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Mémoires du Futur

Les arts de l'attention

Publié par Jean Claude Serres, le 26 mars 2016   1.9k

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C’est un séminaire qui se déroule un mardi soir sur deux, à l’initiative d’un groupe d’étudiant et en prolongement du Séminaire du même nom, animé par Yves Citton en fin 2015. Ce séminaire se déroule de manière informelle dans un lieu tout aussi informel : la chimère citoyenne, 11 rue voltaire à Grenoble.

La semaine dernière fut consacré à un petit exercice d’écriture dont un texte est reproduit dans cet article.

Les arts de l’attention nous concernent au quotidien, dans notre habitat, dans nos déplacements en ville. Comment nous prêtons attention aux petites choses, aux fleurs, aux oiseaux, à la ville ? Comment les oiseaux qui viennent picorer des graines sur le balcon prêtent attention eux aussi, pour leur sécurité à l’environnement, au déplacement de la moindre ombre !

Trois petites vidéos pour illustrer cela :

Pour le confort lancer une musique d’accompagnement - par exemple celle-ci de Tacey Kent

Vidéo des oiseaux de la ville

Vidéo des fleurs

Vidéo de Grenoble

Et voila un petit texte suite à l’atelier d’écriture : thème écrire en voyage, sur le voyage

et une musique pour l'accompagnée

Je hais les voyages (Cf Claude Levy Strauss - Tristes tropiques)

Découvrir le plan scénique de l’apparition d’un paysage, d’un point de vue, d’un visage…comme une suspension du temps, comme un moment unique, impensable, imprévisible, atemporel. Voila non pas un voyage mais un moment de vie, un moment vécu, éprouvé, accompli.

Voyage comme suspension du temps du projet ou la trace éphémère mémoire d’un passé, d’un vécu occulte ou encore l’à venir, le non déjà là et l’incertain de l’après. Le mot est lâché : l’inconnu. Se libérer du connu, voila le sens sacré du voyage. Voir l’autre coté de la lune, la face caché du point ou du paysage, là ou je ne serai être.

Je suis parti seul frontale sur la tête dans cette nuit noire et glacée. Puis j’ai éteint cette lampe aveuglante. Mon pied a pris confiance et j’ai découvert mes guides les étoiles. Puis l’obscurité a sombré dans l’oubli. L’aube se révéla, vent glacé d’avant les premiers rayons de soleil. Lumières bleutées, soleils de givre, seul là, devant ce paysage inconnu et pourtant si familier, si souvent parcouru.

L’attention est grande, la solitude aussi. La pente raide et verglacée crisse sous les carres affûtées. Elle ne laisse aucun doute, aucune place au geste incertain. Chaque geste se doit d’être juste, sûr te précis, l’attention est constante, la vigilance acérée.

Le souffle se détend avec les premiers rayons de chaleur lumineuse. La pleine conscience inonde le corps et le cœur. Alors le voyage peut commencer, vraiment, juste au sortir de la forêt. Le vallon s’illumine et le corps jubile. Il n’a plus de poids. Je flotte dans le paysage. Je suis paysage. Des nuées de neige folles soulevées par la brise matinale, le contemple sous la voûte bleu ciel.