Journal n°6 : Grenoble INP - Ense3, UGA à la COP27

Publié par Grenoble INP - Ense3 , UGA, le 7 juin 2023   700

Ce journal est le dernier d'une série de 6 journaux écrits par 8 étudiants et étudiantes de Grenoble INP - Ense3 lors de leur expérience à la COP27 en novembre dernier. Ces journaux reflètent donc leur expérience mais aussi leur savoir et leurs idées.

Quel avenir pour les Etats du Pacifique ?

Alors que le réchauffement climatique s'accentue de plus en plus, et que les effets associés vont devenir de plus en plus importants, quels sont les enjeux des pays insulaires du Pacifique face à cette menace.

Face à quels événements climatiques ces états vont-ils faire face ?

Les événements climatiques que subissent et que subiront les îles du Pacifique sont essentiellement les tempêtes et ouragan ainsi que les slow onset events. Pour les ouragans tempêtes ou typhons, on sait grâce aux rapport du GIEC que ce genre d’événements va augmenter en fréquence et en intensité.

Alors que certaines îles comme Vanuatu, Fidji ou encore la Nouvelle Calédonie ont connu entre 2.5 et 3 cyclones tropicaux par an en moyenne ces 37 dernières années, cette fréquence augmentera dans les prochaines décennies et ces événements seront aussi plus intenses.

Les slow onset event sont les événements climatiques qui ont une inertie très grande et qui sont donc lents à être visibles. Ces événements peuvent être la montée des eaux, l’acidification des océans ou encore l’augmentation des températures de l’atmosphère et des océans.

L’impact et la sévérité de ces événements dépendront au final beaucoup de nous et de nos émissions. Selon les scénarios résumés dans le tableau ci-dessous, l’eau des océans et des mers pourrait monter entre 2 et 20 m d’ici 2300. On comprend alors assez vite que les îles du Pacifique dépendent totalement de la fonte des glaces, et particulièrement de la fonte de l’Antarctique de l’Ouest.

1. Nationally Determined Contribution. C'est l’ensemble des actions climatiques qui jouent un rôle dans l’atteinte ou non des objectifs des Accords de Paris par les Parties. Le plafonnement des émissions de GES est l’une de ces actions.

Quelles peuvent être les conséquences des pertes et préjudices sur ces populations ?

Il existe plusieurs types de LnD (Loss and Damages = pertes et préjudices) que risque de vivre les habitants et habitantes des Etats insulaires du Pacifique. Celles-ci se divisent en deux grandes catégories : les pertes et préjudices économiques et les pertes et préjudices non économiques. Concernant les pertes et préjudices économiques, ces Etats vivront comme dit précédemment de plus en plus de catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique comme des cyclones. Aussi leur intensité augmentera, notamment à cause de la montée des eaux qui augmentera les risques de submersion lors de tels événements. Toutes ces catastrophes auront un coût économique conséquent, surtout pour des petits pays insulaire. Les pertes et préjudices économiques même s’ils obnubilent les chefs d’Etat, ne sont pas les seuls types de pertes et préjudices. Les pertes et préjudices non économiques qui regroupent les pertes culturelles, historiques et sociales.

Ces préjudices sont plus compliquées à définir que les pertes et préjudices économiques. Aussi ce type de pertes est presque imperceptible et n’est pas tangible. Il est donc plus difficile de les quantifier. Les pertes et préjudices culturelles sont associées à tous les lieux culturels et toutes les coutumes d’une population.

Pour ce qui concerne les Etats du pacifique, la montée des eaux est le problème le plus important. Certains lieux de culture peuvent être endommagés ou détruits, fragilisant alors la culture indigène locale. C’est le cas de l’île d’Erromango dans l’archipel de Vanuatu dont la forme spécifique de l’île est un héritage culturel expliqué par une légende indigène. Ainsi la montée des eaux et les tempêtes endommagent cette forme si spéciale et la culture indigène avec.

Aussi, l’acidification des océans ou la montée en température de ces derniers créent des altérations de la faune et la flore locale. Cela peut être des espèces de plantes qui ne peuvent plus pousser sous certaines températures, ou autres conditions climatiques. La faune comme les poissons ou les fruits de mer, nourriture essentielle dans ces îles, disparait. Ces disparitions entraînent en partie la disparition de la gastronomie locale, composante essentielle de la culture indigène.

Les préjudices historiques peuvent être causés par les catastrophes telles que les typhons ou les cyclones. Certains lieux historiques des peuples pacifiques peuvent être endommagés ou détruits. Les préjudices sociaux sont aussi très importants. Lors des catastrophes naturelles précédemment évoquées, certaines personnes doivent être déplacées. Depuis 2002, près de 6 villages ont déjà été complètement déplacés à cause de la montée des eaux sur l’île de Fidji.

Il est important de rappeler que cette montée des eaux est encore très faible comparé à ce qui risque d’arriver dans les prochaines décennies. Aussi, cela concerne uniquement les Fidji, un seul des Etats insulaires du Pacifique. Les préjudices sociaux vont donc se démultiplier dans les prochaines années, jusqu’à possiblement atteindre le point de non retour où les habitants et habitantes de ces îles devront tous migrer vers d’autres territoires.

Pour conclure, on peut dire que l’avenir de ces îles est assez incertain. Ces populations qui forment la plus grande surface du monde où les traditions et les indigènes dirigent, ne sont pas du tout écoutées lors des négociations internationales alors qu’elles sont les plus exposées et les plus fragiles. La création d’un fond spécifique pour les pertes et préjudices lors de cette COP est une très bonne nouvelle pour ce genre de populations. Cependant, les modalités de ce fond vont être discutées lors des prochaines négociations internationales. A voir si ces modalités vont être suffisantes.

Esteban COQUEMONT

L’art s’invite à la COP !

Alors que des ministres, activistes et personnes du monde entier se retrouvent à Sharm el-Sheikh pour la COP27, certains pays profitent de cette occasion pour parler des aspects environnementaux à travers l’art sur leur pavillon. Dans cet article, on va présenter différentes œuvres exposées à la COP.

Sur le pavillon de la Turquie, on peut voir l’exposition "zero Point" de l’artiste Deniz Sağdıç représentant plus d’une dizaine de portraits. La spécificité de ces portraits est qu’ils sont tous faits à partir de déchets : un à partir de déchets de sacs plastique, un autre de fils électriques ou encore un autre sur des morceaux de canettes de soda. Tous ces portraits ont pour but d’interpeller les observateurs sur la quantité de déchets fabriqués, mais aussi sur leur provenance. Car en effet, Deniz Sağdıç ne cache rien du type de compagnies dont proviennent ces déchets. On y retrouve des étiquettes de marques de la fast fashion comme Zara, Bershka, Cecil ou encore des marques de boissons comme Coca-Cola, un des partenaires officiels de la COP 27 et plus gros pollueur plastique de la planète. Selon Deniz Sağdıç, si elle-même est capable de prendre des déchets pour en faire des œuvres artistiques alors tout le monde peut mettre la main à la pâte selon son domaine d’expertise. De plus, le nom de son exposition devrait être plus qu’un slogan, cela devrait être une feuille de route. Atteindre la neutralité carbone devrait être selon l’artiste une priorité.

Un autre pavillon s’articule autour de l’art : le Pakistan. Alors que le pays a connu des températures littéralement mortelles en avril-mai et des inondations déplaçant plus de 30 millions de personnes, le Pakistan avait à cœur de faire passer le message de l’urgence climatique. Pour cela, il a opté en plus de faire des side events percutants, de faire passer le message grâce à l’art. Le pavillon arbore sur ses murs une petite dizaine d’œuvres d’art.

Contrairement au pavillon turc, il ne s’agit pas là d’une exposition à proprement parler, mais plutôt d’un ensemble de peintures d’artistes diverses et de représentations diverses. La Turquie n’expose que des visages, le Pakistan expose quant à lui des peintures représentant des plantes ou autres éléments naturels ainsi que des scènes apocalyptiques. Pour les peintures mettant en scène la nature, il s’agit d’œuvres de Zubeida Agha, peintre pakistanaise de la deuxième moitié du XXème siècle. En exposant ces toiles, le Pakistan veut mettre en avant la richesse naturelle de son pays.

Aussi, il veut peut-être mettre en avant le fait qu’une partie de ces richesses sont désormais détruites suite aux inondations. Pour les peintures représentant la souffrance humaine, il s’agit de peintures de Sadequain, artiste pakistanais. Ces toiles sont une adaptation de vers d’Allama Iqbal, poète pakistanais du début XXème siècle. Ces interprétations sont tout à fait subjectives et propres au peintre mais malheureusement, on ne sait pas à quel poème ou vers correspondent les tableaux. Le pavillon pakistannais a sûrement voulu mettre en avant ces toiles car elles représentent la souffrance subie par ses citoyens et citoyennes cette année.

Ici le but est de choquer le visiteur du pavillon et de rappeler l’urgence à tous les événements lors de side events sur le pavillon. Le but est de montrer que ces souffrances sont désormais inhérentes au peuple pakistannais. Aussi le Pakistan veut prévenir : ces dégâts, ces pertes naturelles, ces souffrances de peuple ne s’arrêteront pas au peuple pakistannais. Cela va aussi impacter fortement d’autres pays partout autour du globe. What goes in Pakistan, will not stay in Pakistan.

Voici encore quelques exemples d'oeuvres du pavillon turc :

Esteban COQUEMONT