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Je pense, donc je suis un cerveau

Publié par Laurent Vercueil, le 5 mai 2017   560

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René Descartes (1596-1650), lui aussi, avait un cerveau.

Ce cerveau qui a forgé la méthode qui porte son nom et qui s'élabore sur le doute. Doutant de tout, il parvient à la conclusion que la seule chose dont il ne peut douter est son existence, en se basant sur le seul fait qu'il est en mesure de penser cette existence : "je pense, donc je suis". Traduction "je pense, donc je sais que j'ai un cerveau qui est" (1).

Le cerveau de Descartes a existé, n'en doutons pas, mais il n'existe plus.

La matière cérébrale n'a pas la robustesse de l'os, le temps en fait son affaire. Exit, le cerveau de Descartes. Mais la qualité minérale du crâne le fait durer, lui. Et près d'un demi-millénaire après que son occupant n'ait été évacué, le voici (le crâne de Descartes (2)) qui révèle un peu de son mystère.

Comme pour les fossiles préhistoriques, les moulages endocrâniens permettent de restituer une silhouette approchant le volume du cerveau d'origine. L'équipe de Philippe Chartier, connu pour ses travaux d'archéo-neuropathologie, publie le résultat de cette méthode appliquée au crâne conservé au musée de l'homme de Paris, supposé appartenir à René Descartes (avec quelques arguments solides). Avec les technologies actuelles, il ne s'agit plus de véritable moulage, mais d'une reconstruction 3D établie à partir d'un scanner X réalisé sur le crâne original.

La figure 2 de leur article (3) montre le résultat :

Comme le note les auteurs dans une étude détaillé du résultat, rien d'extraordinaire. On ne retrouve notamment pas les originalités du cerveau d'Einstein, par exemple. Les auteurs mesurent les différentes dimensions qui peuvent être relevées sur le moulage, et les comparent à 102 individus non cartésiens (au sens propre du qualificatif !).

Peu de caractéristiques distinguent Descartes de ses congénères : il présente l'asymétrie habituelle, qui imprime ce curieux mouvement de rotation au cerveau, le lobe frontal droit un peu en avant du gauche, le lobe occipital gauche en arrière du droit. Mais les auteurs sont intrigués par le renflement ("bulge") de l'aire 45 de Broadmann à gauche et le développement asymétrique de la troisième circonvolution frontale droite, qui est plus large et longue qu'à gauche. Hmmm.

A gauche, chez le droitier qu'était Descartes (cf ci-dessous, le portrait de l'écrivant plume à la main), l'aire 45 fait partie de l'aire de Broca, impliquée dans la production du langage. Est-ce qu'on peut faire un lien avec sa production philosophique ? Je ne m'y hasarderais pas.

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Notes

  1. Noter le très décevant "Je ne suis pas mon cerveau" du philosophe allemand, présenté comme "prodige", Markus Gabriel, paru début 2017 chez JC Lattès. La discussion est faible, jamais portée suffisamment loin pour convaincre. Par exemple, la discussion du "cerveau dans la cuve" de Putnam me semble passer totalement à côté de l'argument
  2. En 1997, Philippe Comar publie, chez Gallimard, "mémoire de mon crâne", qui raconte toute l'histoire
  3. Charlier Philippe et al. The brain of René Descartes (1650): A neuro-anatomical analysis J Neurol Sci 378 (2017) 12-18