Retour de participation à la conférence ECSITE 2021

Publié par Audrey Korczynska, le 30 juin 2021   340

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Cette année, pour la seconde année consécutive, la conférence d’Ecsite, la conférence internationale des centres de sciences et muséums, s’est tenue en ligne. Avec plus de 1200 inscrits de 58 pays différents, 3 intervenants principaux, plus de 75 sessions, c’est la plus grande conférence de culture scientifique en Europe. 

J’assiste personnellement à cet événement pour la troisième fois depuis 2015. Lors de ma première participation à La Haye (Pays-Bas), je faisais partie de l’équipe d’organisation d’Ecsite. La caractéristique de cette conférence, c’est d’être le reflet des passionnés qui travaillent dans le domaine de la culture scientifique : créative, respectueuse, vivante, curieuse, (très) sympa et un peu folle aussi ! Et malgré le contexte sanitaire et la contrainte du tout en ligne, la conférence a su garder son âme si unique (mention spéciale aux animateurs Brad et Dorothée) ! 

Je n’ai bien entendu pas pu tout suivre, c'est là une des grandes frustrations de cette conférence, mais je vais partager avec vous quelques moments choisis de ces trois après-midis bien chargés ! 

Les grandes thématiques abordées 

Parmi les thématiques les plus abordées dans la conférence cette année, on note la proposition de nombreuses sessions qui rendent compte des adaptations réalisées dans nos structures pendant la période Covid et des perspectives imaginées pour le “monde d’après”. 

Le thème du développement durable et de son traitement dans les musées et centres de sciences a été aussi fortement représenté, témoin de l’engagement de nos structures pour contribuer à des changements durables en faveur de la planète et de ses environnements. 

Ecsite s’engage depuis des années pour l’égalité et l’inclusion. Du côté de l’organisation, il était demandé à tous les intervenants d’effectuer une auto-description de soi-même pour se présenter aux auditeurs malvoyants. Du côté des membres, plusieurs sessions proposaient des réflexions et retours d’expériences comme pour rendre une exposition plus inclusive, parvenir à l’égalité homme-femmes dans nos pratiques ou utiliser des méthodes de co-création et de fabrication pour favoriser l’accessibilité. A noter également deux sessions autour du traitement des sujets et objets coloniaux dans les musées. 

Côté technique 

Du côté technique, la conférence s’est tenue sur la plateforme Hopin. Elle a très bien fonctionné pour représenter les multiples offres de la conférence physique habituelle : une scène pour les introductions et keynotes, une partie sessions, un espace entreprises avec des visites ponctuelles, des vidéos de démonstrations, etc, et un manège réseau très sympa dans lequel on rencontrait au hasard un autre participant pour 3 minutes d’échanges. Certaines sessions ont eu lieu sur Zoom qui offre la possibilité de diviser les participants en groupes et de voir les visages de chacun.  

Super pro, l’équipe d’Ecsite avait prévu tutos et guides pratiques pour les intervenants, et même une session test. Pendant l’événement, une horde de volontaires a surgit à chaque problématique en faisant de leur mieux pour régler les incidents le plus rapidement possible. On s’est donc senti super encadrés et sécurisés. Bravo !

Focus sur les keynotes 

Les keynotes sont des “discours d’ouverture”, sorte de conférences de personnalités remarquables, autour de points inspirants ou stratégiques.

Ewine Van Dishoeck, Professeure en Astrophysique Moléculaire à l’Université de Leiden, Pays-Bas

Ewine Van Dishoeck a emmené les auditeurs avec elle dans un voyage à travers l’Univers pour se questionner sur nos propres origines. L’exploration spatiale nous amène à poser les questions existentielles telles que d’où venons-nous ? Sommes-nous seuls dans l’Univers ? Quelle y est notre place ? Pour elle, les musées sont un lieu d’inspiration, créateurs de curiosité, d’optimisme et d’espoir, curiosité, finalement, qui mène à l’innovation. 
Les sciences spatiales sont une belle porte d'entrée, utilisant l'émerveillement pour capter l'attention et support à l'introduction de sujets scientifiques et culturels variés.

John Falk, expert de l’apprentissage 

John H Falk est le directeur de l’"Institute for Learning Innovation" et professeur émérite de l’Université de l’État de l’Oregon. Il est expert de l’apprentissage et notamment de la notion selon laquelle les personnes ont le choix et le contrôle de quoi, où et quand elles apprennent. Ses recherches se concentrent sur la compréhension des raisons pour lesquelles les personnes utilisent ce type d’apprentissage libre pendant leurs loisirs, étudie les impacts des musées, bibliothèques, zoos et aquariums et aide les institutions culturelles à repenser leur positionnement éducatif dans le 21ème siècle. 

Selon John Falk, les centres de sciences ont besoin de meilleurs moyens pour démontrer leur valeur publique. Trop souvent, ce sont les bénéfices économiques qui sont pris en compte pour évaluer la valeur du centre. Il y a pourtant des mesures possibles des bénéfices des centres de sciences pour la société. 

Cet expert se base sur l’expérience des visiteurs et surtout sur ce que les visiteurs retiennent de leur visite quelques temps après. Cette mémoire de la visite est très importante car les souvenirs se construisent à partir de ce qui a du sens pour chacun. Ces souvenirs servent ensuite à prendre des décisions, faire des choix futurs. Une personne retient ce qui a du sens pour elle, c’est-à-dire ce qui impacte son bien-être. 

Un travail d’interview de visiteurs lui permet de déterminer quatre catégories d’individus :

  • l’étonnement, la beauté : spiritualité, créativité, sentiment de plénitude… 
  • l’exploration intellectuelle, le développement personnel, le sentiment de contrôle des connaissances sur le monde, la curiosité, la compréhension, la prédiction
  • le bien être social : se regrouper, participer à des activités de groupe, le désir d’aimer et être aimé, le respect
  • bien-être physique : soif, faim, sécurité, paix, santé… 

Plus ce bien-être dure, plus il est impactant. A partir de ces données, John a mis en place une méthode pour calculer la valeur des musées en fonction de leur impact sur le bien-être des visiteurs et la durée de l’expérience. Il parvient à y intégrer des données économiques.  

La problématique est que les décideurs basent leurs choix sur l’impact économique : ils veulent un retour sur investissement immédiat.  

Melati Wijsen, Activiste et actrice du changement

Melati Wijsen est une jeune indonésienne de 20 ans, activiste et actrice du changement. Elle a créé Bye Bye Plastic Bags avec sa sœur et a dirigé le mouvement depuis 2013. Elle a été sélectionnée parmi le top 10 des femmes les plus influentes de son pays par Forbes et par TIME dans la liste des ados les plus influentes au monde. Melati vient de lancer un nouveau programme appelé Youthopia, qui donne le pouvoir aux jeunes via des programmes inspirants et en leur transmettant les compétences pour qu’ils deviennent à leur tour des activateurs de changement. 

 Une intervention qui montre, s’il fallait encore le faire, que de nombreux jeunes s’activent pour défendre notre planète face aux changements provoqués par les humains. Son action accompagne les jeunes qui sont déjà sensibilisés à la protection de l’environnement pour leur donner les compétences et clés nécessaires pour agir de façon efficace face aux crises de l’environnement. Un discours très inspirant pour les acteurs culturels et scientifiques, de plus en plus engagés dans le combat. 

Quelques projets à noter et à visiter !

Mes deux interventions 

New projects: our goals, our dreams, our strategies

Dans cette session en deux parties, 8 projets en cours de réalisation ont été présentés par le biais de pecha-kucha. Le principe : 20 slides, 20 secondes par slides pour chacun des présentateurs pour présenter les objectifs, les rêves, les stratégies, les imprévus et autres leçons apprises en travaillant sur ces nouveaux projets. 

J’ai présenté le projet du Centre de Sciences à Pont de Claix, sur lequel je travaille depuis mon arrivée à La Casemate depuis plus de 3 ans mais dont les racines remontent à plus de 10... Un projet complexe, aux multiples acteurs, un projet parfois controversé au niveau de la métropole pour lequel le respect du budget initial a été décisif pour parvenir à l’étape tant attendue de à la pose de la première pierre le 28 mai 2021. J’ai personnellement et professionnellement beaucoup appris à chaque étape. J’ai du aussi m’adapter aux changements de programmes, aux décisions politiques et managériales, aux tâches allant de la validation des plans d’architecture à celle du système de fermeture des portes du bâtiment, des technologies de projection dans un planétarium à la coordination de l’exposition permanente. Une richesse complétée par les rencontres que j’ai eu la chance de faire au fil du projet : avec l’équipe projet de la Métropole Grenoble Alpes, les scientifiques du comité scientifique de l’exposition, l’équipe de CREO, les équipes du planétarium et salle immersives, les architectes d’Arcane, et autres professionnels impliqués. 

 A noter et découvrir également les interventions de Martyn BEst, CEO de Cultural Innovations à Londres et l’impressionnant projet de la Mecca Clocktower en Arabie Aoudite, de Stacy Wakeford du Musée Canadien de la Nature à Ottawa, Canada, qui a présenté le projet d’un nouvel espace multifonction du musée, et de Patricia Verheyden, chargée des expériences intéractives au CERN, Genêve, Suisse, qui développe un nouveau centre pour les visites incluant 5 espaces différents de la salle d’atelier à des expositions permanentes en passant par un large amphithéâtre. Finalement, merci à Maren Maren Krumdieck du Science Museum Group à Londres pour l’animation de la rencontre. 

Growing your online facilitator’s toolbox

Pour cette seconde session à laquelle je participais, le challenge était de taille… 9 intervenants pour 45 minutes de présentation ! Avec Maria Zоlоtоnоsа, Julie Becker, Julia Ellrich, Angela Lombardo, Sebastian Martin, Ines Montalvao, Marco Miranda, Giulio Bonanome, nous avons relevé le défi !

 Cette session était comme une célébration de brises glaces et autres techniques d’animation pouvant être utilisées en ligne. 45 minutes d’activités, pour se reposer et s’amuser tout en apprenant de nouvelles techniques après de nombreuses heures passées devant l’écran à écouter plutôt passivement les interventions de la conférence. 

 Pour lancer la session, Maria et Julie ont proposé deux premiers jeux collectifs. Puis les participants étaient scindés en groupes dans les fameuses "breakout rooms" de zoom. En tant qu’intervenants, nous étions divisés en binômes et passions d’un groupe à l’autre pour proposer une série d’animation. Entre bonne humeur, quelques imprévus, pas mal de préparation et de belles rencontres, nous avons passé de bons moments, en espérant que les participants également ! 

 Nous avons aussi mis en place un padlet collaboratif sur lequel vous pourrez retrouver les outils partagés pendant la session et ajouter les vôtres. 

Les événements sociaux

La conférence d’Ecsite ne serait pas la même sans ses événements sociaux ! Nous avons eu droit à un Eurovision déchaîné grâce à la participation très enthousiaste de nombreux professionnels du réseau qui se sont pris au jeu ! 

La pause du vendredi dans la partie exposant n’a pas été en reste avec le centre de sciences de Ciencia Viva à Porto au Portugal, transformé en soirée dansante pour l’occasion. 

Je n’ai malheureusement pas suivi le final, c’est un peu l’inconvénient de participer tout en restant dans ses contraintes quotidiennes. 

Rendez-vous en 2022 

Une très belle édition donc mais qui ne remplacera pas tous les moments de rencontres et d’échanges provoqués par les trois journées de conférences en présentiel (et la piste de danse endiablée !). Vivement donc 2022 !

Audrey Korczynska, chargée de projets culturels et scientifiques à La Casemate

(Merci à Marion Sabourdy pour la relecture !)


A lire aussi 

>> le compte-rendu de l’intervention de Marion Sabourdy, ma collègue à La Casemate, lors de la session sur le storytelling (en anglais) 

>> L’article de Biooloop en anglais qui partage aussi son retour d’expérience