[PORTRAIT] Yohan Pouteau : la tête dans les étoiles

Publié par Sandy Aupetit, le 6 avril 2022   2.4k

Doctorant en 3ème année à l'Institut de Planétologie et d'Astrophysique de Grenoble (IPAG - CNRS / UGA), Yohan Pouteau, âgé de 25 ans, nous raconte les coulisses de sa thèse qui porte sur la formation des étoiles.

Un parcours scientifique

Depuis tout petit, Yohan Pouteau a toujours eu la tête dans les étoiles. Tout a commencé dans son jardin dès son plus jeune âge, avec un télescope pointé vers le ciel. 

En grandissant, cette passion l’a naturellement mené à suivre un parcours scientifique. Après avoir obtenu un baccalauréat scientifique, il décide d’intégrer l’Université Bretagne Sud pour effectuer une licence de physique. Il rejoint ensuite l’université de Strasbourg pour réaliser un master, où il étudie la physique fondamentale en 1ère année, avant de se spécialiser en astrophysique en 2ème année.

« L’astronomie a toujours été quelque chose qui me passionnait », nous confie Yohan, pour qui la recherche s’est imposée comme une suite logique. Après avoir réalisé son stage de fin d’études au sein de l’IPAG à l’Université Grenoble Alpes, une offre de thèse lui est proposée par son encadrante pour poursuivre ses travaux. Une opportunité qu’il n’a pas hésité à saisir ! 

Observer les confins de notre galaxie

Son sujet de thèse ? La formation d'étoiles massives. C’est dans une région extrême de la Voie lactée nommée Westerhout 43 que Yohan Pouteau étudie ce phénomène. Pour cela, il utilise les données collectées par l’observatoire ALMA (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array). Cet instrument international, situé dans le désert de l’Atacama au Chili, est constitué d’un réseau de 66 antennes mesurant chacune entre 7 et 12 mètres de diamètre. Ce réseau d'antennes fonctionnant conjointement constitue un interféromètre et permet de former virtuellement une antenne plus grande, avec comme diamètre la plus grande distance séparant deux antennes du réseau. Ce procédé sert à atteindre une bien meilleure résolution angulaire, paramètre important en astrophysique lors de la prise de données, et s'affranchit des limites physiques liées à la construction d'une antenne unique. 

Aperçu des antennes d'ALMA - © ESO/Christophe Malin

Date clé : Première soumission d’article le 20 décembre 2021

ALMA récolte des informations dans le domaine des ondes dites “millimétriques” (ie dont les longueurs d'onde sont de l'ordre du millimètre) et permet de sonder la partie froide de l'Univers, particulièrement adaptée à l'étude des phases précoces de la formation stellaire. C’est grâce à cet incroyable outil que Yohan Pouteau étudie la formation des étoiles. Il vient d’ailleurs de publier son premier article scientifique, où il présente les résultats de ses travaux ! Et ces derniers pourraient bien remettre en question le modèle communément admis pour expliquer la distribution de la masse dans une population d'étoiles nouvellement formées. Rien que ça ! 

Mais avant d’obtenir ces résultats, Yohan a dû traiter et analyser une très grande quantité de données récoltées par ALMA. Au quotidien, Yohan travaille sur ordinateur et analyse des données issus d'un processus de réduction de données pointilleux, codé et développé par un ensemble de chercheurs et de doctorants dont il fait partie. Les données obtenues, sous forme d'images, lui permettent ensuite d’extraire une multitude d'informations sur la région observée : la taille des structures, leur flux, le champ magnétique, les vitesses systémiques ou encore la dynamique dans la région. Toutes ses travaux l'ont amené à développer son propre code d'analyse de données automatique qu'il partage aujourd'hui avec son groupe de travail international (qu’on peut appeler consortium).

Si l’étape de rédaction de la thèse revêt un caractère plutôt solitaire, tout le travail de recherche mené en amont inclut une forte dimension collaborative ! De par ses échanges au sein de l'équipe ‘’Interstellaire’’ ou de ses relations à l'international, ses investigations avancent pas à pas et brillent d'un effort commun. Certains de ses collègues étudient la composition chimique des nuages de gaz moléculaires, d’autres travaillent sur les processus dynamiques ou encore la formation des grandes structures de l’univers. Cette diversité apporte une ambiance très dynamique au sein du consortium, qui est composé au total d’environ 70 chercheurs et doctorants.

La découverte d’autres horizons

Avec quinze déménagements à son actif, Yohan a pour projet de poser ses valises après sa thèse. Il souhaite explorer d’autres horizons, en dehors des laboratoires.  Le côté novateur et visionnaire d’Einstein, mais aussi du célèbre Stephen Hawking, des scientifiques qui l’ont toujours fasciné, lui ont donné l’envie de transmettre à son tour ses connaissances. Il envisage de s’orienter vers la vulgarisation, et aimerait pouvoir créer des soirées à thème ouvertes au grand public pour faire découvrir l’astrophysique. Pour lui, la vulgarisation « allie la spécificité et la généralité. On ne perd pas en exactitude avec la vulgarisation : c’est un moyen de mettre des mots sur des concepts pour mieux les comprendre, tout en ajoutant différentes strates de complexité permettant de réunir dans un même amphithéâtre une sommité du domaine et un parfait néophyte »

Une chose est sûre, quelle que soit la suite de son parcours, Yohan Pouteau compte bien garder la tête dans les étoiles !

Article rédigé par Laura Konieczny et Hugo David


Cet article a été rédigé par les étudiants de licence suivant l'enseignement transversal "Sciences, journalisme et réseaux sociaux" proposé à l'Université Grenoble Alpes (UGA). Cet enseignement est encadré par Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'UGA et Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias à La Casemate. Suivez l'actualité de l'ETC sur Twitter !