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Les dragons, eux aussi, ont des rêves en dormant

Publié par Laurent Vercueil, le 29 avril 2016   1.8k

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Alors que le sommeil est généralisé parmi les être vivants (du ver à l'homme, tout le monde a besoin de dormir), le rêve, lui, semble n'appartenir qu'à une classe de privilégiés : les mammifères, les oiseaux. Les mammifères et en premier lieu, le chat de Michel Jouvet. Ce chat qui a permis au neurophysiologiste lyonnais de décrire le sommeil paradoxal, caractérisée par une atonie musculaire profonde, des mouvements oculaires rapides (conduisant les anglo-saxons à qualifier ce stade de sommeil de "REM sleep", pour "Rapid Eye Movement"), une activité électrique cérébrale rapide (mesurée à l'aide de l'EEG et s'opposant au sommeil lent, où il existe un ralentissement diffus de l'activité électrique).

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Si le rêve survient au cours de l'ensemble des stades du sommeil, il semble particulièrement prégnant, vivant, et en un mot "onirique", pendant le sommeil paradoxal. De fait, ce stade de sommeil est coûteux sur le plan énergétique et c'est probablement la raison pour laquelle il ne survient qu'en deuxième partie de nuit, lorsque le sommeil lent, récupérateur, a terminé le principal de son office.

Bref, un truc classieux, dont la fonction reste mystérieuse, mais qui relève d'un cerveau déjà évolué, comme celui de l'homme, de ses cousins mammifères, ou des oiseaux, dont on ne soupçonne pas encore toute l'étendue des compétences. A cet égard, les reptiles font pâle figure. Pour ainsi dire, on leur prête un cerveau archaïque, limité, pas si loin du cendrier vide. Peu de chance qu'ils puissent accéder au délice du rêve....

Oui, mais voilà : Le dragon, lui aussi, rêve en dormant. Dans un article publié ce jour dans la prestigieuse revue américaine "SCIENCE" (1), une équipe allemande du Max Planck Institute, rapporte l'étude du sommeil du dragon Pogana vitticeps, superbe reptile australien : s'y succèdent, au cours de cycles très courts, deux phases bien distinctes, dont l'une s'associe à des mouvements oculaires rapides et une accélération importante des rythmes électriques cérébraux. Une courte vidéo disponible sur le site de la revue, résume les données de façon très accessible.

Les auteurs font le parallèle avec le sommeil paradoxal et se risquent même à imaginer à quoi peut rêver le dragon Pogana... Cette découverte renouvelle la vision phylogénétique du sommeil et de son organisation et pourrait aussi apporter un nouvel éclairage sur la fonction du rêve.


>> Référence

  1. Slow waves, sharp waves, ripples, and REM in sleeping dragons. Mark Shein-Idelson, Janie M. Ondracek, Hua-Peng Liaw, Sam Reiter, Gilles Laurent.Science 29 Apr 2016: Vol. 352, Issue 6285, pp. 590-595

DOI: 10.1126/science.aaf3621