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Communauté

Mémoires du Futur

De Freud à Jung - partie III

Publié par Jean Claude Serres, le 22 novembre 2021   230

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J'ai découvert dans une émission matinale de France inter de novembre, combien j'ai été influencé par la pensée de Jung, sans avoir lu un seul de ses livres. Cette influence s'est exercée indirectement par différents philosophes, sociologues et disciples psychothérapeutes. Je vais essayer de décrire quelques traits saillant de la différence entre Freud et Jung.

Jung est le père de la psychologie positive et aussi du développement personnel. Ce courant a fortement orienté mon chemin de vie personnel (l'autodiscipline, la spiritualité, la capacité à prendre sa vie en main) comme ma compétence d'accompagnement (le coaching).

Avant d'entamer cette présentation succincte de Jung, il faut rappeler mes réticences de mieux en mieux cernées et explicitées à la psychanalyse freudienne et surtout aux pratiques des disciples qui s'en réfèrent. J'ai relaté cela dans deux articles de cette communauté « Mémoires du futur ».

L'inconscient freudien contient les refoulements traumatiques et particulièrement les refoulements traumatiques d'ordre sexuel vécus dans la petite enfance. L'enjeu sexuel des traumatismes liés à la petite enfance est un dogme pour Freud. La perspective de Jung est tout autre. Le « Soi » englobe le « Moi » conscient, l’inconscient personnel et aussi l'inconscient collectif. « L’inconscient personnel » chez lui ne se limite pas aux refoulements traumatiques mais intègre la face positive et motrice du développement personnel. Pour lui, la libido ne se résume pas aux pulsions sexuelles.

Différents concepts sont apportés par Jung à la compréhension de la psyché. « L'inconscient collectif » intègre les mythes fondateurs des sociétés et de même que l'ADN, il porte en lui toute l'évolution psychique de l'humanité. Le concept de « synchronicité » met en évidence des effets de simultanéité d’événements sans aucune justification possible aujourd'hui (hors de porté des connaissances scientifiques - créativité, télépathie, magnétisme etc.). J'y reviendrais plus loin.

Les concepts d’archétypes, d'enfant intérieur et d'individuation ont aussi eu une grande portée. J'ai découvert « les processus d'individuation psychiques et collectifs » dans l’œuvre majeure de Gilbert Simondon. Ce concept est essentiel à la prise en compte des capacité créatives et d'innovations de rupture, de développement personnel et de conduite du changement, qui ont irrigué ma vie professionnelle.

La dimension spirituelle et philosophique de Jung, dans «l'enfant intérieur »  comme sa connaissance approfondie de la culture bouddhiste ont transpiré chez moi via le lama Denis, Fabrice Midal, Matthieu Ricard et surtout Tich Nhat Hanh.

Enfin, il a contribué par son approche quantitative des traits de « personnalités » à la réalisation du Test MBTI qui cartographie nos postures psychiques habituelles, spontanées. Quatre dipôles caractérisent la posture dans un continuum de positionnement psychique pour chacun des dipôles :

- entre Introversion et Extraversion

- entre Sensations(ressentis) et Intuition

- entre le Penser et le Faire

- entre le Jugement et la Perception de ce qui est

Ce positionnement individuel n'est pas figé mais au contraire peut évoluer soit dans un plan de développement soit par les effets de mimétismes et d’interaction, dans la vie de couple et dans la vie sociale.

Dé-coïncider et coïncider, désynchroniser et synchroniser :
         tension entre deux pôles extrêmes.

La pensée d'Héraclite se trouve proche de la pensée chinoise ou japonaise. Héraclite cultive les notions d'impermanences comme d'un non commencement à tout. Chez les chinois qui se sont passé du terme « temps » comme du verbe « être » la langue met en tension des extrêmes. La notion du « temps occidental » a été traduite au XIX ième siècle par la mise en tension de « début » et de « fin ». Mais comme pour eux il ne peut y avoir de début sans être précédé d'une fin, ils l'ont traduite par « Fin-Début ».

Jung à la différence de Freud ne s'est pas contenté de penser à travers l'énergie et les principes de la thermodynamique. Il a fréquenté la culture d’extrême orient et aussi les avancées dans la mécanique quantique. Il en a tiré le concept de synchronisation. Notre langue maternelle externe par laquelle nos cerveaux communiquent vers l'extérieur et apprennent, à la différence de la chinoise, est essentiellement assignant : « être ou ne pas être », « l'identité », « le sujet » etc.

Ce que l'on désigne par énergie est, peut être, une « énergie information » ou énergie de commande ? Celle qui circule dans les neurones ? La synchronisation par étapes de multiples réseaux de neurones ferait advenir nos états de conscience(cf. Stanislas Dehaene). Peut être en est-il de même entre cerveaux suivant Jung. Les coups de foudres amoureux, émotionnels, relationnels sont peut être de même nature.

Même au niveau de la cellule, l'ADN situé dans le noyau a une présence virtuelle au cœur de la chromatine. Il ne s'actualise en double hélice décelable, qu'au moment où il va être scindé en deux pour donner naissance à deux cellules, puis se « virtualisera à nouveau dans chacune d'elles. Le papillon n'a qu'une présence virtuelle dans la chenille.

Et comme l'exprime François Jullien, vivre « vraiment » nécessite de se « dé-coïncider de soi même, de l'image que l'on a de soi. Vivre implique désordre et ordre, dé-coïncider et coïncider, désynchroniser et synchroniser, cette tension entre deux pôles extrêmes.