Valoriser les recherches scientifiques grâce à la communication scientifique ?

Publié par Virginie Strohmeyer, le 21 juin 2021   700

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Photo : Free-Photos / Pixabay

Apprendre les bases de la communication scientifique en quelques heures ? C’est le défi lancé à 9 doctorants de l’Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE) de Grenoble. A travers une formation de 10h, l’objectif était de s’initier à la communication scientifique, via l’utilisation de Twitter avec le compte @EnDirectDuLabo, et de créer un support de valorisation de leurs recherches. 
 

Pourquoi les chercheurs devraient-ils faire de la communication ?

Au-delà du fait que la recherche a une mission de partage et de diffusion des connaissances scientifiques au plus grand nombre, la communication scientifique représente une opportunité pour les chercheurs de progresser dans leurs recherches. Cécile Michaut, dans son livre paru en 2009, le décrit même très bien : la vulgarisation aide à clarifier et mettre de l’ordre dans ses idées.

Apprendre à vulgariser et à communiquer hors de son cercle de la recherche est une bonne idée pour trois raisons : 

  1. Cela permet d’améliorer sa façon d’enseigner aux étudiants : en simplifiant, en utilisant des figures de styles, en reformulant, il devient plus facile d’accrocher l’attention des publics et donc de leur donner un peu des savoirs scientifiques. 
  2. Il est plus facile de trouver des financements : en adoptant un vocabulaire moins technique, de réfléchir aux formulations pour que les demandes soient compréhensibles, le chercheur va dégager les idées principales de ses recherches. Et il aura surtout une meilleure connaissance de ses besoins réels pour continuer ses recherches. 
  3. Autre aspect un peu méconnu de la communication scientifique : cela permet de partager sa passion pour les sciences et peut-être créer de nouvelles vocations ! Faire de la communication scientifique revient à partager des savoirs mais aussi à en créer de nouveaux !

Le fait de participer à des conférences tout public, de participer à des animations lors d’évènements comme la Fête de la Science ou de répondre à une interview à la radio peut aider le chercheur à progresser dans ses recherches. Les auditeurs sont avant tout curieux, ils n’hésitent pas à poser des questions qui peuvent faire naître de nouvelles idées. 

Quand la méfiance freine les chercheurs à communiquer et vulgariser

© qimono / Pixabay

Il y a toujours eu une méfiance vis-à-vis de cet exercice. Communiquer serait une perte de temps qui réduirait sa productivité dans un domaine où la promotion et l’accès aux financements se fait encore beaucoup sur le critère des publications. Certains voient aussi d’un mauvais œil les chercheurs qui se lancent dans l’aventure en se mettant sur le devant de la scène médiatique. 

Pour beaucoup, expliquer les sciences revient à réduire complètement les connaissances voire dénaturer totalement les résultats. Il en va de leur crédibilité scientifique et la peur de ne plus être pris au sérieux dans leur domaine. 

Quels sont les moyens pour remédier à la situation ?

Sans dire que cela va révolutionner le monde scientifique, il est important que les scientifiques se mettent à la communication scientifique le plus tôt possible. La formation donnée aux doctorants de l’IGE en atteste : il y a besoin de s’investir dans la communication car les publics sont demandeurs. Les chercheurs sont aussi des acteurs de la formation et du bagage scientifique des citoyens d’aujourd’hui et de demain. 

Se former à cette discipline, sans forcément en devenir un expert, devrait être appliqué plus souvent, que ce soit en licence, en master ou en doctorat. Evidemment, les universités ont commencé à penser à ces éventualités en proposant des parcours de médiation dans certaines licences. 

Et c’est un véritable atout pour être plus à l’aise dans les échanges avec d’autres chercheurs, pour répondre plus facilement à des demandes de journalistes, ou des sollicitations d’acteurs comme les associations de sciences.

Avec le développement de projets scientifiques pluri et transdisciplinaires, les chercheurs sont amenés à travailler avec des historiens, des chimistes, des géographes, des ingénieurs, des aménageurs du territoire, et plus encore. Ce travail demande une réflexion intense mais bénéfique pour avancer dans les projets communs et personnels. Même chose du côté des partenariats entre les universités, les laboratoires et des lycées ou collèges.

Le scientifique n’agit jamais vraiment seul ! Il travaille entouré de collègues d’autres disciplines, des médiateur.rice.s scientifiques, des chargé.e.s de communications, etc.

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Communication, vulgarisation, médiation ?

Il est facile de confondre ces trois termes, bien qu’il puisse arriver que ces activités s’entre-croisent fréquemment. 

La vulgarisation est ce qu’on pourrait appeler une activité de transmission des savoirs et des connaissances au plus grand nombre. L’idée derrière la vulgarisation est d’apporter de nouvelles choses aux publics (je parle bien de publics au pluriel car ils sont de tout âge, sexe, nationalité, langues, etc). A travers un article, une émission ou une conférence, le chercheur apporte des connaissances nouvelles et cherche à développer la compréhension de phénomènes scientifiques.

La médiation scientifique est multiple et se fait avant tout avec le contact du public. Ce domaine est plutôt axé sur une stratégie de développement d’une culture de science : elle met à disposition des connaissances pour débattre, questionner, remettre dans le contexte et mener des réflexions. La médiation est plutôt un outil de sensibilisation de la population à la culture scientifique.

La communication est souvent réservée aux institutions. L’objectif de la communication est de présenter l’organisme en organisant des portes ouvertes, des partenariats, des conceptions d’expositions, un site internet, … Les moyens mis en place sont nombreux pour promouvoir la structure de recherche. La communication scientifique peut aussi définir comme l’acte de transmettre un message. 

Il serait facile de voir la communication scientifique comme le socle commun d’où découle la vulgarisation et la médiation. Les frontières restent plutôt floues entre les trois domaines. Des chargé.e.s de communication voient parfois leur métier partagé entre la communication “pure” et des temps d’animation scientifique à travers des évènements (Fête de la Science, La Semaine du Cerveau, Experimenta, Pint of Science,…). 

Ce qu’il faut retenir ?

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La communication scientifique est un devoir essentiel (de formation et de transmission). Elle doit rester un plaisir de partage et surtout une source d’inspiration pour ses recherches. La communication scientifique est variée : il y en a vraiment pour tous les goûts (podcasts, posters, radio, livres, animations, présentations, blogs, articles, … ). A chacun de trouver le style et la forme qui lui conviennent le mieux ! Et donc pour le découvrir, lancez-vous, testez-vous et faites-vous plaisir !


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