Jour 4 // Débarquement et tremblements

Publié par Muséum De Grenoble, le 23 octobre 2018   270

Xl jour 4

Nous débarquons enfin sur la planète pour réparer. 

Mais vous entendez ce grondement ? 

Cette GIA2b ne me semble pas très stable. On a l’impression qu’un tremblement de terre est en train de se produire ! ISTerre, vous n’auriez pas pu prédire cet évènement et nous faire atterrir un autre moment ou à un autre endroit ?

Aujourd’hui, on ne peut pas prédire les séismes, on peut seulement dire que si un séisme se produit à tel endroit, alors il y a de très fortes chances pour qu’il y en ait d’autres dans le futur à cette localisation. Il existe d’ailleurs des cartographies des séismes passés qui révèlent parfois des failles. C’est ainsi que la faille bordière de Belledonne a été mise en évidence (elle fait partie de l’arc sismique subalpin : un alignement de séismes mis en évidence par cartographie).

Vidéo sur « L’origine des séismes » (L’esprit sorcier) :

Comment détecter les séismes ?

Il existe des méthodes pour localiser les séismes. Le réseau Sismalp permet de détecter les séismes en direct dans les Alpes, via des capteurs enterrés en forage et reliés à des puces qui envoient directement les données. Le réseau USGS (réseau américain) permet de visualiser les séismes à l’échelle mondiale. Ce logiciel permet d’obtenir un tableau de suivi des évènements (c’est-à-dire une liste de tous les séismes détectés grâce aux capteurs). 


À Grenoble, il existe de nombreuses galeries de mine. Il existe donc des vibrations naturelles et anthropiques qui créent des perturbations sur les enregistrements. Les logiciels et les sismologues tentent d’effacer ce bruit, en tout cas de les réduire.




En analysant les signaux récoltés par ces réseaux d’enregistrement, les sismologues tentent ainsi d’améliorer la prévision de ces « catastrophes » naturelles (et ainsi faire des préconisations sur la construction des bâtiments) … A défaut de pouvoir véritablement les prédire.

Le premier réseau de détection des séismes dans les Alpes date des années 80. Aujourd’hui, l’instrumentation permet de détecter des séismes de magnitude zéro alors qu’au début du 20ème siècle, seuls les séismes de magnitude 6 étaient détectés. On se basait alors sur des témoignages ou sur des instruments moins précis. Il se produit par jour des dizaines de séismes d’une magnitude inférieure à 1 que l’on arrive aujourd’hui à détecter.

L’étude des microséismes pour prévoir les mouvements de terrains

Les sismologues de l’Institut des sciences de la Terre (ISTerre) surveillent les falaises, glaciers et pentes instables.

Le glacier rocheux (un mélange de roches et de glace) du Gugla en Suisse fond et « coule » (à la manière de la lave sur la pente d’un volcan sous l’effet de la pesanteur) le long des pentes alpines, source imprévisible d’éboulements. Agnès Helmstetter et ses collaborateurs à l’ISTerre, tentent, à travers la lecture des microséismes internes au glacier, de modéliser pour mieux prévoir la survenue de ces mouvements de terrain. 

Gaëlle Le Roy à l'ISTerre étudie les éboulements du Mont Saint-Eynard. La méthode qu’elle développe dans sa thèse permet de connaitre le volume des éboulements rocheux et de déterminer leurs trajectoires de chute depuis la falaise. En comparant les images de l’éboulement, sa reconstitution 3D et les signaux sismiques, elle identifie avec précision quels types de signaux correspondent à la chute de chaque bloc.

Photo du Mont Saint Eynard et son Modèle 3D de Gaëlle Le Roy (ISTerre).

D’après le réseau Sismalp, l’endroit où nous nous sommes posé est sûr aujourd’hui mais cette planète présente bien des terrains « glissants » il me semble...


La plupart des mouvements de terrain échappent à nos sens car ils concernent des ensembles géologiques gigantesques ou des structures profondes dont nous ne percevons pas les ondes. C’est quand un grand ensemble cède tout-à-coup, comme une falaise qui s’effondre ou lors d’une avalanche, que l’on perçoit que le sol est constamment en mouvement, se libérant brusquement d’un « trop plein » d’énergie. 

Dans notre région :

Depuis le 28 avril 2018, plusieurs éboulements se sont produits sur le Mont Granier. Ces éboulements ont pu être photographiés, filmés et également, enregistrés par les stations sismologiques du réseau Sismalp jusqu’à plus de 100 km du Granier. Deux stations sismologiques ont été installées pour suivre l’activité du Granier. Une station à Chapareillan, une autre sur le plateau, avec un capteur sur une écaille instable et une autre sur le plateau. 

La vidéo de l’installation

Pour voir ces éboulements, rendez-vous dans l’exposition au Muséum ou sur le site de l’ISTerre.

Dans le Spirou magazine du 20 février (n°3906), dans "Le labo" (rubrique qui présente sous forme de bandes dessinées des questions scientifiques dans le cadre de visites de laboratoires), Jean-Yves Duhoo s’intéresse aux instabilités gravitaires et suit des chercheurs d’ISTerre à la découverte de l’histoire de l’éboulement du Granier, du suivi du site de Séchilienne, etc. Lire la BD


Et pour suivre tous ces glissements de terraines, les géophysiciens et mécaniciens de l’ISTerre créent des instruments faciles à poser.


Détecter les mouvements du sol …Grâce aux puces

 De nombreux instruments mesurent aujourd’hui les déplacements du sol : GPS, Radars, caméras, capteurs sismiques, placés au sol, sur de satellites ou sur des drones…  … Mais ces appareillages coûtent cher et demandent d’importants moyens que n’aura pas une petite commune de montagne qui s’interroge sur la stabilité de son téléphérique ou le déblaiement de ses routes communales…

L’objectif d’ISTerre, et plus particulièrement de Laurent Baillet, de ses collaborateurs et partenaires, est de mettre en place des détecteurs peu couteux et très facile à gérer, pour suivre « en direct » les mouvements rocheux et les coulées du sol. C’est vers une solution à base de puces RFID qu’ils se sont orientés avec l’entreprise Géolithe. L’enjeu est de taille : évaluer l’étendue possible des conséquences d’un phénomène pouvant aller jusqu’à un cataclysme majeur. 

Voir ces puces RFID et leur fonctionnement dans l’exposition au Muséum.

Photos Mathieu Le Breton ISTerre. Photo de gauche : antenne de localisation des puces RFID et armoire. Photo de droite : armoire ouverte : (milieu-gauche) ordinateur d’acquisition, (milieu-droit) interrogateur RFID, (haut-milieu) équipement réseau de transfert de données, (haut-gauche) transformateur de courant, (bas-droit) câbles vers l’antenne et vers le réseau central du site.


Et bien, avec ces méthodes pour localiser les séismes et autres mouvements de terrain et ces puces détectrices de mouvements, nous voilà rassuré ! Nous pouvons vraiment débarquer et réparer l'Osugus.


Vers la suite de l’aventure : Jour 5 // A pleins poumons ?

Voir le Jour 3 (suite) // Les transports de l'espace


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