La santé humaine à l’épreuve des changements climatiques annoncés

Publié par Encyclopédie Environnement, le 10 décembre 2018   1.5k

Xl thermometre couverture

D’ici la fin du siècle, un épisode tel que la canicule de l’été 2003 deviendrait courant, voire régulièrement dépassé, tant en intensité qu’en durée. A une échéance peu lointaine, il faut s’attendre à devoir faire face à des vagues de chaleur à 42 °C durant quinze jours consécutifs à Paris. Ces vagues de chaleur sont à l’origine d’une surmortalité estivale, due à des effets d’hyperthermie, de déshydratation ou encore à des troubles cardio-vasculaires.

Le dernier rapport du GIEC (Groupement International d’Evaluation du Climat) alerte la communauté mondiale : au rythme des émissions actuelles, le réchauffement climatique pourrait atteindre 1,5 °C entre 2030 et 2052. La revue médicale The Lancet a publié le jeudi 29 novembre, la deuxième édition de son rapport « Lancet Countdown » dédié aux aspects sanitaires du changement climatique. Fruit d’une collaboration entre 27 institutions universitaires, agences onusiennes et intergouvernementales de tous les continents, ce document révèle le risque « inadmissible » pesant sur la santé actuelle et future des populations du monde entier, en raison du changement climatique. Parmi tous les périls recensés l’exposition aux chaleurs extrêmes est celui dont nous sommes les plus menacés dans toutes les régions du globe. A titre d’exemple en 2017, 157 millions de personnes supplémentaires étaient exposées aux évènements caniculaires par rapport à la moyenne de 1986-2005. Depuis le début des années 2000, nous subissons en moyenne 1,4 jour de canicule supplémentaire par an. Les personnes âgées vivant en ville et les travailleurs en extérieur subissent le plus durement ces bouleversements

Par ailleurs, le niveau des mers s’élève, les glaciers fondent et la répartition des précipitations change. A ces événements factuels, s’ajoutent des changements climatiques et environnementaux et surtout des changements globaux plus complexes et difficiles à mesurer (changements démographiques, changements sociaux, activité et croissance économique), auxquels on attribue un réel effondrement de la biodiversité animale et végétale. Tous ces changements sont interconnectés et un nombre croissant d’études cherchent actuellement à évaluer leurs effets délétères sur la santé humaine.

L’article de l’encyclopédie de l’environnement « Changement climatique : quels effets sur la santé ? » tente de faire une revue la plus exhaustive possible des risques sanitaires induits par le changement climatique. Essayons de résumer le plus objectivement possible ces risques pour la santé humaine, sans ignorer les inconnues concernant les interactions complexes climat-biodiversité-santé.


Pollution à New-Delhi, image extraite de l’article "Pollution de l’air extérieur"


Peut-on évaluer les impacts sanitaires associés au changement climatique ?


Dans les différents périls énumérés plus haut il est difficile de distinguer la part qui revient aux changements globaux de celle qui revient au réchauffement climatique. A titre d’exemple, la tristement célèbre Dengue (fièvre hémorragique virale, vectorisée par certaines espèces de moustiques du genre Aedes) est en recrudescence partout dans le monde, principalement dans les régions urbaines (Brésil, Asie), alors que cette affection était jadis confinée au milieu forestier sauvage. Cette forte incidence est due aussi bien au réchauffement climatique (augmentation de la capacité vectorielle des moustiques Aedes avec la température), au changement des modes de vie (urbanisation) et des écosystèmes (déforestation), ainsi qu’aux événements climatiques (Lire l'article "Cyclones tropicaux : impacts et risques"). Toutefois, il est maintenant établi que la hausse des températures est à l’origine des épidémies récentes de Dengue observées dans les confins de l’Himalaya, au même titre qu’une autre maladie vectorielle, le paludisme, dans les régions d’altitude (Hauts Plateaux africains, colombiens et iraniens). Dans un tout autre ordre d’idée, il semble que l’augmentation des suicides pourrait être décrite aussi bien comme conséquence d’une élévation des températures (USA, Mexique), sans que l’on sache exactement les mécanismes physiopathologiques de ces troubles.

 

Les hausses de température provoquées par le changement climatique ont d’ores et déjà des effets directs sur notre santé. Chocs cardiovasculaires liés aux canicules, propagation de virus, pénuries alimentaires pourraient se multiplier. Nos systèmes de soins sont-ils prêts à faire face ? Les médecins et personnels soignants urgentistes seront de plus en plus lourdement sollicités dans les décennies à venir. [Source : © Pixabay]


    En revanche certaines pathologies (affections respiratoires, asthme, cancers) semblent être plutôt associées à des changements globaux comme la pollution atmosphérique, l’exposition aux particules fines, l’usage de pesticides, les changements des habitudes alimentaires, les transports (voir les articles publiés dans la sous-rubrique « Qualité de l’air » de l’encyclopédie). C’est également le cas pour la dissémination dans l’environnement des gènes de résistance aux antibiotiques (usage inconsidéré des antibiotiques en clinique humaine et vétérinaire), ayant pour conséquence l’émergence de bactéries pathogènes multi- et ultra-résistantes (Lire l'article Antibiotiques, Antibiorésitance et environnement).


Au-delà des incertitudes, quelles évidences ?

Concernant les maladies vectorielles (paludisme, dengue), de nombreuses évidences démontrent l’incidence forte et globale de ces pathologies infectieuses (contre laquelle il n’existe pas de vaccin sur le marché). A titre d’exemple, depuis plus d’un siècle de recensement des épidémies de fièvres hémorragiques au niveau des îles de l’Océan Indien, l’île de la Réunion a vécu sa plus grande épidémie de Dengue (avec plus de 6600 cas entre mars et octobre 2018), sans que l’on sache précisément si ce phénomène exceptionnel est dû à des changements climatiques locaux, ou à des modification des modes de vie suite à une augmentation démographique.      

   

Un des moustiques vecteurs les plus « expansionnistes » de la planète, le moustique-tigre (Aedes albopictus). Image extraite de l’article « Changement climatique : quels effets sur notre santé ? », libre de droits.



    L’OMS mentionne déjà une baisse de la production vivrière dans de nombreuses régions parmi les plus démunies, jusqu’à 50% d’ici 2020 dans certains pays africains. Ces effets seront aggravés par l’élévation du niveau des mers, et la contamination (ou salinisation) des réserves d’eau et des terres agricoles (actuellement la malnutrition et la dénutrition sont à l’origine de 3,1 millions morts par an !).

 

Un aspect peu abordé dans les changements globaux et leurs impacts sur la santé humaine concerne l’effondrement de la biodiversité dans son ensemble (Lire l'article "La biodiversité n'est pas un luxe mais une nécessité"). Si déjà on distingue des effets sur les populations d’insectes et les impacts sur certains vertébrés comme les oiseaux, les effets chez l’homme sont beaucoup plus difficiles à apprécier. Pourtant des rapports alarmants indiquent que la chute de la biodiversité mettra en danger les économies, les moyens d’existence, la sécurité alimentaire et la qualité de vie des populations partout dans le monde. Selon d’autres sources, la perte de biodiversité au sein de l’environnement naturel de l’homme aurait un coût pour la santé et le bien-être humain, coût caché au demeurant et transmis sans scrupule aux générations futures, mais évaluable par les sciences économiques. Ce coût résulte principalement de deux facteurs : d’une part la disparition de matériel biologique utile à l’homme pour se nourrir et se soigner, et d’autre part le dérèglement voire l’effondrement d’écosystèmes fonctionnels entraînant la perte de biens et services « écosystémiques ».  

Enfin, les effets des changements climatiques sur les micro-organismes endogènes et environnementaux à la base de la vie sont très largement inexplorés. Des études ponctuelles sur des vertébrés montrent qu’une augmentation de la température entraîne une diminution de la biodiversité de leur microbiome. De même l’acidification des océans entraîne des modifications importantes du microbiome chez certains invertébrés comme les éponges. Des hypothèses sérieuses pointent sur la modification du microbiome intestinal humain (Lire l'article "Les microbiotes humains : des alliés pour notre santé") et l’émergence de dysbioses (pathologies liées au déséquilibre du microbiome intestinal (ex : maladies inflammatoires de l’intestin, obésité, diabète) en fonction des changements globaux (urbanisation rapide, alimentation par « fast foods », vie sédentaire déconnectée des environnements naturels, usage massif d’antibiotiques, stress thermique).


Le réchauffement climatique constitue une menace majeure pour la santé humaine. Pourra t’on s’adapter ?


En conclusion selon le « Lancet Countdown » du 29 novembre 2018, 153 milliards d’heures de travail ont été perdues en 2017 en raison des fortes chaleurs, dont 80 le même rapport constate une inaction mondiale en matière d’adaptation des systèmes de santé à la hausse des températures. Les dépenses consacrées à l’adaptation aux changements climatiques restent inférieures aux 100 milliards de dollars promis chaque année en vertu de l’Accord de Paris. Moins de 4% des dépenses totales pour le développement sont consacrées à la santé humaine. Les chantiers ne manquent pourtant pas : près de la moitié des pays africains ne satisfont pas aux exigences fondamentales des réglementations de santé internationales en matière de préparation à une urgence de santé publique.

Le rapport n’est guère plus encourageant quant à l’atténuation du changement climatique à travers la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Un tiers de la population mondiale vit sans accès à des combustibles ou à des technologies propres, durables et sans danger pour la santé. En parallèle, le nombre de personnes employées dans le monde par les secteurs liés à l’extraction de combustibles fossiles a augmenté de 8 % entre 2013 et 2015. Résultat : les habitants de plus de 90% des villes respirent un air pollué, toxique pour leur santé cardiovasculaire et respiratoire, en plus de contribuer aux émissions à effet de serre. Plus de la moitié des villes interrogées prévoient que le changement climatique compromettra sérieusement leurs infrastructure de santé, ébranlées par des conditions météorologiques extrêmes ou par un afflux de patients trop important pour la capacité d’accueil des services existants.

Si un gros effort d’atténuation n’est pas entrepris, il va arriver un moment donné où l’adaptation des systèmes de santé (ex : coups de chaleur) ne sera plus possible La seule attitude responsable, désormais, c’est un changement radical de nos modèles économiques et de nos modes de vie en société. C’est devenu une question de vie ou de mort, pour l’humain comme pour la biodiversité dont sa santé dépend très directement.


En savoir plus avec les articles de l'Encyclopédie de l'Environnement :

 

Ce travail a été réalisé grâce au soutien financier d'UGA Éditions dans le cadre du programme "Investissement d'avenir", géré par l'Agence nationale de la Recherche.

*Image de couverture : Pixabay, libre de droits.



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