[PORTRAIT] Aurélie Peillon : l'ergonomie au service de la gestion de crise en cas d'avalanche

Publié par Sandy Aupetit, le 25 mars 2021   690

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Souriante et pleine d’énergie, Aurélie Peillon rayonne de positivité. Cette psychologue du travail de 27 ans effectue actuellement une thèse à Grenoble au laboratoire de sciences sociales PACTE, sur la “coordination d'acteurs hétérogènes en gestion de crise liée aux avalanches”. Ses travaux s’insèrent au sein du Cross Disciplinary Program RISK, visant à construire une compréhension multidisciplinaire de la gestion des risques et des catastrophes naturelles.  

Un parcours riche 

Le parcours d’Aurélie commence lors de son entrée en licence de psychologie. Alors qu'elle pensait être vouée à devenir psychologue praticienne, elle s’aperçoit très vite que cela ne lui correspond pas. Elle décide alors, après beaucoup de remises en question, de changer de cap et de s’intéresser à une autre branche du domaine : la psychologie du travail. “ Je me demandais ce que je pouvais faire sachant que mon projet initial d’orientation se voyait remis en question. Je me suis naturellement tourné vers une chose que l’on effectue tous. Le travail. C’est toujours mieux quand le travail se passe bien.”   

A la fin de sa licence, avec une idée plus précise de son projet professionnel, elle intègre le master recherche Psychologie sociale, du travail et des organisations à l’université Lumière Lyon 2. Elle se spécialise alors en Psychologie des activités et des représentations collectives et intègre le Master 2  Travail coopératif et travail en réseau, co-habilité avec l’Ecole Centrale de Lyon où elle obtient un diplôme d’ingénieur de recherche en psychologie du travail.   

Au cours de ses études, Aurélie effectue plusieurs stages, notamment chez les sapeurs-pompiers et Orange Lab. Elle réalise par ailleurs un stage professionnalisant chez IKEA afin d’obtenir le titre de psychologue du travail (qui n’est pas délivré dans le cadre d’un master recherche). Ses diplômes en poche, elle saisit une opportunité à l’Université de Caen où elle rejoint pendant un an un laboratoire en tant qu’ingénieur de recherche en ergonomie des interactions Homme/machine.  

Le hasard d’un mail

Alors que sa mission à Caen touche à sa fin, c’est par le plus grand des hasards qu’Aurélie reçoit par mail, une offre de thèse.   

 Le mail avait pour objet : thèse à Grenoble. Je ne sais pas pourquoi mais je l’ai ouvert et j’ai cherché les informations 

La thèse était financée, le sujet posé, il ne manquait plus que le / la candidat(e) idéal(e) pour la réaliser. Le sujet portait sur la coordination d’action entre des acteurs hétérogènes en cas de gestion de crise d’avalanche. Si Aurélie avait déjà pu expérimenter la gestion de crise lors de son stage chez les sapeurs-pompiers, le milieu de la montagne lui était beaucoup moins familier. Mais elle décide de tenter sa chance en envoyant sa candidature, et est finalement retenue après un entretien.  

 Il faut savoir qu’avant de postuler pour cette offre de thèse je ne savais absolument pas skier, c’est d’ailleurs une question que l’on m’a posée lors de mon entretien. Mais j’ai vite appris.

Un sujet de terrain

Le sujet de thèse d’Aurélie relève de l'ergonomie organisationnelle, appliquée au cas d’une gestion collective d’une crise en cas d’avalanche. “Le but de l’ergonomie organisationnelle est de comprendre les organisations de travail, comment les individus travaillent ensemble, comment ils ne travaillent pas ensemble, comment ils communiquent, par quels outils et si c’est efficace ou s'il y a des pertes d’informations.”  

En montagne et notamment en station de ski, les avalanches sont considérées comme un risque important. En effet, en cas d’ensevelissement par une avalanche, il est primordial de dégager la victime dans le quart d’heure. La situation présente de grandes variabilités, et il faut être en mesure de réagir rapidement en cas d’alerte pour protéger les personnes sur place et secourir les victimes.  On trouve parmi les différents acteurs mobilisés la commune, le préfet,  les secours publics, ou encore les pisteurs-secouristes, qui doivent travailler de concert pour faire face à l’urgence.  

L’un des enjeux de la thèse d’Aurélie est d’optimiser la coordination entre ces acteurs, afin de gérer la crise liée à l'avalanche de manière la plus efficace possible. Cela passe par la compréhension des représentations que chacun a de la crise, des modalités de diffusion de l'information en situation de secours entre les acteurs, mais aussi par la mise en lumière des possibles difficultés inhérentes à cette situation.   

Après avoir réalisé un long travail bibliographique au début de sa thèse, Aurélie s’est lancée dans une enquête sur le terrain entre décembre 2019 et mars 2020. Elle s’est rendue tous les jours en station de ski pour rencontrer et observer les acteurs impliqués dans la réduction du risque d’avalanche. Elle réussit en particulier à obtenir des contacts à la préfecture, et apprend qu’un exercice en situation réelle est programmé, au cours duquel elle récolte de précieuses données. 

Par la suite, Aurélie assistera à une réelle avalanche, qui fera malheureusement une victime. Un événement tragique, mais dont l’analyse contribuera à identifier et résoudre les difficultés rencontrées par les acteurs de la crise, pour éviter qu’un tel événement ne se reproduise. C’est d’ailleurs à l’analyse de l’ensemble des données collectées qu’Aurélie se consacre pour la fin de sa thèse. 

Aurélie réalisant un entretien auprès d'un acteur de la sécurité en station de ski

Une vie rythmée par les opportunités  

La vie d’Aurélie a été rythmée jusqu’à aujourd’hui par des opportunités qu’elle a su saisir au bon moment. “J’ai eu beaucoup de chance, mais c’est aussi grâce à mon travail que j’ai pu me créer des opportunités.”  

Elle ne sait pas encore ce qu’elle fera après sa thèse, et envisage tout d’abord une pause de quelques semaines pour se ressourcer. Mais une chose est sûre, elle ne restera pas inactive bien longtemps, car elle ne connaît pas la procrastination !  

 Je dirais que si un principe devrait me définir c’est l’inertie. Le principe à la base physique que je ne saurais pas expliquer parce que je ne comprends rien mais que j’applique à ma vie. Il est plus facile de rester en mouvement lorsque tu es en mouvement que d’être en mouvement quand tu es à l’arrêt. Que ce soit pour des domaines professionnels ou quotidiens, c’est un cercle vertueux de productivité.

 

Article rédigé par Nicolas Glerean



Cet article a été rédigé par les étudiants de licence suivant l'enseignement transversal "Sciences, journalisme et réseaux sociaux" proposé à l'Université Grenoble Alpes (UGA). Cet enseignement est encadré par Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'UGA et Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias à La Casemate. Suivez l'actualité de l'ETC sur Twitter !