Atelier "L'information dans la ville de Grenoble" : étape créative à l'Estacade

Publié par Master ITER, le 30 mai 2016   1.8k

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Après un premier travail d'état des lieux sur « l'information dans la ville », nous sommes lancés dans une phase créative pour imaginer les dispositifs d'information de la ville de demain : l'affichage y a-t-il encore sa place ? Doit-on introduire du numérique ? Comment favoriser l'expression citoyenne et comment se positionner vis-à-vis de l'informel, déjà très présent (graffitis, autocollants, affichage etc.) ? Comment malgré tout préserver les ressources attentionnelles 1 de chacun ?

Pour répondre à toutes ces questions (et bien d'autres), nous nous sommes installés en mars sur le marché de l'Estacade, pour aller à la rencontre des habitants. Pendant toute une matinée, le marché s'est coloré aux sons, aux couleurs et aux rythmes des étudiants et de nos déambulations : crieur de rue, citoyen-graffeur, arrêt de bus… Autant de propositions que nous avons mises à l'épreuve, afin de les enrichir avec les usagers.

Pour mener à bien ce travail, trois protocoles d'expérimentation ont été développés, pour chacun des dispositifs à tester.

Le citoyen-graffeur

L'objectif ici était de se servir du graffiti comme moyen d'expression, en nous appuyant sur un panneau d'expression libre installé pour l'occasion et avec des pochoirs et des bombes de peinture écologique. Une seule consigne : « le mot qui vous inspire » ! Montgolfière, Poésie, Humanité, Confiance, Civisme … Quelques mots, tout en couleurs, qui ont rapidement comblé le panneau d'expression !

L'Agora

Cette proposition part de l'idée que nos arrêts de transports en commun pourraient à l'avenir être des lieux de vie beaucoup plus développés 2. En particulier, il s'agit d'en faire des pôles d'information disséminés à travers la ville, vers lesquels on puisse aisément se tourner. A travers des questionnements sur la nature de l'information (quelles informations pourrait-on fournir à un arrêt?), les supports et les usages du lieu, les passants étaient invités à remodeler et imaginer l'arrêt de demain.

Le crieur de rue

Enfin, une personne a joué le rôle du crieur de rue : à chaque heure avait lieue la « Criée », durant laquelle étaient lus les messages récoltés par le crieur, auprès des commerçants et des habitants. Cette proposition s'inscrit dans l'idée de remettre une dimension humaine dans la transmission d'information en ville, en s'appuyant sur une figure symbolique, qui transporte un imaginaire technique et poétique.

Le bilan de l'expérimentation : retours des citoyens

Cette expérimentation a reçu un accueil très favorable de la part des gens rencontrés : l'installation, visible et originale, a suscité une certaine curiosité et un intérêt. Le contact humain est un élément central et particulièrement positif : le crieur de rue a permis à la fois de réveiller la curiosité mais aussi de nous rendre visible. Au-delà, les échanges plus informels tout au long du marché ont révélé un besoin d'expression, des gens qui souhaitent être écoutés.

Ce que révèle aussi cette mise en situation, c'est que l'information de demain ne pourra pas passer par un canal unique : c'est la multiplicité des dispositifs, complémentaires et connectés les uns aux autres, qui permet d'avoir un système original et efficace.

Il est apparu en revanche une mise en garde contre le risque de surcharge par l'implantation de nouveaux dispositifs . Alors que l'on s'inscrit dans une démarche de réduction de la publicité dans l'espace public, et donc des sollicitations auxquelles nous sommes quotidiennement soumis, ne risque-t-on pas l'effet inverse par la multiplication des dispositifs à travers la ville ? Il faut parvenir à trouver le juste équilibre entre nécessité d'informer, besoin de se valoriser de la part des émetteurs, et préservation des ressources attentionnelles pour les citadins.

Par ailleurs, si la recherche d'une « expression citoyenne » semble louable dans les dispositifs proposés, elle est loin d'être évidente. Force est de constater que cette « expression citoyenne » existe déjà à travers la ville : tout le travail de relevé exhaustif réalisé dans certains quartiers à permis de mettre en évidence la part d'information « informelle », notamment de tags, graffitis, autocollants, affichage libre. Mais cette information semble impossible à canaliser par l'institution, qui en est réduite à la considérer comme illégale et à engager des frais de nettoyage quotidien. Pourtant, les propositions de dispositifs permettant l'expression libre des citoyens dans l'espace public ne recueille pas l'unanimité : certains ne voient pas l'intérêt ou ne se sentent pas concernés. De fait, ce n'est pas parce qu'on propose un support d'expression qu'il sera approprié par les citoyens. Et ce d'autant plus qu'une information revendicative, critique et subversive ne peut pas se laisser enfermer dans des cadres institutionnels.

Ce que l'on retiendra, c'est l'intérêt des dispositifs qui participent à l'embellissement de la ville et à l'animation de l'espace public, ils remettent le contact humain au cœur de l'échange d'information et ils sont complémentaires les uns avec les autres, pour peu que l'on veille à ne pas réintroduire une surcharge dans l'espace public.

Par ailleurs, nous avons noté l'importance primordiale du contexte dans lequel se déroule l'expérimentation : ce qui a été fait sur un jour de marché n'est pas généralisable à d'autres contextes, plus festifs ou revendicatifs, ou sur des temps quotidiens routiniers. Il est donc nécessaire d'envisager d'autres moments et d'autres espaces d'expérimentation, au contact d'autres publics, pour faire émerger des problématiques nouvelles et complexifier les dispositifs d'information dont aura besoin la ville de demain.

La suite au prochain épisode…


>> A lire sur l'atelier "L'information dans la ville de Grenoble" :

L'atelier de créativité "L'information dans la ville de Grenoble" : http://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/grenoble-ville-de-demain/articles/l-atelier-de-creativite-l-information-dans-la-ville-de-grenoble

Retour sur la soirée de lancement de la plateforme "Grenoble, ville de demain" : http://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/gr...

Master Innovation et Territoire - Atelier "L'information dans la ville de Grenoble" : http://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/gr...


>> Notes :

1 « Il faut considérer l’attention comme un bien commun. Au même titre que d’autres ressources menacées de rareté ou de dégradation – l’eau ou l’air par exemple -. On pourrait décider collectivement de ce qu’on accepte comme sollicitations au lieu de laisser chacun dans l’illusion de sa pseudo autonomie. » Matthew B. Crawford

2TRANSDEV, dans le cadre du laboratoire LEMON en partenariat avec le SMTC et la SEMITAG, travaille sur le projet « Chrono en marche » qui vise à la création d'un arrêt de bus augmenté dans une démarche d'innovation et de co-construction. Il y a là une synergie évidente avec la dynamique engagée par la municipalité autour de l'atelier « Information dans la ville ».