes participant à l’organisation de l'événement. Nous revenons avec elle sur son parcours, sa thèse et son implication dans cette manifestation scientifique. 

[Mise à jour COVID-19 : Dans le contexte sanitaire actuel, les Tribulations Savantes sont pour le moment annulées. Une possibilité de report de l'événement est étudiée. N'hésitez pas à consulter leur site web pour suivre les nouvelles !]

Des études tournées vers la physique, à la recherche de la compréhension du monde

Passionnée par les sciences depuis toujours, Anne Missiaen a choisi le Laboratoire National Des champs Magnétique Intenses (LNCMI) de Grenoble pour faire son doctorat, et participe cette année à l’organisation de la 15ème édition des Tribulations Savantes. La jeune Grenobloise de 23 ans a commencé les sciences au lycée en se tournant vers la filière scientifique pour ensuite poursuivre en classe préparatoire Physique Chimie Science de l’Ingénieur (PCSI) au Lycée Champollion. Elle est ensuite partie à Lyon pour sa 3ème année de Licence et sa première année de Master à l’École Normale Supérieure, afin de poursuivre avec une agrégation en physique-chimie. Elle passe finalement un second master et vient faire un stage à Grenoble dans ce cadre, avant de commencer son doctorat dans le domaine des matériaux supraconducteurs. 

J’aime bien comprendre comment les choses marchent. Quand je vois un phénomène dehors, j’ai envie de comprendre ce qui en est responsable et la physique explique beaucoup de choses qui nous entourent. 

Les matériaux supraconducteurs : un sujet de thèse qui demande de garder la tête froide

Anne étudie les matériaux supraconducteurs. Ce sont des matériaux dont les propriétés de conduction de l’électricité changent à très basse température. En effet, si ces derniers sont isolants à température ambiante, ils deviennent “supraconducteurs” en dessous d’une certaine température dite "température critique”, et conduisent alors parfaitement l'électricité. Son travail consiste à étudier les mécanismes physiques permettant ce changement d'état. A plus long terme, comprendre ces mécanismes pourraient permettre aux chercheurs de développer des matériaux supraconducteurs à températures ambiantes. Parmi les applications possibles, les matériaux supraconducteurs pourraient permettre de réduire les pertes lors du transport et du stockage d’énergie comme par exemple dans les lignes hautes tensions.

Pour le moment, on identifie plusieurs famille de matériaux supraconducteurs, et Anne étudie les cuprates qui sont des oxydes de cuivre. Cette famille a été découverte dans les années 80 et et présente des températures critiques pouvant aller jusqu'à environ 100K, soit -170°C, ce qui représente en soit une température plutôt élevée pour un matériau supraconducteur. En comparaison, la plupart des autres matériaux supraconducteurs ont plutôt tendance à connaître leur changement d'état au alentour de -270°C, c'est à dire quasiment le zéro absolu. Bien que les chercheurs ont pu découvrir de plus en plus de choses depuis la découverte de cette famille, il reste de nombreux mystères à élucider, mais Anne a bon espoir qu’un jour, on puisse enfin découvrir le secret de ces matériaux. 

Pour moi la thèse c’est un peu un test pour savoir si la recherche me plait.

Au quotidien, Anne étudie ces matériaux grâce à des échantillons de quelques millimètres seulement. Elle utilise alors deux techniques différentes pour analyser ces échantillons : la première est l’utilisation des ultrasons, qui lui permettent alors de mesurer la vitesse de propagation du son dans le matériau, ce qui est lié à ses propriétés ; la seconde méthode est la résonance magnétique nucléaire, aussi connue sous le nom de RMN, qu’elle utilise pour regarder plus précisément le comportement des électrons. Pour ce faire, Anne doit préparer les échantillons, un travail qui requiert beaucoup de précision.

Concernant la suite après le doctorat, Anne nous répond qu’elle réfléchit encore, et hésite pour le moment entre la recherche et l’enseignement. Elle compte ainsi sur ces trois années  pour comprendre si la recherche l'intéresse sur le plus long terme. En plus des sciences, Anne aime la montagne, le ski et la randonnée, ainsi que la musique puisque cette dernière joue de la harpe et du saxophone.

Les Tribulations savantes, une expérience enrichissante

Anne participe donc cette année à l’organisation de la quinzième édition des tribulations savantes, un événement qui dure une journée et qui est dédié à la vulgarisation scientifique. Cette journée est organisée et animée par les doctorants et les chercheurs qui expliquent ce qu’ils font au public grâce à des expériences ludiques et des rencontres. L’objectif est de montrer à tous que les sciences ne sont pas si inaccessibles que ce que l’on peut bien croire. Cet événement est ouvert à tous :  aux enfants, en groupe scolaire ou non, tout comme aux parents, et même ceux qui ne sont à la base pas vraiment féru de sciences, un petit peu à la manière de “C’est pas sorcier”. Anne a d’ailleurs hâte de voir la conférence sur la température, puisque c’est un sujet lié à sa thèse et elle se demande aussi comment on peut transmettre cette notion aux enfants, ce qui pourrait aussi lui être utile si un jour elle se dirige vers l’enseignement. 

Le fait de transmettre les sciences aux jeunes, ça me plait bien

Le thème des Tribulations Savantes de cette année est “planète vivante”, un thème large qui plaît à Anne, puisqu'elle souhaite que l'événement contienne le plus d’éléments scientifiques possible, de la physique à la biologie, en passant par la chimie. 

Anne a décidé cette année de candidater pour participer à l’organisation de l’événement, puisque c’est le genre de manifestations qu’elle aurait aimé faire quand elle était enfant. Elle connaît aussi une personne ayant participé à l’organisation l’an dernier, ce qui l’a motivée à se proposer cette année. C’est aussi pour Anne une occasion enrichissante de participer de bout en bout à l’organisation d’une manifestation scientifique et de découvrir l’envers du décors. Cette année,  Anne s’occupera du concours photos qui se tient chaque année. C’est aussi elle qui rentre en contact avec les conférenciers, et en ce qui concerne la communication et le reste de l’organisation, elle travaille en équipe avec les autres doctorants. Vous pourrez ainsi retrouver les doctorants au DLST, sur le campus de Grenoble le mardi 14 avril pour découvrir les sciences sous un autre regard.

Article rédigé par Julie Francke, Aasaf Aveard



Cet article a été rédigé par les étudiants de licence suivant l'enseignement transversal "Sciences, journalisme et réseaux sociaux" proposé à l'Université Grenoble Alpes (UGA). Cet enseignement est encadré par Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'UGA, et a été construit cette année en partenariat avec les Tribulations Savantes.