[PORTRAIT] Léa Andréoléty : quand l’art change de scène

Publié par Sandy Aupetit, le 7 avril 2022   940

Petite, Léa Andréoléty se rêvait paléontologue, astronaute ou encore éboueuse. Pourtant, elle est aujourd’hui doctorante en arts de la scène ! Elle nous raconte son parcours atypique et sa thèse au sein de l'UMR Litt&Arts (CNRS / UGA) sur le corps soignant performé, qu’elle a commencé en 2019 alors qu’elle n’aurait jamais pensé faire 10 ans d’études.

Entre arts du spectacle et éducation spécialisée : un parcours atypique

Après avoir obtenu un bac scientifique, Léa Andréoléty décide de réaliser une licence en arts du spectacle à l’Université Grenoble Alpes. Pendant sa troisième année, elle part à Dublin en Erasmus, où elle aura l’occasion de travailler au sein d’un théâtre communautaire, qui propose des ateliers de théâtre à des personnes atteintes de trisomie. 

De retour en France, elle poursuit en première année de master, où elle choisit de réaliser un mémoire sur la pratique du théâtre avec un public atteint de déficience intellectuelle. Elle découvre alors un milieu qui lui était inconnu.

« J’ai découvert ce milieu là, être intervenante artistique en travail social »

Son parcours universitaire prend alors une nouvelle direction. Elle rejoint l’Institut de Formation de Travail Social (IFTS) pendant 3 ans afin de devenir éducatrice spécialisée, tout en finalisant en parallèle son master en arts du spectacle. Après sa formation, elle travaille quelque temps au sein du CHU de Grenoble à l'hôpital couple - enfants en tant qu’éducatrice spécialisée en médecine physique et réadaptation. Une situation marquante viendra alors déclencher son questionnement sur la formation du corps soignant, lorsqu’elle doit intervenir auprès d’un  enfant dont le corps est abîmé. 

« Je tremblais,(...) et [l’enfant] a levé la tête et a dit “pourquoi tu n’es pas bien ? “, et à ce moment-là je me suis sentie très mal à l’aise. »

Si elle avait été préparée lors de sa formation à effectuer ces gestes, Léa s’est sentie désarmée sur le plan émotionnel, et a ressenti un profond manque d'accompagnement. 

«  Je me suis dit [que les infirmier(e)s] ne sont pas insensibles à ça, elles vivent aussi ce malaise. »

Par la suite, elle décide de postuler pour un contrat doctoral, afin de travailler sur cette problématique. Son travail de recherche s’articule autour de multiples questions : Comment le corps infirmier est-il construit ? Dans quel état d’esprit est-ce qu’on arrive dans cette formation en tant que futur infirmier(e)s ? Comment on apprend et on se transforme ? Et comment on en sort ? Quels sont les points à améliorer ? Comment proposer une alternative de formation qui pourrait permettre aux soignants de se sentir plus à l’aise ?

Une recherche-action sur le corps soignant

Dans le cadre de ses recherches, Léa travaille avec un groupe de vingt étudiants de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI). Ces derniers se sont portés volontaires pour participer à cette expérimentation, à raison de dix séances par an. 

Son expérience en tant qu’éducatrice spécialisée lui apporte une certaine légitimité dans son projet : “tu peux en parler parce que tu sais”. La base de travail est amenée par les étudiants, qui identifient des problématiques qu’ils vivent sur le terrain, le plus souvent en rapport avec des situations difficiles et qui impliquent le contact. 

A partir de cette matière première, Léa propose de réaliser une mise en pratique corporelle pour travailler le “toucher” des soignants d’une manière différente, basée sur des concepts et des pratiques émanant des arts de la scène : théâtre d’improvisation, danse-contact, pratiques somatiques… Ces ateliers ont pour objectif de co-construire avec les étudiants une réponse à leurs problématiques, en proposant une alternative de formation corporelle. 

Le travail de Léa s’inscrit dans une démarche de recherche-action. Il s’agit de mener une réflexion approfondie sur des problématiques issues du terrain, tout en menant des actions concrètes visant à transformer et adapter ce terrain. C’est une boucle vertueuse : la recherche alimente l’action, l’action modifie le terrain, et le terrain nourrit la recherche.

« C’est une boucle que l’on recommence indéfiniment jusqu’à la fin de la recherche. »

Et demain ?

Malgré la pandémie qui est venue bouleverser ses projets, Léa a commencé la rédaction de sa thèse. A ce stade, elle peut déjà constater plusieurs choses auprès des personnes avec lesquelles elle travaille : une prise de conscience du corps en soin et des postures propres aux corps des soignants, ainsi que l’émergence d’un questionnement, qu’elle-même s'était fait sur la gestion des émotions dans le cadre de situations professionnelles difficiles.

Léa a eu l’occasion de présenter son travail à plusieurs reprises, dans des articles et des communications orales. Elle entretient notamment des échanges avec les personnels soignants, afin de leur partager ses recherches et leur donner des pistes de réflexions et d’actions qui pourraient leur être utiles dans leur quotidien et leurs métiers. A plus long terme, elle aimerait que les recherches dans ce domaine se poursuivent et soient largement diffusées, pour s’inscrire dans l’évolution du monde hospitalier.

Article rédigé par Emma Raucaz, Dahlia Campion, Marine Fabre et Marine Scatigno



Cet article a été rédigé par les étudiants de licence suivant l'enseignement transversal "Sciences, journalisme et réseaux sociaux" proposé à l'Université Grenoble Alpes (UGA). Cet enseignement est encadré par Sandy Aupetit, chargée de médiation scientifique à l'UGA et Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias à La Casemate. Suivez l'actualité de l'ETC sur Twitter !