La fleur qui fait le printemps…

Publié par Encyclopédie Environnement, le 12 mars 2019   300

Xl photo 1 alain herrault trolles et mt aiguille

« La feuille, hier encor pliée
Dans son étroit corset d'hiver,
Met sur la branche déliée
Les premières touches de vert. »

Théophile Gautier
Tiré de « La fleur qui fait le printemps » 
(Émaux et Camées ; 1852)

 

Le printemps s'est installé de manière très précoce cette année ! Dès le mois de février, des journées ensoleillées se sont enchaînées avec des températures clémentes les après-midi, dignes d'un mois de mai. Néanmoins, le début de matinée restait frais, avec parfois quelques gelées blanches. Cela fait plus de 10 ans que nous n'avons pas connu un aussi beau mois de février en France : il faut en effet remonter à février 2008 pour retrouver autant d'heures d'ensoleillement. La raison est simple : un anticyclone porteur d’une masse d'air continentale d'origine subtropicale s’est installé sur notre pays, apportant un temps calme et ensoleillé. Très tôt, les primevères (ce nom est dérivé du latin primulus qui signifie tout premier) ont illuminé les prairies avant qu’elles ne reverdissent. Dans les bois, les taches colorées des violettes fleuries sont apparues. Sur les berges des rivières ou autour des prairies, saules ou noisetiers se sont couverts de chatons, bien avant que n’apparaissent leurs feuilles. Cette floraison arrive parmi les premières de l’année, avec celle des fleurs poussant dans les sous-bois, elles-aussi contraintes de fleurir avant que les feuillages des arbres sous lesquels elles poussent n’assombrissent le milieu. C’est le cas de la nivéole de printemps -que l’on rencontre çà et là dans certains sous-bois des Alpes- qui a fleuri en plaine dès la mi-février ! L'arrivée du printemps entraîne aussi le retour de la faune : les premières abeilles et même quelques papillons passent de fleur en fleur dans les jardins.


Nivéole printanière (Leucojum vernum L. ; bord de l’Isère). [Source: Photo © Jacques Joyard]


Le réveil des bourgeons

Cet hiver, la croissance des bourgeons semblait figée. Les feuilles tombées, l’arbre était entré en « dormance » pendant de longs mois. Sans cela, ses feuilles seraient détruites par le gel : il risquerait la mort. La période de froid hivernal prolongée permet de lever cette dormance. Contrairement aux apparences, les arbres n'attendent pas le printemps pour se réveiller. S’ils sont soumis au froid pendant suffisamment de temps (entre quelques semaines et moins de deux mois), la dormance est levée et les bourgeons reprennent très doucement leur croissance. Cela témoigne aussi du discret réveil des racines : la croissance des bourgeons nécessite de l’eau et les racines au repos reprennent leur rôle d’absorption. La sève brute peut circuler de nouveau des racines vers les bourgeons. Tant que la température ambiante reste autour d’une dizaine de degrés, la croissance des bourgeons reste très lente. Personne ne la remarque et pourtant la végétation est prête à redémarrer dès que les conditions deviendront favorables.

En cette fin d’hiver, nous avons ainsi pu observer une hausse durable des températures moyennes, atteignant même -pendant dix à quinze jours- près de 20 °C ! D’ailleurs, Météo France a annoncé que, le mercredi 27 février, le record de l’après-midi le plus chaud pour un mois de février en France avait été battu, avec une température moyenne maximale de 21,3 °C ! Ces températures douces ont accéléré le métabolisme des plantes et provoqué une explosion de débourrements et de floraisons. Selon les espèces, l’apparition des feuilles succède à la floraison ou la précède. Dans un premier temps, on observe que les bourgeons de nouveau aptes à croître se mettent à gonfler : des milliers de cellules commencent à grandir en leur sein. Ensuite, ils se percent de feuilles d’un vert tendre ou de discrets boutons floraux. Le débourrement des bourgeons et la floraison des premiers arbustes signalent à tous l’arrivée du printemps.


Abeille butinant une fleur de saule (Salix caprea L.). [Source: Creative Commons CC0, via pxhere [Photo https://pxhere.com/fr/photo/1331259]]


Les plantes réagissent différemment aux températures plus clémentes. Dans les jardins, les amandiers sont parmi les plus précoces à fleurir. D’autres arbustes ont besoin de températures plus douces. Entre mars et mai, nos jardins voient ainsi se succéder les floraisons de prunus, de magnolias, de pêchers, de pruniers, de cerisiers et de pommiers. Cette étape est critique pour les arbres fruitiers qui doivent d’abord fleurir pour que la fécondation ait lieu afin que les fleurs fécondées puissent se transformer en fruits. Ce processus peut être aisément perturbé si les conditions favorables au débourrement des bourgeons sont trop précoces. Un coup de froid brutal sur un arbre fruitier en fleur ruine toute chance pour que la fécondation ou la formation des fruits se déroulent normalement. Dès maintenant, les arboriculteurs ou les viticulteurs suivent ainsi avec angoisse l’éclosion des fleurs de leurs arbres fruitiers ou de leurs vignes ! Elles ne sont pas à l’abri d’un brutal retour du froid et de gelées matinales…


Plantes annuelles et plantes pérennes : et en montagne ?

En montagne, le printemps est plus tardif qu’en plaine. La température moyenne de l’air diminue d’environ 0,65°C tous les 100 m. Plus on s’élève en altitude, plus les précipitations sont sous forme de neige qui persiste alors de plus en plus longtemps au sol, retardant le moment où le printemps sera « visible » et limitant d’autant la période de végétation.

Au printemps lorsque les conditions de température, d’humidité et de lumière sont favorables, les graines qui se trouvent dans le sol germent et les racines et les feuilles des jeunes plantules permettent aux plantes de se développer. A un stade donné de leur développement, les plantes annuelles fleurissent et fabriquent de nouvelles graines qui s’enfouiront dans le sol pour germer l’année suivante. Leurs organes végétatifs (racines, feuilles) meurent à l’automne quand les conditions deviennent défavorables… mais si l’individu plante a disparu, l’espèce perdure grâce aux graines.

En montagne, à peine 2% des plantes alpines sont des plantes annuelles ! Elles sont le plus souvent « pérennes ». Les plantes pérennes entrent en dormance l’hiver et gardent des réserves, dans les racines, bulbes, tubercules et rhizomes : grâce à ces structures, elles survivent pendant plusieurs années. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des fleurs de crocus percer sous la couche de neige qui se réduit sous les rayons du soleil. Les plantes pérennes ont l’avantage de ne former que quelques nouveaux organes durant la période de végétation alors que les plantes annuelles doivent former la totalité de leurs organes, ce qui nécessite beaucoup d’énergie pendant un temps limité. Chez quelques espèces les tiges et les feuilles restent vivantes, ce qui permet leur redémarrage rapide au printemps, sitôt le sol libéré de la neige.


Des crocus (Crocus vernus L.) sous la neige. [Source: photo © Alain Herrault (Diverticimes)]


Les organes de survie des plantes pérennes doivent donc tolérer les basses températures hivernales, c’est en particulier vrai en altitude ! La température de congélation a été souvent mesurée chez les plantes alpines. Elle évolue pendant l’année, tombant à son plus bas niveau durant l’hiver. Par exemple, durant cette période les feuilles vertes de la soldanelle (Soldanella alpina L.) résistent à -20°C. Il est probable que ces basses températures de congélation peuvent aider les plantes alpines en cas d’épisodes particulièrement rigoureux, si elles se retrouvent en dehors du couvert neigeux. En effet, la température sous la neige est toujours plus élevée qu’à l’air libre. Les plantes ainsi protégées peuvent alors fleurir dès que la température devient plus clémente.

Dans d’autres habitats un peu extrêmes, comme les déserts, la floraison printanière n’est pas directement liée à la température, mais à l’apport d’eau. Par exemple, la plupart du temps dans le désert d'Atacama (situé au nord du Chili) il n’y a que très peu d’eau et donc peu de végétation. C’est le désert le plus aride au monde : il n’y tombe en moyenne que deux millimètres d’eau au cours de l’année ! Très rarement, comme en août 2017, d'importantes pluies s’abattent sur le désert d'Atacama. Des millions de fleurs couvrent plaines et collines d'un tapis aux couleurs arc-en-ciel (mauves, bleues, jaunes, oranges ou rouges) et blanches émergent du sable et s'étalent à perte de vue : c’est le « desierto florido » ou désert fleuri. Cet évènement exceptionnel (il n’a lieu que tous les 5 à 7 ans en moyenne) se déroule entre fin août et octobre, c’est-à-dire entre la fin de l’hiver et le début du printemps dans l’hémisphère sud...


Le désert d’Atacama en fleurs. [Source: Javier Rubilar [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)]]


*Photo de couverture : Prairie de trolles (Trollius europaeus L.) en fleurs au pied du Mont Aiguille (Isère) [Source: © Alain Herrault (Diverticimes)]


Ce billet s’appuie sur plusieurs articles publiés dans l’Encyclopédie de l’Environnement:

 

A voir aussi dans Echosciences : Les plantes alpines à l’assaut des cimes….

 

 

Ce travail a été réalisé grâce au soutien financier d'UGA Éditions dans le cadre du programme "Investissement d'avenir", géré par l'Agence nationale de la Recherche.



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