Quand le climat s’emballe : les humains mis au défi - retour sur la séance #1 du séminaire #SFMgre 2022 !

Publié par Amandine Kuhn, le 27 avril 2022   1.1k

Un article écrit par Amandine Kuhn, Léa Montoro, Anaïs Lefebvre, Clémentine Mulet, Arthur Vial & Léo Bonnet.


Le séminaire “Sciences, Fiction & Médiation”, késako ?

Le climat se dérègle de manière alarmante et les rapports du GIEC suscitent une inquiétude de plus en plus vive. Aujourd'hui, l'urgence climatique fait partie de nos vies à tous et à toutes. Pourtant, entre scepticisme et éco-anxiété, il est difficile d’y voir clair, surtout dans des régions du globe encore épargnées alors qu’ailleurs, des civilisations ont déjà été poussées à la migration. En réponse à un besoin urgent de médiation, nous pouvons nous tourner vers l’imaginaire, l’art et particulièrement la science-fiction. C’est pour cela qu’à Grenoble le Master Communication et culture scientifiques et techniques (CCST) organise chaque année un Séminaire Science-fiction et médiation #SFMgre. Lors de trois sessions, le séminaire propose de faire se rencontrer scientifiques (chercheur·e·s, ingénieur·e·s, doctorant·e·s) et artistes (auteur·ices, bédéastes) de science-fiction pour explorer cette zone où la science et l’imaginaire se mélangent pour envisager, voire construire, un avenir meilleur. 

Cette année, étudiant·e·s scientifiques et artistes se sont retrouvé·es autour du thème Climat déréglé & fictions engagées. Ainsi la Maison des Sciences de l'Homme Alpes a accueilli trois duos autour des thèmes suivants : Quand le climat s’emballe : les humains mis au défi, 2122 : une Terre sans glace ? et Les fictions climatiques: enjeux et nouveaux récits. A chaque fois, une équipe d’étudiant·e·s du master CCST ont assisté Marion Sabourdy et Guylaine Guéraud-Pinet dans l’animation des évènements, nous vous proposons maintenant un compte-rendu des rencontres. Laissez vous guider !


Géographie humaine et romans de SF : quand les humains sont confrontés au climat

Le 17 mars 2022 à la MSH-Alpes, nous avons retrouvé au micro Isabelle Ruin, Chercheuse CNRS en géographie humaine à l’IGE et Jean-Marc Ligny, auteur de romans de SF pour la première séance du séminaire intitulée Quand le climat s’emballe : les humains mis au défi. Au cours de cette matinée animée par Marion Sabourdy et Guylaine Guéraud-Pinet et co-animée par Anaïs Lefebvre, Léa Montoro, Léo Bonnet, Amandine Kuhn, Clémentine Mulet et Arthur Vial nous avons exploré deux thèmes : Les sociétés, entre résilience et effondrement et Construire des récits performatifs.

Retrouvez la captation de la séance dans la vidéo ci-dessous :

Science, fiction, médiation l Isabelle Ruin et Jean-Marc Ligny

Des invité·e·s vigilant·e·s aux conséquences du changement climatique sur les populations

Isabelle Ruin est chargée de recherches en sciences sociales à l’Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE) de Grenoble. Ses recherches s’axent autour des comportements des individus et des populations soumises aux changements et aux catastrophes climatiques. Le but dans tout ça ? Améliorer les messages de prévention et les conseils de sécurité sur les risques climatiques.

Jean-Marc Ligny est un auteur dans les domaines du thriller, fantastique et science-fiction. Il écrit ses romans depuis le début des années 2000 sur le thème des changements climatiques comme la fiction Aqua™ qui décrit la lutte d’un petit pays d’Afrique contre une multinationale pour la possession de l’eau dans un contexte de réchauffement climatique.

Cette séance de séminaire, composée d’un temps d’échanges entre les intervenant·e·s d’environ 1h puis un temps d’échanges avec le public de 30 min, revient sur les défis auxquels les humains sont confrontés lorsque le climat se dérègle.

Couverture du livre Aqua™ de Jean-Marc Ligny, publié en 2015 aux éditions Gallimard


Premier thème : Les sociétés, entre résilience et effondrement

Le changement climatique bouleverse en profondeur nos sociétés. Mais alors, que vont-elles devenir ? Comment sera le monde en 2300 ? Jean-Marc Ligny a tenté de l’imaginer dans ses livres, avec l’aide de nombreux·euses scientifiques, mettant un point d’honneur à créer un environnement réaliste.

Lors de ses recherches, Isabelle Ruin a observé que les comportements individuels et collectifs sont très compliqués à modifier : il faut réaliser avec certitude qu’il y a quelque chose d’anormal, une crise, pour sortir de la routine et adapter ses actes en conséquence. Et très souvent, les gens ont besoin d’être face aux catastrophes pour enclencher un tel changement.

Or avec le dérèglement climatique, nous sommes face à des informations scientifiques plombantes voire, paralysantes. Des menaces planent, mais changer nécessite un effort cognitif considérable compte tenu de leur aspect diffus. Plus encore, on ne sait pas vraiment ce qu’il faut faire : s’il faut redéfinir nos manières de fonctionner, toutes les solutions sont encore à créer.

Pour Jean-Marc Ligny, le système doit s’écrouler. Mais comment et pour quoi ? Il faut donc informer tout en motivant à l’action et pour ce faire, les récits de SF sont très intéressants.


Second thème : Construire des récits performatifs

Aujourd’hui, la limite entre réalité et dystopie climatique est de plus en plus fine. L’humanité pourra-t-elle s’y adapter ? En décrivant nos sociétés futures, les auteur·ices plantent-iels les graines d’un avenir meilleur ? Se pose ainsi la question de la performativité de leurs récits.

Écrire de la science-fiction, c’est se baser sur la réalité. De fait, ces récits peuvent être vus comme notre présent : une vérité dure mais enrobée de fiction, le miel qui aide à faire passer un médicament amer. Pour Jean-Marc Ligny, cet enrobage est nécessaire à la prise de conscience et complémentaire aux travaux scientifiques.

"Le rapport du GIEC, c’est la brique. La fiction, c’est la maison." 

Jean-Marc Ligny

En bâtissant un futur plausible, elle permet de mieux appréhender les conséquences de ce qui se déroule dans le présent. Isabelle Ruin y voit un moyen de personnaliser, d’incarner l’information scientifique à travers les personnages et leurs aventures. Il ne suffit plus simplement de parler de sciences, de faits réels ou exacts : il faut faire appel à l’affect, aux émotions, pour mener à l’action. 

La peur en est une, mais elle peut laisser de la place aux autres pour composer des élans de motivation. À cet égard, Jean-Marc Ligny entend bien proposer des solutions dans ses prochains livres.

Malgré des idées qu’on pourrait croire pessimistes, Isabelle Ruin finit par une phrase qui résume assez bien sa pensée : “Nul n’est à l’abri mais tous peuvent s’en sortir”. La première partie fait écho aux phénomènes climatiques qui risquent de prendre à revers de nombreuses personnes, mais elle croit au réveil des consciences et qu’il n’est pas trop tard pour agir.


La fiction au service d'une prise de conscience

Marion Sabourdy, Guylaine Guéraud-Pinet, Jean-Marc Ligny, Isabelle Ruin et Benoit Lafon (directeur du GRESEC)

Savoir n’est pas agir : les rapports du GIEC sont sans appel depuis trente ans, et pourtant… L’information scientifique brute ne suffit pas à déclencher l’action. Mais lorsqu’elle est mise en récit par la fiction, elle devient plus concrète, saisissant les émotions. En tant que médiation, la fiction peut ainsi incarner la science et esquisser des réponses aux enjeux liés à l’avenir de nos sociétés.


Un séminaire à retrouver en Live-tweet 


Quelques liens à propos des invité·e·s


Quelques références en lien avec la session

Livres :

  • Sébastien Bohler, Human Psycho (2022)
  • Olivier Norek, Impact (2021)

Film / Documentaire :

  • Adam McKay, Don’t look up : déni cosmique (2021, disponible sur Netflix)
  • Cyril Dion, Animal (2021)

Autour du séminaire


Sources des images utilisées : Freepik, Anaïs Lefebvre