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Mémoires du Futur

La fatigue de soi

Publié par Jean Claude Serres, le 1 juillet 2023   1.2k

Clair de lune dans un ciel d'orage

L'expérience du covid a été un grand révélateur de l' ampleur de la fatigue des personnes dans le monde du travail. Cependant depuis quelques années ou décennies  le nombre de personnes en situation de burn out est devenu un autre révélateur du phénomène de fatigue extrême impactant le mental comme le physique ; une maladie, voire un fléau,

Comment définir la fatigue ?

  • Dans la métallurgie, un composant se fatigue par une sollicitation répétée pouvant conduire à une rupture. ; exemple = rupture d'une vis de bielle dans un moteur par une fissuration de fatigue. Sur le plan psycho social cette rupture par fatigue pourrait correspondre à un burn out mécanique
  • A l' opposé  de la fatigue, le manque de résilience peut conduire à une rupture de choc : exemple un verre en cristal n’a aucune résilience et peut se briser par un simple choc.
  • Les facteurs qui peuvent développer un sentiment ou une perception de fatigue mentale sont nombreux ; lassitude, répétition, ennui, perte de sens, stress, harcèlement, pression chronique et manque de temps, épuisement, l' exigence chronique de performance, de développement et d' adaptation. La fatigue d' être soi, seul, en quête d' autonomie.

Quelles sont les conséquences sociales du sentiment de fatigue ?

La prise de conscience d' un sentiment de fatigue chronique peut engager la personne à baisser les bras, à se désinvestir, à travailler au ralenti.

Cette prise de conscience peut aussi induire un changement de vie, une remise en question de ses valeurs, de ses désirs, un recentrée sur soi.

Paradoxalement ce ressenti peut conduire la personne à rechercher un autre type de fatigue ; une fatigue saine, dans une pratique sportive, culturelle, artistique ou associative. Le but est alors de prendre soin de soi, de choisir ses actions en harmonie avec ses valeurs et ses désirs profonds.

La recherche de la bulle de bonheur

  • Le marché du bien être se porte fort bien et commence à peser sur le budget familial. Que ce soit en équipement sportif, en cours de yoga, de peinture, de stages de développement personnel, l'équilibre économique privé ou collectif se déplace. 
  • Cette recherche de bien être, de mieux vivre touche un population aisée et relativement riche. La fatigue mentale de ce type ne se présente probablement pas chez les personnes en survie, en situation précaire où chaque jour est un combat pour se nourrir et se loger.

Comment chacun de nous, exposé à des facteurs  multiples provoquant une fatigue  mentale réelle ou potentielle s' attaque à cette problématique. Cela peut directement nous concerner mais aussi nos proches, nos amis. Que faire alors pour s'aider ?

Nature de l’aide à recevoir ou à proposer

Il est bien difficile pour celui qui performe ou qui vit sereinement de comprendre et de se mettre à la place d’une personne touchée par ce symptôme de fatigue chronique. Ce ressenti de fatigue envahissante se manifeste autant dans le mental que dans le corps. L'épuisement n’est pas loin. Les mots pour décrire cela sont bien pauvres. L'effet social est aussi assez culpabilisant. Les ondulations de moins mal être se succèdent aux ondulations de descentes vers les abîmes alors que dehors le soleil brille et que rien ne justifie cet état.

Les proches se trouvent démunis et à la longue, proposent des : ne t'écoute pas, tournes la page, regarde toi dans une glace, fait un peu d’effort. La victime de ce mal “social” ou “psychique” ne peut entendre ces propositions solutions à côté de la plaque. Trop souvent le mal vivre n’est pas assez intense pour faire appel à un professionnel qui arrivera peut être mais bien trop tardivement.

L’aidant non professionnel, un proche, un ami, informé de ce mal vivre, aidera la personne dans un temps long et sans impatience, lui offrant son écoute et sa confiance sans chercher à être solutionneur. Peut être l’aider à prendre conscience de ce mal vivre, de sa profondeur, du fait qu’il est vécu ainsi par un grand nombre de personnes C’est à minima une maladie sociale, une sorte d’épidémie dans un contexte d'angoisses,, d’avenir incertain. Petit à petit, au bon niveau orienter la personne vers un support professionnel psychologique, éloigné des bulles de bonheur et de rites “new âges” porteurs de bien d’illusions.

L’autre questionnement important est d'ordre sociologique et philosophique. Il vient dans un second temps. Ajuster sa carte du monde aux réalités actuelles comme aux multiples incertitudes de l’avenir. La personne ayant progressé dans la “maîtrise” de sa fatigue (compréhension, début de régulation des amplitudes ondulatoires) pourra d'elle-même se poser les bonnes questions pour son futur personnel. Faut-il rester ou sortir du système et si oui se tourner vers quel autre système ?  Comment adapter son projet de vie et ses ambitions ?  L’aidant non professionnel pourra ouvrir à ce questionnement, se gardant bien de suggérer des choix, des orientations. C’est à chacun de prendre en main son propre chemin de vie.